Le héros n'avait jamais trop bien su comment débuter ses aventures.Lorsqu'il s'élançait sur son cheval, c'était toujours trop précipitamment, avec la grâce d'une libellule obèse qui aurait abusé sur la vodka.
Il trébuchait et s'étalait de tout son long dans la poussière. Sa monture effarouchée ruait des quatre fers et s'éloignait dans un galop majestueux vers un coucher de soleil flamboyant, toute auréolée d'un nuage de sable mordoré.
Glorieuse.
Sans lui.
Lui, il restait là, à mordre de dépit la poussière marron de la grand rue de Pitfall Gulch.
Les autres cow-boys passaient en l'ignorant, il n'était rien pour eux.
Des enfants aux nez morveux et en shorts à bretelles lui lançaient des cailloux, il était même moins qu'eux.
Parfois, il reprenait courage, il faisait beau, il restait encore quelques heures avant le coucher du soleil, il fallait tenter sa chance, oser, être un héros , un vrai un fort, qui se ferait se pâmer de désir les plus belles femmes du monde!
Accroché en pensée aux seins d'une belle du monde, il se relevait, époussetait son costume de héros et prenait le premier métro.
Là, il trouvait un peu de cette gloire tant recherchée, dans les rames bondées, des petites filles toutes émoustillées de voir un héros en pleine aventure lui demandaient de signer leurs petits poneys roses. Leurs mamans faisaient des mines de rien, sans en avoir l'air, mais le Héros savait qu'au plus profond d'elles, un petit quelque chose chez lui les attiraient, Le mystère ! Ses yeux pleins d'histoires agissaient comme des aimants. Ses prunelles bigles recelaient des épopées! Même si ces trésors insondables n'étaient que toutes ces fois où il avait vu un autre lui voler la gloire. Ça elle ne le savaient pas.
Pourtant, le héros n'aimait pas le métro, il était un peu claustrophobe, et ne savait pas lire.
Invariablement donc, il se trompait de ligne.
Il arrivait de l'autre côté de l'aventure, à Bronx' Falls ou Hell's Pits, jamais des endroits comme il faut. Les petites filles le suivait en tendant le cou, écarquillant les yeux pour voir l'aventure, mais quand la bouche de métro le recrachait dans la rue, le héros comprenait son erreur, et se sentait aussi glorieux qu'une glaire jaunâtre étalé sur le pavé.
Il n'y avait que la rue, et les gens qui, un peu étonnés de voir un héros là, regardaient autour d'eux et ne voyaient ni la gloire, ni le risque ou l'aventure. Alors un peu gênés, ils détournaient le regard du héros et passaient leur chemin. Un héros sans aventure, c'était presque obscène. Les petites filles aussi comprenaient leur méprise et du revers de leurs robes essuyaient ses croix de stabylo sur leurs petits poneys roses et s'enfuyaient en lui tirant la langue.
Souvent le héros en avait assez, et alors il se mettait à courir, droit tout droit. Aussi longtemps qu'il le pouvait, et au détour d'une ferme, il trouvait l'aventure.
Toujours trop tard.
La belle, libérée de son kidnappeur, s'en allait sur la croupe du cheval d'un autre héros plus rapide. Elle ne lui jetait pas même un regard.
Ou les ambulanciers rassemblaient ses morceaux éparpillés autour de la voie ferrée, et la pauvre héroïne abandonnée, reconnaissant celui qui lui avait fait faux bond, relevait sur un coude son demi torse posé sur une civière et lui hurlait de toute la force de ses poumons :
"Un zéros, un zhéros, tu n'es qu'un zhéros !"
Et à bout, elle expirait sur cette dernière imprécation.
Le héros ne savait pas vraiment non plus, comment finir une aventure...
(Au début de ce texte j'avais écrit :
L' Effleure du Mâle
-Allo Houston ?
- Gni ?
- Allô Houston, nous avons un problème.
- Mais vous êtes qui vous ?
-Peu importe qui je suis, Balmeyer a perdu tout ses textes, il faut l'aider !
- Malbeyer, mais c'est qui ça ?
-Mais c'est...
- Roh pis je m'en fous, je ne suis pas Whitney Houston, je suis son secrétaire, et vos histoires, je m'en bat les couilles. Débrouillez vous !
-...
-Biip....
C'était donc, au départ, un hommage à Balmeyer. Pis, je me suis dis, non c'est trop pas assez bien pour lui arriver au cuticule de l'ongle du petit orteil gauche. Pis Zoridae, me dit que finalement si, ça va, c'est potable, vas-y.
Donc voilà. )
8 avaleurs de songes:
Génial, j'adore quand tu trempes ta plume dans le surréalisme !
Fatiguée. Je reviens demain, ce serait dommage de ne pas lire avec attention et jubilation. Smack X
Attends tu déconnes ? Voir mon pseudonyme apparaitre dans un truc aussi réjouissant, c'est du pur bonheur ! J'ai l'impression d'être du crack qui fume un craque, c'est dire ! :)))
zoridae ; merci
catherine ; bonne nuit et a demain (texte lisible au petit dejeuner sans risque de regurgitation)
balmeyer : en plus, zoridae m'a donne cette belle photo de toi pour illustrer, c'est la classe quand meme
Ben oui ! :o)
MDR ! J'imagine Balmeyer arriver déguisé comme ça à la gare de Vernon. On va avoir du succès ! Pauvre héros !
Lu une première fois en diagonale (avec des gens qui braillent tout autour...) : cela me paraît excellent ! Je reviendrai quand je serai plus au calme, pour tâcher de trouver quelque chose de désagréable et "insultant" à vous dire...
catherine : rooh, si il arrive comme ça, je veux les photos !
didier goux : Zoridae dans son impitoyable relecture vous a laissé une faute d'orthographe au moins (je vous aide c'est une erreur de conjugaison)
Enregistrer un commentaire