lundi 29 janvier 2007

Mon sucre dans le sang

Vous êtes vains. Dans vos étreintes de saoulôts comme dans vos empoignades de poivrots.
Vos femmes sont vulgaires. Elles ressemblent à des poules de harems, remuants leurs hanches adipeuses avec des gestes qu'elles voudraient lascifs mais qui ne s'avèrent que putassiers. Une outrance au regard.

Et vous ne valez guère mieux, bande de ploucs avec les restes dégénérés des danses de vos ancêtres, vos gestes désordonnés, vos jambes qui s'envolent sans discipline jusqu'à avoir l'air de se détacher de votre corps. Vos simagrés guerriers ont perdu tous leur sens.

Et quand, soufflants , suants, vous en avez assez et approchez une de ces courtisanes de pacotille pour lui demander sans fioriture de vous sucer, vous ne pensez pas à l'autre mâle libidineux qui a fourré sa langue toute la soirée dans le trou emplatré de rouge à lèvres criard qui sert d'orifice buccal à la femelle que vous convoitez. Lui qui, se voyant déjà cocufié, crispe la mâchoire, repêchant dans son ventre tendu par la mauvaise bière ce qu'il lui reste de tripes pour venir démolir ce masque cireux et grimacant qui vous sert de visage. Car en plus , l'alcool vous rend hideux.
Et vous voilà, vous poussant l'un l'autre, jurant, jaugeant l'adversaire, avec en bruit de fond les gloussements hystériques du tas de saidoux enfariné, cause de tous les maux.

De loin, bien à l'abri derrière mon comptoir, je regarde, que dis-je, je dévore des yeux votre mesquine pantomine. Mon humour se régale de votre vaudeville, et maintenant, je suis voyeuse, curieuse, assoiffée, je veux votre sang, je veux le voir gicler. Je veux être témoin de votre retour sans concession à l'état d'animal. Et vous le faites pour moi. Pendant quelques instants, vos corps empruntent cette grâce toute bestiale du taureau au combat. Vos coup sans cause deviennent beaux, vos geste deviennent insolemment mâles et vos corps s'unissent, s'agrippent dans une étreinte suante qui me fait me mordre les lèvres. Je veux le goût du sang.

Puis très froids, très professionnels, et bien plus grands que vous, les vigiles vous empoignent par le collet et vous traînent vers la porte comme deux petits chiots inoffensifs.
Mais je ne perd pas une miette de ce qui suit, car c'est mon moment préféré.
Les vigiles ouvrent la sortie de secours tout près de mon comptoir et vous jetent dehors comme des malpropres.
Et une bouffée d'air frais et humide vient caresser mes cheveux au moment où vos corps heurtent le macadam avec un bruit mouillé.

0 avaleurs de songes: