- Vous m'avez manqué...
- Nous connaissons nous ?
- J'ai vu votre visage...
-Où donc ?
- Dans les pleins et déliés de vos voyelles, dans les majuscules de votre nom. J'ai vu votre regard dans vos points d'interrogation. Il était bleu et perçant, passait à travers moi. Sans jamais me voir.
-Allez-vous en, vous m'importunez.
-Vous m'écriviez chaque jour Monsieur. Vous m'avez fait partager vos joies, vos peines, pas tout peut-être et des mensonges sûrement, tout le monde ment. Mais tout au fond, entre vos lignes pas toujours très droites, entre les pointes aigues de vos M majuscules, j'entrevoyais votre routine, comme celle d'un train qui chemine au loin.
- Je ne comprends pas, qui êtes vous à la fin ?
- Je vous aime, Monsieur.
-C'en est trop !
- Non ne partez pas, ne vous levez pas encore. Je vous aime, c'est vrai !
Je vous aime comme on aime un roman. J'ai refermé chacune de vos lettres comme on referme un livre, avec vos mots tournoyant doucement devant mes yeux, encore toute étourdie d'être entrée quelques minutes dans le logis de vos rêves. Encore saoûle de vos mots, de vos mésaventures. J'ai poursuivi votre vie en pensée, mille fois, chaque fois jusqu'à la prochaine lettre. Je vous ai gardé sous mon oreiller, comme on y garde un bon volume, pour le feuilleter au matin, pour en rêver la nuit peut-être. Je vous ai repris, reposé, usé, gardé près de moi parfois, quand j'ai cru, ou voulu croire sûrement que vous en auriez besoin.
- Mais qui diable êtes vous ? Dites-moi dans l'instant !
- Je suis la Poste Restante, Monsieur. Chaque matin, je relève la boîte dans votre rue et je vole la lettre que vous envoyez à Personne. Je la garde contre moi, et je la dévore chaque soir, avec une tasse de thé et deux petits gâteaux.
- Comment osez-vous ?
- Je suis votre personne, votre Chère Personne!
J'ai partagé vos colères, vos rages parfois, vos amours et vous en aviez tant! Vos rires, et tout ces petits moments là. Je me suis couchée avec un sourire quelques fois, et les larmes aux yeux souvent. Dans le noir en m'endormant, j'imaginais, nuit après nuit, votre main aux doigts minces sur un beau stylo plume qui écrivait pour moi, et vos lèvres, pincées souvent, appliquées ; ou s'étendant, minces et belles en un sourire de sphynx. Voilà deux ans que je vous lis Monsieur. Aujourd'hui, je vous ai vu entrer dans ce café, j'ai reconnu votre silhouette, vous la dessinez très bien dans vos l élancés, alors une fois...juste une fois, j'ai voulu vous voir Monsieur...
Est-ce mal?
Non Monsieur! Monsieur, s'il vous plaît, ne partez pas encore, laissez moi vous voir encore un peu, laissez moi vous regarder, quelques secondes encore, vous êtes beau, vous êtes fin, vous ressemblez à vos a.
vendredi 4 avril 2008
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1 avaleurs de songes:
quelle chute !!!
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