Je suis un mou.
Mon père me le disait toujours "Jean-Yves, tu n'es qu'un mou"
Et puis mes professeurs aussi le disaient.... "Jean-Yves, vous n'êtes qu'un molasson"
Surtout le professeur d'éducation physique de troisième.
C'était un dur monsieur Campion, il voulait des hommes des vrais, il fallait que ça y aille sur le terrain. Et ça y allait.
Sauf moi. On me mettait dans les buts au football, au service au volley, et au rugby, je n'allais même pas sur le terrain.
J'étais celui qu'on choisit en dernier, avec l'asthmatique et l'obèse.
Et dans les vestiaires, à quatorze ans, quand mes petits camarades de classes exhibaient leur duvet sous les aisselles, se les remontaient gravement, virilement, s'échangeaient des remarques sur leur membres respectifs et se donnait de grands coup de serviettes, je restais dans mon coin. Regardant à la dérobée les corps étranges de mes camarades, nerveux, avec ce membre long, qui parfois sur le coup de l'excitation semblait se dresser à demi, ou franchement.
Pourquoi pas moi ? Pourquoi je n'avais pas ça ? Les poils ? Nada... et cette taille , cette rudesse entre leurs jambes. Rien, mon pauvre sexe n'était qu'un petit doigt rose en pâte à modeler.
C'était tellement minable que pesonne n'osait même se moquer de moi. On m'ignorait. C'était presque pire.
En terminale, j'étais toujours un mou.
J'avais enfin mué, et un vague duvet poussait sur ma lèvre supérieure.Entre mes jambes en revanche, pas grand chose de neuf, et quand j'entendais dans la cour voisine du collège des sixièmes se hurler "ouééé t'es puceau de la bouche", je pensais... et alors ? Moi aussi.
Et dans la cours du lycée, les couples se faisaient, se défaisaient, ça s'enlacait, se pelottait derrière chaque poteau. J'étais un poteau, transparent. Les filles ne me voyaient pas, j'étais celui à qui on empruntait l'exercice de maths, la dernière leçon de bio. Le binoclard boutonneux et asexué, qui après les cours rejoignait ses copains à mobylette à l'unique arrêt de bus du village et vidangeait des bières pendant trois heures en rigolant à des blagues graveleuses qu'il ne comprenait pas.
La fac n'y a rien changé. L'adolescence, passée et principalement ingrate, je suis tout de suite devenu un petit vieux, une calvitie précoce, des binocles aux verres énormes, un eczéma incurable sur le front, et une tendance à suer un peu trop. Un vrai sex symbole.
Et le sexe ?
Même en essayant de me palucher, la voix de mon père me revenait : "Jean-Yves, tu es un mou". CQFD.
Et on dit palucher, mais pour ce que j'en sais, je pouvais le faire entre le pouce et l'index. J'ai laissé tomber.
Une fois, des amis ont eu pitié, j'avais trente ans, j'était prof de latin. Les langues mortes ça me connaît.
Mes amis m'ont offert une pute.
Elle est arrivée, un beau soir sur mon palier. Elle était un peu moche, un peu vulgaire mais bien gentille. Lorsqu'elle est reparti je n'étais plus puceau de la bouche. Et j'avais sa promesse qu'elle dirait à mes amis, devait-ils lui demander, que j'avais correctement rempli mon office. Même si en dépit de toute son expérienceet de sa bonne volonté , mon pénis n'était resté qu'un bout de chair molle et rose pendant tristement sur des couilles plissées, recouvertes d'une maigre toison.
Et moi, à trente ans, j'ai pleuré, pleuré sur ce truc qui ne m'avait pourtant jamais dérangé, sur cette chose inerte qui même dans le concours de celui qui pisserait le plus loin, me faisait arriver dernier.
Après la prostitué, j'ai même dû aller voir un psy, et je m'épanchai sur son épaule indifférente une fois par semaine. je mouillai son canapé de mes larmes de frustration.
Et un jour dans la salle d'attente, j'ai rencontré Rose.
Et entre deux sourires coincés de névrosés. Rose m'a dit : Vous me plaisez, ça vous dirait de ne pas baiser ?
Je suis Jean-Yves, je suis un mou, j'ai trois bourrelets sous ma chemise à carreau, mon pantalon de velours cache un slip kangourou, et ce truc que tout ça recouvre ferait rigoler un gamin de trois ans.
Rose, qui est belle comme son nom, me déshabille et le regarde amoureusement. Elle le touche parfois et elle rigole.
"Je t'aime Jean-Yves, me dit-elle, car tu es mou. "
Rose est frigide, je la rassure.
Et mes amis sont jaloux.
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Ce petit texte fait suite au texte de Dorham qui fait suite au texte de Zoridae, qui fait suite au texte de Monsieur Poireau, et on attend tous avec impatience bien sûr le texte de Balmeyer. Et si d'autres filles pouvaient s'y coller (du genre qui voudraient bien changer la ligne éditoriale de leur blogs, ça me paraît pas mal), ça serait bien, histoire d'équilibrer. Il suffit juste de raconter le sexe qui n'est pas le nôtre.
(Message perso : père, veuillez ne pas faire lire ce texte à votre secrétaire de quoi j'aurais l'air moi sinon.. )
jeudi 28 février 2008
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22 avaleurs de songes:
Il est très émouvant ce Jean-Yves... J'ai été heureuse qu'il rencontre Rose, j'avais peur qu'il devienne serial killer...
Trop de violence tue la violence, et j'ai épuisé mon quota d'exécutions sommaires pour la semaine. Quel chanceux ce Jean-Yves, on aurait pu être lundi...
Oui, je suis d'accord avec Zoridae. Si tous les Jean Yves du monde pouvait trouver une Rose, ce serait bien. Hélas, la vie, le sexe, et tout ce quint tout cela est souvent marqué par la cruauté...
Même si, je pense que l'asexualité est une chose impossible à vivre, pour l'homme comme pour la femme, d'ailleurs.
A défaut de pouvoir apporter une réponse sur l'asexualité, ce domaine m'étant à peu près aussi familier que l'élevage des vers à soie en milieu aquatique, il me semble que quelques mouvements d'asexués se sont formés ça et là.
Et une affection sincère ne peut elle pas remplacer le sexe ?
Si bien entendu, mais cette forme de platonisme est librement consenti. Là tu parles de deux être, dont l'un a un moignon à la place du sexe et l'autre est incapable de plaisir.
Qu'ils se trouvent est sans doute un miracle, mais dans la réalité, un impuissant crhonique le vit extrêmement mal, et une femme qui ne ressent aucun plaisir se sent coupable (alors que bien souvent, c'est la faute du partenaire)...
Je m'imagine seulement la détresse authentique de ces hommes et femmes, de ces frustrations qui courent notre société (d'autant plus violemment qu'elle prone le sexe "performance" et fatalement exclue nombre d'individus : les précoces, les impuissants, les frigides, les peu résistants, les longues-à-jouir...)...
Mais heureusement, le sexe n'est pas l'angle de la vie ; mais ça en fait bien partie quand même...
Bon, une fois de plus je voulais écrire une réponse intelligente, mais mes neurones ont l'esprit d'escalier.
J'aurais pu écrire un texte sur un homme "un vrai", mais un homme même privé de sexe, reste un homme. Et son rapport avec son organe en est d'autant plus complexe. (c'est pour le commentaire chez Zoridae ou tu disais que j'éludais volontairement une partie du problème)
Et, pour ce qui est du miracle, tout le monde à droit à son happy end...
En fait, c'était surtout vrai pour le texte de Nellie. Le tien est plus ambigue. Plus doucereux comme je l'ai dit...
Balmeyer dit qu'on a peu de temps et peu de place dans un billet pour aller vraiment au fond des choses. c'est ben vrai, ça !
Balmeyer(nu), n'a pas (toujours) tort...
Alors là je dis bravo !
Heureusement que j'ai enfin appris que j'avais lancé une chaîne sans le faire exprès, je découvre les uns après les autres, sans le décalage du temps !
Finalement, ce Jean-Yves finit quand même par accepter sa castration, c'est quand même étrange ! :-)))
J'aime assez la douceur qui ressort de cette rencontre axesuée, voire asexuante ! Dans la vraie vie, je me demande si les impuissants ne font pas exprès de chercher des jouisseuses. Genre, je me complique la vie et j'aime souffrir.
Parce que quand même, ça doit bien manquer un peu, le plaisir de la bandaison ! :-)))
Mince alors, monsieur Poireau sur mon blog... j'en verserai presque une petite larme.
Je ne sais pas ce qu'il en est pour les impuissants, deviennent-ils forcément masochistes ?
Mais dans l'egypte ancienne les femmes esclaves ne rechignaient que rarement à épouser des eunuques, il paraîtrait que leur manière de faire l'amour était étrangement violente et efficace.
Quand à moi, je n'ai jamais bandé, vous vous en doutez bien, mais ça ne me manque pas spécialement... :p
Nef : zut, une fille prête à pleurer juste parce que je viens sur le blog ? Ca doit etre à casue du côté souffré du légume, non ?
(z'êtes la bienvenue aussi, tiens !).
Je ne sais pas ce que deviennent les impuissants ! (le plus tard possible, disait ma dernière épouse !).
Mais dans la mentalité d'un homme, il y a toujours quelque chose de la bandaison, je pense… Une sorte d'identifiant sensitif, si cette expression est claire…
:-)
Oui voilà ...J'adore les poireaux !!!
Revenus à la poêle avec de la crème fraîche et du cumin...
Nef : le couteau, voilà bien le problème des femmes envers les poireaux ! :-)
Sans vouloir m'immiscer alors que vous ripaillez, Nef, quand tu parles des eunuques je crois que tu te mélanges les pinceaux... Il étaient juste châtrés point forcément impuissants... Non ?
Zoridae : bon apétit à toi aussi !
Pour les eunuques, je pense que tu confonds avec les castrats ! Les dits-eunuques étaient, les pôvres, totalement coupés…
(enfin, si je ne dis pas de betise !)
:-)
Mr Poireau,
Merci, j'ai déjà fini depuis longtemps. Bon Wikipedia a tranché (!)
: les eunuques étaient soit castrés soit totalement coupés. Mais je pense que les bêtes sexuelles dont parle Nefisa sont les castrés...
Zoridae : je me souvenais avoir entendu une emission de radio sur le sujet des eunuques. Notamment, les difficultés qu'ils avaient pour faire pipi ! (ca cadre avec ton texte !).
Ca devait etre une emission de Daniel Mermet sur France nter (à 15 heures, tous les jours !), mais je ne suis pas sûr…
Nef : désolé pour cette conversation sur ton blog ! :-)
Pas de problème, défoulez vous. Je parle des eunuques avec plus rien du tout...y'a pas besin d'avoir un un penis pour faie l'amour, non mais. Et en effet si la cautérisation est mal faite, l'urêtre est bouché et c'est génant pour uriner.
(et pour vous documenter sur les eunuques, relisez tous les Wilbur Smith qui se passent dans l'égypte ancienne, quelques milliers de pages avec un eunuques comme personnages principal, vous finirez incollables sur le sujet.
L'homme qui n'a jamais compris que l'impuissance faisait partie de sa condition ne l'a pas explorée véritablement (j'aime bien me montrer péremptoire !). Nef est un(e) vrai(e) philosophe. J'ai beaucoup aimé le début, ensuite, j'ai eu très peur. J'ai été rassuré quand j'ai vu qu'il avait de "amis", qu'il pleurait et qu'il allait voir un psy. Finalement, il a failli s'en sortir...
"y"a pas besoin d'avoir un un penis pour faie l'amour, non mais"
ça, c'est vrai...j'ai relu ton texte et je le trouve vraiment bien, c'est comme s'il se bonifiait...
PS - Zoridae m'a puni, je dois tout relire les textes des filles...'tain, faut vraiment se méfier des femmes...
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mitslav : comment ça failli ? (bonjour, bienvenu, happy hour et tout et tout, les toilettes au fond à gauche. (c'est la phraserituelle pour les nouveaux)
dorham : qu'avez vous donc fait pour qu'on vous force à une telle horreur :) (elle est trop méchante zoridae) sinon, je l'ai peut être aussi un peu corrigé depuis la dernière fois que vous l'avez lu :p
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