vendredi 12 septembre 2008

Monsieur Bille Dictateur

C'est le premier résultat qui m'est apparu dans Google en y faisant la requête Monsieur Bille.

Un titre de livre.

Je me suis dis, tiens, sûrement un de ses anciens élèves.
Comment en suis-je venu à chercher le nom d'un de mes professeurs sur internet ? Assez simplement.
Je buvais mon café, et le livre que je lis en ce moment (toujours Galilée de Clive Barker, en attendant La route de McCarthy )et un peu trop lourd pour être tenu d'une main. Je me suis donc prise à rêvasser en sirotant mon Nescafé Gold Blend. Pas super bon, mais les grecs et les percolateur ça fait deux, et le café turc/grec c'est bon mais je finis toujours pas aspirer par mégarde l'espèce de bouillasse au fond. Ce n'est pas bon.

Tout en rêvassant Je suis retournée en arrière, loin en arrière, à la maternelle première année, ou la directrice me haïssait tant qu'elle m'appelait Stéphanie et me forçait à faire mes lacets toute seule sous peine de fessée, à 3 ans.
Grognasse.
Puis dans mon autre école maternelle, Madame Saladin qui d'un coup de talon aiguille expert remettait en forme les pneus de voiture qui constituaient le mobilier principal (ou en tout cas l'élément le plus ludique) de notre cour de récréation.

Partie de là , j'ai avancé dans mes années, passant en revue tous mes profs, instituteurs, oh pas tous, il y en a dont je ne me souviens pas.

Il y en a aussi dont la simple évocation me file des frissons, un certain monsieur Goux par exemple, en quatrième. Professeur remplaçant de physique, à la voix frêle, au visage grêlé des cicatrices d'une acné un peu trop vigoureuse et aux cernes qui, douées d'un appétit pantagruélique lui dévoraient chaque jour le visage un peu plus. Premier anti-héros malgré lui de mes écrits balbutiants. Les élèves étaient ignobles avec lui. Moi j'étais sage comme une image. Je doute avoir fait la différence.

Il y en a aussi dont le nom me donne envie des caricaturer leurs faces déjà parfaitement irregardable de les punaiser au mur et de les descendre au bazooka.
Monsieur Bille en fait partie.

Tiens, oui lui l'immonde qui se curait les oreilles avec l'extrémité de son stylo bic et le mordillait ensuite, avec son front luisant barré d'une mèche grise et grasse, avec sa voix railleuse moqueuse et nasillarde, qui ne manquait jamais une occasion de me descendre sur ma dissertation ou mon devoir de latin. Lui qui pendant deux ans à détruit en moi tout ce que ce cher monsieur Petit avait pu construire. Ce bon vieux monsieur Petit qui me rendait mes rédactions avec des annotations qui dépassait de loin le rôle du correcteur, "originale" parfois, "prometteur" aussi.Pour la première fois j'étais originale. Vous n'avez pas idée de ce que ce mot à pu faire résonner en moi. Sortir du lot ? Mais c'est une merveille !
Et monsieur Bille, lui, attribuait les points aux rédactions les plus lisses des bonnes élèves à tresses qui maîtrisaient la lèche au moins aussi bien que le tracé de petits ronds mignons au dessus de leurs I et, vicieux, il soulignait dix fois mes oublis de S avant d'entourer 40 fois une note en dessous de la moyenne. Monsieur la forme sur le fond, l'argent sur le talent (mes parents n'étaient pas avocats) oh que je le haïssais. Tellement qu'après quelques efforts surhumains jamais récompensés, j'ai juste arrêté.

Une fois , une seule fois je l'ai surpris. Ah. La première dissertation en quatrième. Ah, et le voilà obligé de lire ma prose devant la classe. J'ai eu ma revanche ce jour là, au moins pour le français, au moins pour mes idées. Pour les humiliations du cours de latin, par contre, j'attends toujours. Un jour je le reverrais et je lui parlerais dans deux langues qu'il ne comprend pas et tiens voilà dans ta gueule connard, reprends les tes remarques sur mon incapacité à maîtriser un autre langage que l'ardennais moyen ! Ite missa est et go mergitur kokecarë!

Voilà pourquoi je me suis prise à taper dans Google d'un index énervé le nom de ce bon à rien de prof. Mais je n'ai rien trouvé, il était déjà vieux en 1995, si ça se trouve il est mort, grand bien nous fasse.

Tout cela m'a énervé, vous pensez bien, alors je me suis dis, calmons nous, et effaçons ce nom maudit pour un autre révéré. Bien que celui qui le porte après un an et demi de bons et loyaux services nous ait lâchement abandonné malgré le bac approchant à grand pas, aux mains maladroites d'une prof d'histoire-géo débutante. Pourquoi ? Pour aller délivrer son savoir au Maroc à des ignares de touristes.

Là mon google a fait ding tout de suite. Réactivant du même coup mon envie de commander des livres sur internet.
Je pourrais lire n'importe quoi qui sortirait de la plume de Jean-luc Pierre, qu'il débatte de l'élevage des yaks au Mexique par une tribu de Vikings Amish, ou de l'influence de la musique baroque espagnole sur les mœurs des chevaliers hongrois durant la seconde guerre mondiale.
En cours, il avait l'art de nous suspendre à ses lèvres, les petits a s'envolaient, les partie I et II se mélangeaient, mais tout gardait un sens, une fois sortis des paysages monotones et des plans biens tracés du livre d'histoire, on se sentait quand même plus a l'aise.

Les sens cachés des tableaux, les sous-entendus historiques des films, la possibilité non pas d'apprendre l'histoire mais d'en débattre. Le droit de questionner. L'absence d'une vérité historique immuable, ou indémontable.
L'histoire sous sa coupelle n'était plus une suite de dates, avait perdu ce côté linéaire d'une frise apposée au mur de la classe. L'histoire devenait un amalgames mouvant dont les contours restaient irrémédiablement flous, même en plissant les yeux. L'histoire devenait un mystère dont à chaque heure il découvrait un peu le voile, pour en recouvrir un autre morceau.
Il ne dictait pas, nous prenions des notes, moi je notais ses jeux de mots.
Même la géographie devenait intéressante (même si bizarrement, je m'en souviens un peu moins)

Bref, des profs comme ça, il n'y en a pas des masses, mais un seul d'entre eux rattrape le mal causé par tous les Monsieur Bille du monde.

17 avaleurs de songes:

Catherine a dit…

À part la voix, votre Goux ressemble au mien !
Très bel hommage à votre professeur.

Nef a dit…

comment ça ? Didier Goux est un petit blond au yeux bleus genre poids plume ? Comme mon David Goux l'était ?

Catherine a dit…

Mais non ! MDR ! C'est à ça, que je faisais allusion : "au visage grêlé des cicatrices d'une acné un peu trop vigoureuse et aux cernes qui, douées d'un appétit pantagruélique lui dévoraient chaque jour le visage un peu plus. "

Nef a dit…

Vi j'avais compris, c'est là que je me suis rendue compte que ma description était décidément incomplète ! Toute personne ressemblant à didier Goux n'a pas sa place dans le costume d'un anti-héros. Au mieux, il peut faire le méchant dans james bond.. ou un truxc comme ça..

balmeyer a dit…

Tous ces profs qui t'ont embêtés, tu sais ce qu'on va en faire avec, mettons... Dorham ? On va les retrouver, tous, et on va t'envoyer leur main droite dans un colis, pour la Grèce, pour te prouver qu'on est tes potes, tous, sauf le sympa, on lui coupera que la main gauche !

Et ce Goux, on le mettra dans une pièce, attaché à un fauteuil, avec André Rieu en fond sonore, ou Manu Chao, et on lui lira des recueils de Louis Aragon !

Dorham est pas encore au courant, mais je lui dirais qu'on fumera plein de clopes, et que ça ressemblera à du Coltrane mais en actes, sûr qu'il va marcher.

Nef a dit…

Bon, alors les deux zhéros déchus là faut pas s'emballer non plus (j'inclue Dorham, je sais qu'il acceptera) vous touchez à un cheveux de Monsieur goux, mon fantasme platonique de quatrième, je vous éclate la tête.

Les autres ça va. Sauf monsieur Pierre, jamais vous l'attraperez, il est bien trop malin, il vous fera rigoler et paf quand vous essuierez vos yeux pleins de larmes de rires, il se sera envolé.

(vous invitez aussi spermy dans votre quête ? que ce soit encore plus intéressant ? :p )

Mais ne vous gênez pas, j'ai toujours déploré la petitesse de ma collection de mains.

Didier Goux a dit…

Très beau billet, vraiment. Ça nous change agréablement des niaiseries pontifiantes qu'on peut lire ailleurs, ces derniers temps...

Nef a dit…

Merci. 'tin et dire que je recherche la critique à tout prix et paf, deux commentaires de vous, deux compliments. Je suis maudite...

Sinon, le jour où je pontifie, faites moi signe, je retourne mon bazooka contre moi.

Didier Goux a dit…

Z'inquiétez pas...

balmeyer a dit…

Didier, vous vous sentez compromis après votre explosion gauchiste ? :)

fdoun a dit…

Pour le café je suis d'accord avec toi (je te tutoie vu que je pourrais être ta mère ! j'espère que tu n'en prendras pas ombrage). Je vis en Grèce depuis 20 ans, j'ai donc une certaine expérience. Le Nescafé classic : a bannir .... infecte .... donc ne pas prendre de frappé dehors (ils sont a base dudit Nescafe ! leur préférer, un capuccino freddo ou un expresso freddo ..... les grecs commencent a apprendre la percolation). Ou alors tu fais comme moi, tu ne bois de cafe que chez toi !!!! parce que .... Ochi Re Panagia mou ! ;-)
Bon, je ne veux pas faire un commentaire de 50 lignes....
je terminerai en te disant qu'on a tous une monsieur Bille et un monsieur Goux enfouis au fond de notre mémoire.
Kalo savato-kyriako !

Fabienne (Φαμπιέν)
http://fdoun.canalblog.com

Nef a dit…

dehors : bière.
et pour sûr je vais passer un bon week -end, pamé stin paralia. Mou arési na kalibo !
(ou un truc comme ça, moi je ne suis même pas là depuis deux mois hein... )
yias sas.. (ou sou, au choix)

fdoun a dit…

au choix ? je choisis "geia sou" donc !

Fabienne

Didier Goux a dit…

Eh ! moi aussi, je pourrais être sa mère ! je ne la tutoie pas pour autant...

fdoun a dit…
Ce message a été supprimé par l'auteur.
fdoun a dit…

mais vous, Didier, c'est normal (quoique ? mère avez-vous dit ? !!!!), vous fûtes presque son professeur. De plus, vous ne tutoyez personne et personne ne vous tutoie d'ailleurs !

Et puis ici, en Grèce, c'est différent, on tutoie systématiquement les plus jeunes (et pas seulement d'ailleurs !)

Ant. a dit…

Et pouquoi qu'on ne pourrait pas tutoyer Didier Goux ? Hein ?

Euh...

Oui, c'est vrai, ça ferait bizarre finalement.

(chouette billet, Nef. Emouvant, il m'a rappelé certains très bon souvenirs - en français, en anglais - et certains très mauvais - en physique et chimie).