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Je déteste les services de nuit de Georges. Je lui promets de ne pas regarder les séries que nous savourons habituellement ensemble mais je le fais. Je passe mes journées à dormir puisque je passe mes nuits à l'attendre et je remue des souvenirs pas forcément à mon avantage.
Assise dans le noir en tailleur, une tasse de thé à portée de main, et du raga dans les oreilles, d'aucuns appeleraient ça de l'introspection, j'appelle ça de la nostalgie mal placée.
Il y a quelques années de ça. Alors que j'étais étudiante en Angleterre, ce qui nous ramène à janvier 2005, je rencontrais grâce à mon blog anglais un indien fraîchement débarqué à Coventry (ou j"étudiais, vous l'aurez compris). Un mail sympathique en entraînant un autre, et un autre, une vérification de la réalité de l'identité du type par un ami (même multinationale, même intranet, je parlais bien a celui auquel je pensais parler), deux coloc' prévenus en cas de non retour et me voilà partie pour un café qui se transforme en cinéma et les orphelins Baudelaire n'étaient pas encore sortis de leur incroyables aventures sur l'écran devant nous que nous commencions les nôtres.
Je suis comme ça, lui aussi apparement. J'aime, follement, sans concession, j'ai un mari, ou j'ai un jouet, entre les deux ça n'existe pas.
Il était des rares que j'ai aimé.
Il est un des rares qui soit parvenu à remuer quelque chose en moi.
C'était réciproque, mais on ne se voyait pas beaucoup, tout au plus tous les trois jours parvenait-il a libérer une heure ou deux dans son emploi du temps de fou. Des heures où je ne travaillais pas, où je n'étais pas à la fac non plus.
Tant bien que mal, nous y arrivions.
Je n'ai pas le souvenir d'une conversation entre nous. Je n'ai plus beaucoup de souvenirs en fait, je savais simplement que je n'avais qu'à me plonger dans son regard pour comprendre. Comprendre quoi.. bonne question. Mais nous avions tout compris.
Pourquoi ne suis-je pas mariée à mon indien alors ? On aurait bien aimé. Il a fait des pieds et des mains pour rester, mais son entreprise l'a renvoyé en inde au mois de juin. Trois mois plus tard, il m'envoyait un mail, il s'était marié.
Oui c'est con, essayez d'épouser un indien hindou, brahmane et de très bonne famille. Par amour, pas pour qu'il ait un visa.
Vous verrez la tête de ses parents.
Il n'a même pas tenté.
Je ne l'avais pas attendu rassurez vous, quelque semaines avant, j'avais regardé dans ses yeux et j'avais compris. J'avais préparé ma déconvenue, pas de la manière la plus honnête, puisque qu'il n'avait pas quitté Coventry depuis dix minutes que j'étais en train de regarder dans le bleu des yeux d'un autre. Mais on panse ses blessures comme on peut.
Je ne garde de lui que trois souvenirs marquants. Un matin où il m'a réveillé à huit heures, m'a dit de préparer mon sac et m'a emmené deux jours dans le Lake District, pendant le voyage, il passait ce CD, Morning Raga. Et il chantait. Il m'aurait demandé n'importe quoi ce jour là, j'aurais dit oui. Oui, oui. Et oui.
Quelques semaines plus tard c'est à la mer qu'il m'a emmené. Je lui avait dit une fois que lorsque j'étais petite, je saluais la côte anglaise au delà du brouillard du haut des dunes du Cap Gris Nez. Il m'a emmené juste en face. Par souci de symmétrie.
Le dernier souvenir, c'est deux jours avant son départ. Il a amené son violon, il s'est assis sur la moquette et a joué pour moi. Pendant dix minutes j'ai regardé en pleurant le diamant que je perdais distiller dans ma chambre des morceaux de son âme.
De temps à autre, je reçois un mail, dans lequel il s'excuse.
De n'être pas resté, de n'avoir pas essayé...
vendredi 24 octobre 2008
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11 avaleurs de songes:
La saudade vous va bien...
S'il faut absolument troller, je dirais que votre Indien a sûrement apporté son violon plutôt qu'il ne l'a amené, mais bon...
...
...
Les indiens ont un truc (je préfère bifurquer parce que je suis une saloperie midinette) avec le violon, un savoir faire très particulier qui les fait mieux jouer que n'importe quel petit européen prodige. Pourquoi ? Alors, là, j'en sais foutre rien, mais c'est indubitable.
Cela dit, à la fac, j'avais un très bon ami, portugais exilé au Luxembourg. Il était hindouiste aussi et il a bien épousé une indienne exilée à Londres. Comme ils étaient tous deux plutôt surdoués, je crois qu'ils sont allés poursuivre leurs études aux Etats-Unis. Et de temps en temps allaient en Inde. Il jouait de la sitar comme un indien, pas du tout comme un portugais qui joue de la sitar. Pourquoi ? j'en sais foutre rien.
didier goux : si vous m'aimez en mode saudade, vous avez le droit de relire une bonne moitié des textes de la catégorie : ma tête dans leurs étoiles.
Mais bon , je me préfère en mode " je suis tarée" ou "naine à l'épée"
Pour votre trollage, je me suis trollée moi même trois fois sur ce mot, mais il était tard, j'ai laissé tomber. Je changerais...peut être
dorham : lol, je t'ai fait verser une larme?
en ce qui concerne ce don des indiens, j'ai bien un début de piste.
L'absence de partition. Suraj m'expliquait qu'il faisait tout à l'oreille. l'école était dehors et ils apprenaient à jouer tous ensemble assis au milieu de arbres. C'est un autre approche. Donc un jeu forcément différent.
(ce n'est qu'une théorie)
C'est vrai, la rigidité de l'enseignement musical occidental peut expliquer pas mal de choses ; à mon avis, c'est une piste intéressante.
Quand je pense qu'on m'a viré d'un cours de violoncelle parce que j'étais trop cérébrale...
C'est trop beau, c'est trop triste.... À mon âge, j'ai toujours un petit coeur de midinette !
Ton histoire me touche beaucoup. Je crois qu'on a tous vécu un jour ce genre de séparations douloureuses et absurdes. Mais on ne trouve pas toujours les mots pour en parler aussi bien...
Très beau...
Même les commentaires.
oui.
J'ai beau cherché, je ne vois pas quoi ajouter alors : très beau billet, et voilà.
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