mercredi 31 décembre 2008

Walk a mile in my shoes.

 
Avant de quitter cette année 2008 que je qualifierai d'instable. Voire merdique sur certains plans. Je vais vous confier mes bonnes résolutions pour l'année prochaine...
Non j'plaisante. J'en ai trois. Mais c'est pas vos oignons..
Donc je disais pour ce dernier jour de cette année de merde (- 15 jours, il y a au moins 15 jours sur cette année là où j'ai été heureuse. C'est pas négligeable ! )

Un peu de musique.
Ne serait-ce qu' histoire de répondre à cette chaîne de Gaël  "Mais euh qu'est ce que t'écoute en ce moment ?"
Ben c'est simple : comme d'hab plus mes monomanies du moment.
Comme d'habitude c'est :
Les classiques  :Doors, Led Zeppelin, Muse, Placebo, XTC
Du rock anglais : the libertines, the rakes, the hives, the vines, the white stripes. Tous les groupes en The + un mot auxquels vous pouvez penser.
Du français :  Louise Attaque, Tarmac, les Wampas,  Noir Désir, Indochine, Tété.
Des autres trucs : Goran Bregovic, Pet Shop Boys (K. je vous maudis), Pink Martini...
Du japaniais : Orange Range, the mass missile et des BO d'animes (death note, welcome to the NHK, Bleach, Elfen Lied, Naruto, School Rumble -j'ai honteT_T-, etc...)

Voilà pour la trame de fond, sinon, spécifiquement en ce moment, j'ai une petite crise revival de mes seize ans : Fugazi, Korn, System of a Down, And you will know us by the trail of dead, At the Drive-in, my chemical romance, bullet for my valentine, the Distillers
J'ai complètement craqué pour Camille il y a quelques semaines, j'écoute the rakes, the caesars (encore des the) en boucle. J'ai découvert Delta 5, et une paire d'autres groupes de nanas pas trop mal, mais j'ai pas les noms dans la tête. Tant pis. Je les trouve chez Donna Slut et je développe sur Deezer (vive internet) si c'est grunge avec des voix graves des guitares saturées qui répètent des lignes en mode mineurs et une basse délirante, alors j'écoute.
Bon on va arrêter là, j'ai pris un petit 10e de la playlist que j'avais dans mon MP3 pour mon voyage en France. Ca devrait suffire.



Découvrez Pink Martini!


Une petite requête pour finir, dans la série : j'avais les CD mais ils ont disparu, c'était vendu sur mon premier lecteur MP3 j'ai effacé par erreur, la cassette s'est fait bouffer par mon walkman, si l'un de vous a l'un de ces titres en stock, je suis preneuse. (En échange de ce qui vous chante et de toute ma considération.)

Bobby Bare Jr   la chanson " Brainwasher" (ou brain whashing, je sais plus, les paroles c'est  : Wash my brain, wash my brain release me from this shame... ) ,
Cape "there 's a hole in my head (and it looks like you.) "
The Urge "Too much stereo"(RECU merci Boris Gudlov !)
The real ones "Bratislava" (pour celle-ci je ferais presque n'importe quoi surtout si vous avez le clip avec... arrgghh booooooo. )

Et pis tiens tant qu'on y est "Nefisa" de Earthling, (RECU merci Boris ! une fois encore ! ) je crois que c'est sur l'album soup or no soup Radar,  il doit être chez Nombril a Metz, elle ne devrait pas avoir trop de mal à me l'envoyer par e-mail ? Si ?
she be smoking prozac, the be smoking atom bombs.... oh yeah et vive le trip hop belge... (en parlant de Belges complètement barrés, j'ai mis un morceau de Red Zebra dans la playlist, j'ai du l'écouter 150 fois ces dernières semaines, ce que je ne vous conseille absolument pas. )

Bon pour finir vraiment, je vous mets les photos de Noël. Elles sont moches, The Gimp n'arrête pas de planter alors je dois me contenter de Photo Studio pour les retouches. Alors Merdre. D'abord la semaine prochaine j'ai un vrai appareil photo. Vous allez moins rigoler.
Noël
Je vous laisse, il faut que je me prépare psychologiquement au nouvel an le plus chiant, le plus inconfortable et le plus frustrant du monde (sauf si j'arrive a choper une angine avant ce soir alors je pourrais peut-être y réchapper).

(photo : mes pieds place Ducale. C'est important. C'est chez moi. J'y étais. )

samedi 27 décembre 2008

Quickie

Je suis rentrée en Grèce, mais le trajet a été houleux, d'ailleurs j'ai pas encore dormi depuis hier matin. Alors Joyeuses fêtes tout le monde et en ce qui concerne ce blog on se retrouve sûrement en Janvier.

mardi 23 décembre 2008

Mon beau sapin

Comme le veut la tradition, nous attendons d'être toutes ensemble pour décorer le sapin. (toutes ensemble c'est Nombril, Garte et moi)

- Oh il est mignon celui là, il faut absolument le mettre.
- C'est quoi ?
- Un clown mort.

- Oh et celui là !
- Heu ?
- Un père Noël psychédélique.
-C'est pas un lutin sous amphèt' ? 

- Vous avez vu ?
- Oui c'est bizarre quand même.
- Ca se fait de mettre une escadre de chevaux de bois décapités ?
- Au diable l'avarice!

- Qui a accroché un ange manchot ?
- Moi !
- Mais ...
- Et alors ?  Tout le monde à droit à Noël !

Voilà.
Pour information, chez nous à Noël il y a toujours à table ce qu'on nomme la place du pauvre.
Si vous avez peur de vous ennuyer à votre réveillon chez tante Betty...

lundi 22 décembre 2008

Version live

Dans le bureau du Château.

Ordi 1 Nombril recopie son cours sur le théâtre grec.
Ordi 2, je lis mon feuilleton préféré du week-end en essayant de pas trop transposer. (ça devient dur)

Nombril :  Alors ! sais tu ce que sont les phallophories ?
Nef : euh, alors phoro c'est porter, phallo je sais pas. Ce sont des porteurs de cierges ?
Nombril : Mmmmmprhhh
Nef  :   Gné?
Nombril :  Ce sont les chants qui accompagnent le porté du phallos dans la vigne. Un pénis géant quoi.
Nef : Ah mais oui bien sûr. (En plus, vu ce que je lis j'aurais dû y penser. )
*Jbaff* (bruit de Nef se collant une baffe)
Nef : Aie, j'me suis fait mal.
Nombril : Ahhh. tu m'as manquée.

Nouvelle information, Nombril me fait la lecture : dans la comédie ancienne il n'y a pas de limitations d'acteur, les acteurs portaient des postiches de sexes surdimensionnés pour faire rire car selon les critères de beauté de l'époque les petits sexes non circoncis étaient de rigueur.

Mais pourquoi j'ai fait droit à la fac moi ?

samedi 20 décembre 2008

His umbrella

Je voulais faire ça bien.
Relater mon retour, mes pérégrinations parisiennes, mon crochet belge, je voulais mettre des trucs marrants, dont seules une ou deux personnes auraient compris le double sens. 
Faire le jour 1, le jour 2, et le jour 3.
Mais s'il y a des retrouvailles toujours aussi touchantes qu'agréables, des rencontres attendues et amusantes qui resteront en mémoire bien longtemps, il y a, aussi, des points de suspension lorsque je veux écrire le reste.
Vous savez quoi ?
Tant mieux.
Ça invite à une suite.

lundi 15 décembre 2008

Derrick est mort !

L'inspecteur n'était donc plus si vert que ça ?
Mince alors, je feuillette un magazine en ligne et j'apprends qu'Horst Tappert l'increvable vient de décéder.
Un mythe s'effondre.
C'est tout un pan de ma jeunesse qui s'effondre même !
J'espère que Maigret a encore de beaux jours devant lui sinon, toutes mes vannes sur la lenteur et la couleur glauque vont tomber à l'eau.

Heureusement que je vais chez ma grand-mère dans deux jours, il va falloir quelqu'un pour lui remonter le moral.
Ah non c'est bon il reste Rex, chien policier...

dimanche 14 décembre 2008

Au chaud

Dehors les dieux du mont Olympe doivent être en train de jouer à celui qui pisse le plus loin.
Il fait comme un dimanche, pluvieux, déjà sombre à se demander même si le soleil s'est levé.

J'adore, ça faisait si longtemps. Presque comme à la maison.

La chambre surchauffée avec ses piles de linges entassées ça et là (je fais ma valise) ressemble à un cocon. Par je ne sais quel miracle, j'ai pu prendre une douche d'un quart d'heure chaude et Georges avait eu la gentillesse de chauffer ma serviette sur le radiateur. J'ai donc pu éviter le choc termique au sortir de la baignoire (il n'y a pas de chauffage dans la salle de bain). Autre miracle notable, il y avait de la viande au four, chaude, qui ne baignait pas dans l'huile (elle avait un goût amer un peu étrange, mais c'était mangeable), et j'ai réussi à pêcher deux bouts de choux-fleur dans une casserole, ils étaient à mi-cuisson selon les principes yayaesque, donc pas encore réduit en une bouillie infecte et sans goût. 

Bref, une bonne journée.

Comme mentionné plus haut, je fais mes valises. J'abandonne mon mari aux affres de la solitude familiale et de la dinde trop cuite (il survivra, ça fait 5 ans qu'il n'a pas passé Noël avec sa famille, il leur doit bien ça) pour me réfugier 10 jours en France. Je doute que le périple soit reposant, d'ailleurs, je ne poserais vraiment mes sacs pour de bon à Lonny que quatre jours après mon arrivée.  Avant, je gambade de retrouvailles en découvertes, avec le lot d'émotions disparates que ce genre d'exercice de haute voltige entraîne. Mais j'aurai pour me remettre de tout ça : le confort du chauffage central, un ballon d 'eau chaude, une cheminée, des meubles qui vont ensembles, de la nourriture qui se mange, et une compagnie plus plaisante et nettement moins bruyante (quoique, mais dans un registre moins gueulard) que la yaya et mes neveux.

J'irai me baigner au clair de lune dans le ruisseau avant de me rouler joyeuse sur ses berges enneigées, je torturerai Timothée le chat con devenu roi (depuis qu'il a déménagé à la campagne il paraît qu'il est passé de matou obèse et froussard à chef des armées félines du domaine, j'attends de voir ça avec impatience), je jouerai de la bombarde, le soir au fond des bois, j'irai lancer des pelures de pomme de terre sur les poules, je gambaderai de conserve avec l'ânesse, et je gaverai ma puînée de jus d'orange frelaté dans lequel j'aurai fait macérer de bout de marcassin (balance ! ). La cadette s'occupera d'immortaliser la scène.

Bref, je m'envole mardi matin et ne comptez pas sur moi pour me mettre devant un ordi avant samedi. Ce qui me laisse le choix : j'ai quatre textes en brouillon sur la Grèce. Si j'ai le temps et l'envie (j'aurais les deux, mais je ne sais pas si je les aurai en même temps) je les finis aujourd'hui ou demain et je les programme sur la semaine. Si je ne l'ai pas fait, alors rien, vous les aurez plus tard. On en mourra pas. Mais vous aurez le droit de me traiter de sale flemmarde dans les commentaires. Cependant, si vous pouviez le faire avec classe, par exemple en n'utilisant que des Chiasmes, des Syllepses et des Anacoluthes, ce serait plus plaisant.

Je vous laisse, je continue ma journée chaude avec un cappuccino et des cookies triple chocolat.

Allez-vous-en, la messe est dite.

samedi 13 décembre 2008

Peshku pa ujë


Découvrez The White Stripes!

Charlie s'étira et d'un doigt paresseux vint essuyer une goutte de sueur qui perlait le long de l'interminable dos de Aldo. L'air était moite dans la chambre, le voisin du dessus jouait en boucle un disque de Marley et les paroles de Buffalo soldier passaient par la fenêtre entrouverte et venaient sans répit dégouliner sur la moquette poussiéreuse.

Aldo regardait dans le vide, aspirant sur sa cigarette comme si elle était faite d'oxygène pur. Le doigt de Charlie suivait les petites cicatrices blanches, le long des vertèbres de son amant.

Et renonçant à essayer d'ajouter quelque chose, elle se remit sous les draps. Aldo éteignit sa cigarette et son regard furieux, bleu, la fusilla... Et sa bouche mince vint se coller contre la sienne avec sa fougue habituelle.

Et il recommencèrent, ne pouvant finalement s'exprimer que comme ça.
Ça avait commencé par Charlie se croyant dans son droit. Le droit à la vérité. Et elle l'avait eu. Après tout, après trois mois, elle avait bien de droit d'entendre un peu de vérité sortant de l'exquise bouche de son amant.
Et puis la vérité s'était une fois de plus emmêlé dans un mensonge. Tellement con.


"You mean the world to me. "
"Fuck you."
"Fuck you ? "
"Yeah. Fuck me. "

(c'est officiel, je suis une insomniaque qui ressasse)

jeudi 11 décembre 2008

Le jeudi c'est blog de fille 3 (après j'arrête, marre... )

Matons !



Quand je vous dis que je ne suis pas née à la bonne époque...
Barmaid dans les années 60-70 en Angleterre, ça en aurait jeté.
(non je n'ai pas regardé cette vidéo 57 fois depuis ce matin, promis.)
Bon ok un jour j'ai touché le manteau de James Marsters dans les vestiaires (celui qui après avoir fait le vampire dans Buffy s'est mis à la musique). Après j'ai vu qu'il avait écrit sur son site qu'il trouvait les filles de Coventry super craquantes. Depuis je ne mouille presque plus ma petite culotte en regardant Buffy. (mais j'aime bien Willow aussi)
Sinon, un vieux membre des Who, quelques acteurs dont j'ai oublié le nom, mais damn it, j'aurais adoré servir une pinte, ou dix et n'importe quoi ensuite à Mick Jagger il y a 40 ans.
Voire même lui appporter son courrier à quatre pattes. 

Mince. j'hésite, suis-je en train de me soumettre au lois du machisme ambiant en m'imaginant inconsciemment soumise aux hommes que j'adule où est-ce moi la sale macho qui regarde cette vidéo où Mick Jagger prend indéniablement des poses subjectives  suggestives(même si la coupe de son pantalon laisse un tantinet à désirer) et réduit l'homme à un plat objet de désir.
Vite ! Créons un comité de soutien aux hommes bafoués par ces femmes dominatrices, oui  celles qui les obligent à être photographié contre leur gré  en prenant des positions lascives et/ou clairement inconfortable.



Féministes de tout poils (ou sans) , soyez pas cruches, ne vous trompez pas de combat. Non mais des fois franchement.

(ce billet ne fera rire que 8 personnes.)

vendredi 5 décembre 2008

Just a real bad dream .I. Charlie la sanglante.





Charlie a 11 ans et demi. Assise dans la baignoire elle écarte ses cuisses comme deux allumettes et regarde le sang sale qui s'est déposé sur l' émail blanc. Elle remue curieuse avec l'index et la masse cramoisie se dilue en un nuage rosé dans l'eau savonneuse.



C'est ça être une femme. Porter une couche comme un enfant, avoir des pointes de seins douloureux, sentir cet affreux bouton de fièvre défigurer sa lèvre inférieure et pourtant avoir à justifier de son sexe sous les regards curieux d'autres enfants.



Dans le compartiment du train qui l'emmène en colonie de vacances. On crève de chaud.

Une grande de quatorze ans entre, c'est une habituée et elle décide arbitrairement de qui sera petit copain avec qui chez les nouveaux.



Charlie regarde les yeux grands et doux de Fred, le garçon de treize ans maigrichon qui lui a été attribué. Ils n'ont rien à se dire. Et Charlie n'essaie pas.



Ca pue le crottin dans le centre équestre paumé en Corrèze où un vieux bus poussiéreux largue son chargement de vacanciers à peine pubères.



Les animateurs guère plus vieux, mais des chefs déjà, les répartissent avec des airs supérieurs qui énervent Charlie. Elle n'a pas l'habitude et cette serviette entre les cuisses qui la gratte et qui pèse.



Une douche, juste une douche par pitié.



Mais il faut encore attendre dans le réfectoire, écouter les règles, se présenter.



Tortures.



Et déjà des filles blondes qui sentent bon le savon et portent de l'eye-liner se moquent d'elle.



Premier croche-pied.

Charlie trébuche et se fait rattraper de justesse par un bras mince et musculeux. Il a plein de taches bleues et noires au creux du coude. Charlie grommelle un merci en retenant ses larmes.



Pourquoi a-t-elle dit oui, elle aurait pu passer l'été à faire du vélo avec Alex ou construire des cabanes avec Christophe.

Et pourquoi maintenant ? Cette satanée cascade rubiconde qui s'écoule de son corps.



Le type qui l'a rattrapé garde la main sur son épaule. Il a des baskets usées. Juste l'usure qu'il faut. Des baskets cool comme tous les collégiens doivent rêver d'avoir. Son jean délavé est troué au genou gauche. De la poche un paquet de cigarette dépasse. Des Camels.

Son t-shirt noir est moulant. pas trop. Juste assez pour dessiner ses pectoraux quand il bouge et se plaquer contre son ventre plat.



Son cou, à l'inverse de ses bras tannés, est blanc et de grosses boucles noires y reposent sans avoir l'air d'y toucher. Sous la cascade presque bleue à force d'être noire, un visage, dévoré par deux yeux noirs. Pas bruns, pas noisette. Noirs. Et une bouche rouge. Qui rigole. Découvrant des dents d'un blanc surréaliste.



Dans son ventre Charlie sent quelque chose se tordre douloureusement et elle a soudain très chaud.



Elle détourne le regard et dégage brusquement son épaule.



Les animateurs en ont fini. Il faut sortir son sac du ventre surchauffé du bus et gravir les escaliers de bois qui mènent au dortoir.



Un sac pour trois semaines, c'est lourd. Surtout quand on a que des os, et deux tétons qui pointent. Surtout quand on a l'impression de marcher en canard, avec un bout de tissu trempé de son propre sang entre des guiboles qui tremblotent.



Le bras mince et bleui empoigne fermement le sac.



Toi, t'as besoin d'amis, dit la voix déjà adulte qui sort de la bouche rouge. Je suis Maxime en général, mais on m'appelle Chucky.



Pourquoi ? Charlie hait sa voix qui chevrote.



Maxime charge le sac sur son épaule et pose sa grande et mince main libre sur la tête de l'à peine femme qui fond, qui se liquéfie, qui a un crapaud dans le ventre.



"Les sauterelles prépubères, ça ne pose pas de question. T'es dans quelle chambre ?"



Et sous les regard jaloux des blondes à eye -liner ignorées, Charlie la sanglante monte les escaliers en compagnie de leur fantasme de chaque année.



Maxime. Le palefrenier.



photo : sally mann.

music : Eels. Spunky

Just a real bad dream .II. Unhappy Chucky





Maxime, c'est comme un mythe.




"C'est un rebelle" Charlie entend dire quand il passe au milieu d'un troupeau de blondes à eye-liner. Quand elles le voient arriver, c'est le branle-bas de combat. Ca glousse, ça rajuste des soutien-gorges et ça se remaquille les lèvres, et les regards deviennent suppliants à en grincer des dents.




"Il fume, il fait des trucs illégaux..." Ça chuchote, ça prétend mieux savoir, ça prétend avoir vu, ça veut impressionner.




Même les monos le font, les filles ondulent de la hanche, les hommes le suivent du regard. Même Charlie assise dans son brouillard, s'en aperçoit. C'est comme si il avait jeté un sort sur le centre tout entier.




On se lève à six heures du matin pour le voir arriver au pré, enfiler nonchalamment ses chaps sur son jean qui lui fait des fesses comme celle d'un dieu grec (Charlie entend toujours la mono Carine dire ça) et sauter par dessus la barrière, siffler son étalon favori, grimper dessus à cru sans même un licou et ramener en deux temps trois mouvements le reste de la horde.


Les plus braves applaudissent, fardées jusqu'au nombril, aux aurores, désespérées.


Mais Maxime c'est un mythe, il s'en moque, il ne regarde personne. Il impressionne tout le monde pourtant. Quand il passe on se tait, quand il vient s'asseoir pour manger au réfectoire on retient son souffle, pour savoir qui aura la chance de l'avoir tout près. De sentir son odeur, son aura.


"Il met du Hugo Boss je suis sûre" gloussent les blondes, qui n'ont jamais pu l'approcher d'assez près pour savoir.


Charlie sait. Maxime sent le savon, la sueur un peu. Et le foin. Et c'est tout. Ça se mélange et ça sent le Maxime, pas cet Hugo dont elle n'a jamais entendu parler.


Charlie a de la chance, Maxime ignore tout le monde sauf elle. Quand elle passe il s'arrête, il lui parle. Depuis trois jours, il lui pose des questions, elle lui en pose, il répond, il écoute puis il lui pose la main sur la tête et s'en va.


Elle reste plantée là sous le soleil d'août à le regarder s'éloigner et chaque mouvement d'épaule lui remue les entrailles.


Elle ne sait pas pourquoi , mais au fond d'elle la colère monte. Et autre chose, sans nom.




Quand elles voient ça, que cette asperge de Charlie, avec ses grands pieds et sa démarche de plouc peut parler à Maxime, les blondes se jettent sur lui et lui posent des questions, elles aussi. Et pour toute réponse Maxime attrape prestement un des lézards qui paressent sur les murs brûlants et le glisse dans le cou de l'une d'elles en ricanant.




Maxime est méchant.




D'ailleurs son père le dit, avec d'autres mots. Trois jours et trois fois déjà, son père massif, autoritaire, effrayant, l'attrape et le pousse sans ménagement et il hurle : "sale pédé, raclure, salope ! T'étais où encore cette nuit ? " et ses insultes infinies se perdent dans l'air immobile et brûlant. Maxime, stoïque, le laisse faire, mais son visage devient comme de la pierre, avec des yeux qui flambent de haine.


Charlie regarde de loin.


La troisième fois elle le suit qui s'éloigne à grand pas vers les prés.


" Maxime... c'est quoi pédé ? "


Maxime s'arrête, la regarde, ses yeux comme des couteaux, Charlie recule d'un pas. Il se détend, rengaine son regard, dégaine son sourire assassin... Charlie recule d'un autre pas.


"Mais t'es sortie quand de ton cocon toi, au juste? "




Photo : Cimarron, dans la série Cowboys.1973.

Music : Muse. Muscle Museum.

Just a real bad dream .III. Nightclubbing



















Une semaine.


C'est la première Boum.


Hier , Maxime assis sur un muret, expliquait à Charlie pourquoi Chucky.


Puisqu'elle insistait tant.


"J'ai fait mon premier Bad trip en regardant le retour de Chucky. Mes potes on trouvé ça marrant. Ca m'est resté. "




"C'est quoi un Battrippe? "


Maxime la regarde un moment pensif. Charlie, debout, attend.


" Je t'expliquerais l'année prochaine. "


" C'est quoi Chucky alors ? "


Maxime cette fois sourit.


"Mais t'es indécrottable, toi... A mon tour. Tu as un cavalier pour les slows demain soir ? "


"C'est quoi un slow ? "


Maxime rigole, Charlie vexée devient écarlate et s'en va, raide sur ses allumettes.


"Mais reviens Sauterelle, je serais ton cavalier demain soir, ok ? Je te montrerais ! "


Charlie se met à courir, le cœur battant, les larmes au yeux et un sourire douloureux qui se dessine malgré elle sur les lèvres.




Une camarade de chambre plus sympa que les autres lui a montré comment se coiffer, quel T-Shirt choisir et comment danser un slow. elles ont esquissé quelques pas ensemble entre les lits superposés. Deux autres sont arrivées, Charlie est devenu une poupée. Une jupe en lieu et place du jean, non pas tes baskets nigaude, tes sandales... tiens, bouge pas je te maquille.


Et voilà, Charlie est une fille.


Lorsqu'elle monte la butte qui mène à la salle d'activité, il est sept heures trente, le soleil prend des teintes pourpres derrière les bosquets et Maxime assis sur une botte de foin fume sa enième cigarette et la siffle.
"Tu me gardes bien une danse sauterelle, sinon ... "


Charlie lui tire la langue, elle l'a évité toute la journée. Elle entre dans la salle.




Il n'est pas venu. Elle a attendu, attendu... Et c'est Fred qui lui fait danser son premier slow sur du Céline Dion. Ecarlate et maladroit. Charlie indifférente. Elle s'ennuie, rien n' a de sens, ça gesticule, ça chuchote, ça s'enlace. Elle n'y comprend strictement rien.


A neuf heures trente sur l'antique coucou qui décore la salle. elle s'esquive et plonge dans l'humidité de la nuit.


Il fait noir sur le chemin caillouteux, la musique arrive assourdie, elle passe entre deux granges. Maxime est là plié en deux. Il vomit. Charlie s'arrête et le regarde.


-C'est dégueulasse.


Maxime toujours plié contre la paroi de tôle de la grange lui lance un regard torve qui scintille sous la lune.


-C'est ça un battripe ?


-Non, le bad trip, c'est que tu me vois comme ça. Tu t'amusais pas ?


-Non.


Maxime se redresse, ça à l'air de faire mal. Charlie grimace de concert . Il se rince les bras et la figure à une pompe et s'assied sur un ballot de paille. Cigarette.


Charlie s'assied près de lui. La nuit est calme. Juste le boum boum lointain de la fête.


-Tu aimes la musique ?


- Je sais pas. Pas celle de là bas.


Le visage humide de Maxime brille sous la lune, avec juste la braise de la cigarette qui scintille et pose des reflets sur ses joues. Il sent la sueur, le tabac, le savon. Charlie à la tête qui tourne et voudrait se mettre en colère, sortir ce truc qui depuis une semaine lui dévore l'estomac.


-Demain je te ferais écouter des trucs bien.


Il écrase sa cigarette sous un caillou. Se lève et la prends par l'épaule.


-Viens, je te ramène au dortoir.


Charlie sans un mot se laisse conduire. Elle fait de son mieux pour ne pas devenir liquide. Le bras de Maxime sur son épaule pèse trois mille degrés. Elle a des glaçons dans l'estomac, le monde tremble devant ses yeux. Et elle est furieuse contre elle même sans comprendre pourquoi.


Elle voudrait, elle voudrait... quoi ?


Maxime la laisse au pied des escaliers, il la regarde monter, elle sent ses yeux dans son dos. Puis quand elle ouvre la porte du dortoir, elle entend ses pas crisser sur le gravier. Le dortoir sent l'eau de toilette dont les autres filles se sont aspergées avant de partir.


Charlie retire son t-shirt, le sent. Flaire Maxime. Lointain.


A dix heures les autres adolescentes rentrent. L'une des plus vieille confie d'une voix basse mais comblée," ah les filles...Cédric, je crois que je suis amoureuse... il embrasse trop bien. "


Dans la tête embrumée de Charlie, la lumière se fait.


Douloureuse.




Photo : Holding Virginia. Sally Mann

Music : Scar Tissue. Red Hot Chili Peppers

Just a real bad dream .IV. Whole lotta love







La tête à l'envers, les jambes en l'air qui s'écrasent contre le dossier d'un sofa défoncé au rythme de Nirvana qui passe en sourdine.



Maxime qui rigole, qui rigole à n'en plus pouvoir. Assis à coté d'elle. A l'endroit, les pieds nus sur la table basse.



Et après ?

Après quoi ?

Après ?



Maxime redevient sérieux, un peu. Après avoir enfermé tout le monde. Ils partiraient. Loin. Dans un coin tranquille. Comme un rêve américain.



Elle s'ennuierait.

Elle serait avec lui.

Elle s'ennuierait. Insiste Charlie. Il lui faudrait un frère, ou un chien.



Comme tu veux. Renonce Maxime et il barre une phrase dans le cahier posé sur genoux.



La poussière vole dans la salle de lecture et se reflète dans la lumière vive de l'après midi. Charlie tend les bras et referme les poings sur les poussières en suspension. Elle regarde ses paumes, rien n'y brille.



Maxime...



Mmm...



Le type blond, c'est quoi son nom encore ?



Kurt Cobain. Tu veux jouer ?



Je vais encore perdre.



Allez...



Non. Plus de blind test.



Maxime lui attrape les pieds et la remet à l'endroit.



Alors quoi ?



Elle hausse les épaules.



Pourquoi les gens disent qu'ils sortent ensemble alors que tout ce qu'il font c'est se cacher dans des coins pour s'embrasser ? C'est pas logique.



C'est une expression, Sauterelle.



Pourquoi on dit petit copain alors que le garçon le plus souvent il est plus grand ?



Parce que grand copain, ce serait ridicule.



Ah bon ?



Oui.



Et toi ?



Moi ?



T'as un petit copain ?



Ici ? Non ! tu es folle ? Et toi ?



Non plus. Je pourrais être ton petit copain ?



Mais qu'elle est bête. Qu'elle est bête... soupire Maxime



Charlie éclate de rire. Au loin la trompette du diner retentit et ils quittent la pièce vide.



En descendant le perron de pierre, la main de Maxime glisse de la tête de Charlie à son épaule. Puis se ravise.



Charlie elle s'en fout, d'une manière ou d'une autre, elle lui a dit.



Music : Tracy Chapmann

Photo : Sally Mann

Just a real bad dream .V. And now it's time to learn.













Il y a eu trois moments horribles la dernière semaine.




Charlie y repense sans arrêt.


Il y a eu celui où elle a ouvert la porte de la chambre de Maxime. Et il y avait un type qui se rhabillait. Un vieux. Laid.




Maxime l'a prise par le col et l'a mise dehors sans ménagement.




Il y a eu celui, le lendemain, où Charlie a ouvert la porte de la chambre de Maxime, et que son dealer était là. Son Charlie comme dit Maxime. Ça ne fait pas rire Charlie du tout. Elle n'a pas encore bien compris l'histoire du vieux type moche. Enfin, si. Elle a compris. Mais une pute, c'est une fille et Maxime c'est un mec. Alors ?
Par contre le dealer, ça, elle a bien compris. Il vient et Maxime se drogue et c'est dégueulasse. Ça lui fait des marques sur les bras, des yeux bizarres et il disparait bien trop longtemps.


Le troisième moment horrible, c'est quand Charlie est arrivée devant la porte de Maxime en se disant que cette fois elle frapperai, et qu'il n'y avait plus de porte. Il y avait juste Maxime le nez en sang et les lèvres gonflées assis sur le sol jonché de ses précieux disques vinyls.


Il s'est levé d'un bond, a essuyé le sang avec les draps du lit et a attrapé Charlie par le bras. Très fort.


Charlie en a presque eu peur.
Le père de Maxime ne les a pas suivi. Maxime s'est sauvé avec Charlie. Ou Charlie a sauvé Maxime ?


Le quatrième moment horrible arrive.


Elle le pressent celui là.


Elle est assise sur son sac de voyage, près du bus poussiéreux. Maxime est assis près d'elle sur un muret. Il lui prend la main, y glisse son bracelet en cuir et un briquet.


Coup au cœur.


Elle, n'a rien à lui donner.


Il hausse les épaules.


On s'écrira.


D'accord.


Et...


Et ?


N'oublie pas de grandir Sauterelle. Pas que des jambes.


Charlie dans le bus dessine des M sans relâche sur son cahier. Celui qui devait lui servir à écrire ses souvenirs de vacances.


Puis comme le chemin en train est long, et que tout le monde, assommé de chaleur, dort à poing fermé dans son compartiment, elle s'installe plus confortablement et écrit de mémoire tous les noms de groupes et les titres des livres qu'elle a vu dans la chambre de Maxime.


Pour écrire des lettres il faut avoir de quoi parler.


Mon cher Maxime,


Il fait si chaud que les vitres gondolent... dehors le monde est tout changé. Ou peut-être que c'est moi...


Photo : Sally Mann


Musique : The White Stripes. We are going to be friends.


Just a real bad dream. VI . The melted truth.



Découvrez Vanessa Carlton!


Charlie a douze ans et demi.



Et elle crève de chaud et d'impatience.



Elle voudrait enfoncer un crayon dans la cuisse nue et moite de sa voisine de siège. C'est dégueulasse. Ça colle.



En vrai, Charlie ne veut qu'une chose : Que le bus grimpe la côte qui conduit au centre équestre et qu'en haut, sur un muret, ou adossé à l'ombre d'un arbre, Maxime soit là. Le même Maxime avec ses yeux amusés et son sourire plein de dents. Pas celui qui pendant un an a muté dans sa tête. Pas ce monstre...



Un an et quelques lettres. Un baume. A chaque fois. Elle n'y répond pas tout de suite, elle s'applique a ne pas écrire ce qu'elle entend là. Car entretemps Charlie à ouvert ses oreilles, écartés ses paupières, écartelé son esprit.



Elle a bien compris maintenant, pédé, gigolo, tapette. Et drogué, camé, junkie. Le corps de Maxime n'est qu'un ramassis d'ordures. Sous son masque magnifique il est flétri. Rance.



Mensonges ! Et pourtant elle a douté. Tout de même. Un peu.



Maxime est là. Avec son t-shirt noir, ses cheveux noirs, sa peau bronzée. Ses lèvres rouges.



Maxime a grandi. Il n'a pas changé. Il est juste plus vieux.



Ça tombe bien Charlie aussi.



Elle descend. Ses jambes ne sont plus deux baguettes et sa poitrine demande plus qu'une brassière. Quand elle saigne elle sort avec ennui mais naturel un tampon de son cartable.



Son premier regard à Maxime dispute l'amour au défi.



Elle voudrait voir au fond de lui.



Maxime ne la regarde pas. Il tourne les talons et s'en va, appelé au loin par une ombre que Charlie maudit.



Charlie hausse les épaules, furieuse, et va chercher ses sacs..



Elle le retrouve deux heures plus tard dans la salle de lecture, qui est restée telle qu'elle l'a quitté. Avec son odeur de poussière chaude et de cendre froide.



Il est allongé sur le vieux canapé vert.



Elle s'agenouille près de lui.



Regarde ses bras. Nets. Juste quelques mauvaises cicatrices.



Elle regarde ses yeux. Noirs, blancs, purs. Bons.



Un problème ?



J'avais des doutes.



Maxime éclate de rire. Se lève, met un vinyl des Rolling stones.



Attrape Charlie. L'assied sur ses genoux .



Elle se liquéfie.



Se raidit.



Elle est glacée.



Tu m'as manqué.



Elle ne sait pas qui a dit ça.



Peu importe.



Il ne se passe rien.

Rien que la musique et la tête de Maxime sur son dos.



Demain mon frère revient, dit Maxime quand il n'y a plus de musique.



Tu as un frère...



Tu verras. Il est beau.



Maxime la prend par la taille, la soulève et la repose sur le canapé.



La porte claque.



Charlie ne sait plus qui est sorti.





Photo : Diane Arbus

Musique : Paint it Black, Vanessa Carlton.

Just a Real Bad Dream - VII -Timmy the turtle

Découvrez Eels!

                      

Timothée a deux yeux.
Verts.
Immenses, ils dévorent son visage, ils débordent et dévorent tout ce qu'ils regardent.

Timothée a une bouche.
Rouge.
Immense, toujours entrouverte, qui avale tout autour, dans de grandes inspirations de nourrisson.

Il pose ses yeux son souffle, ses deux grandes mains sur Charlie, émerveillé. Elle, se sent engloutie. Mais il l'oublie et retourne vers Maxime, il emprisonne les épaules de son frère entre ses bras puissants et Maxime se laisse faire. Patient comme avec un enfant.

Timothée n'est pas plus que ça de toute manière. Un enfant dans un habit trop grand. Un corps démesuré qu'il a bien du mal à bouger seul.

Alors Maxime avec un regard qu'elle ne lui connaissait pas, des gestes qu'elle n'avait jamais soupçonné, le guide. Partout.Tout le temps.

Les autres, ces autres, fats, idiots, l'appellent la sangsue, le géant vert. Maxime l'appelle sa tortue, son bébé. Avec une douceur qui tranche.
"Touche pas à la tortue", et sa voix se brise sur la dernière syllabe pendant qu'il arrache presque un bras à l'adolescent qui a osé bousculer son grand frère.

Charlie regarde. Comprend. Un peu. Le bonheur alors serait douloureux ?
Car Maxime n'a jamais eu l'air aussi épanoui. Toute ce qu'il y avait de glacé dans ses yeux s'envole quand il les pose sur son frère.

Il fait nuit, il fait lourd et au loin comme l'année dernière la boum bat son plein. Et comme l'année dernière Maxime n'est pas venu et Charlie lassée l'a retrouvé assis sur une botte de paille, le regard vague. Pensif ?

Elle s'assoit.
Il sourit.

Tu en as mis du temps.
Chucky, tu te drogues pas cette fois ?
Non.
Pourquoi ?
Timothée est là.
Il te dit qu'il ne faut pas ?
Maxime rit.
Comme s'il savait parler ? Non, lui, c'est ma méthadone.
C'est quoi ?
Oublie ça.

Maxime.
Oui.
Je te préfère comme ça.
Comment ?
Je dois le dire ?
Pourquoi pas ?
C'est compliqué. Heureux ?
Pourquoi ?
J'ai moins peur.
De quoi ?
Pour toi.
Explique- toi.
C'est parce que je t'aime.

Just A real Bad Dream - VIII - All the differences.


Découvrez Barbara!



Musique: Barbara.

Photos : Diane Arbus. (jessie at 6, jessie at 12)

Just a Real Bad dream -IX- Laver tant de boue.


Découvrez Placebo!

Charlie est assise sur le lit de Maxime.
Maxime y est allongé.
Charlie écrit.
Maxime ne fait rien. N'est plus rien.

Charlie, de son stylo bille rouge, le seul qu'elle ait trouvé, griffe le papier.
Il verra, il verra quand il se réveillera.
Parce qu'il se réveillera n'est -ce pas.
Il ne dort pas vraiment de toute manière.

"Je te hais" elle l'écrit dix fois, pour être sûre qu'il le lise bien.
Tu n'avais pas le droit de me faire faire ça.
Je n'aurais jamais dû.
Un mal pour un bien tu m'as dit. Tu n'es qu'un sale menteur. Regarde toi.
Chucky
Je te hais, et j'ai détesté planter cette chose en toi. Si tu savais comme j'ai eu peur, si tu savais comme j'ai eu honte.
J'aurais pu aussi t'enfoncer la tête sous l'eau, pour t'aider à mieux couler.
Maxime je t'aime tu me demande de te tuer.
Tu es affreux.
Je te hais.

Charlie regarde le bout de papier taché de larmes maintenant. Où le poser ? Dans le décor brouillé elle avise l'endroit idéal.
Elle se lève, plie son mot et le glisse dans la poche de la chemise de Timothée.

Comme ça, peut-être qu'il comprendra.

Musique : Placebo
Photo : Larry Clark.

Just a real bad dream -X- Du bist ewig.

Charlie, debout dans sa chambre regarde la lettre qu'elle a reçu, puis la date sur son agenda.
Et la lettre encore.
Alors Maxime est mort hier.
C'est tout.
Elle a déjà fait ça cent fois depuis le matin.
Les mots ne changent pas.
C'est écrit là, de sa propre main.
"Alors le 8 décembre, au matin, je ne serais plus là."
Elle n'a aucune raison de ne pas le croire.
Timothée lui est bien mort depuis plus d'un mois. Maxime n'a plus aucune raison d'être là.

Elle relit encore, encore, encore. Jusqu'à ce que chaque mot soit gravé dans ses rétines, jusqu'à ce que chaque courbe de chaque lettre lui soit tellement familière qu'elle pourrait tout retracer les yeux fermés.

Charlie sort son briquet. Passe par la fenêtre et dans la nuit glacée, avec comme mélodie le bruit du barrage au loin elle va brûler les lettres sur la tombe de son chat en récitant "the little game" à défaut d'une prière. Elle se sent conne. Symboliquement conne. Et elle rigole de penser ça. C'est quelque chose que Maxime aurait pu dire.

Alors c'est ça, les souvenirs sans espoir d'une occasion future ?
Alors c'est ça d'avoir un noeud dans le ventre parce qu'on  a rien,  rien pour dans 10 ans se souvenir vraiment de comment il était. Et n'y rien pouvoir faire. Est-ce que le noeud va rester toujours.

Il fait froid, il n'y a plus rien à brûler.
Elle remet son briquet, le briquet de Maxime avec son surnom gravé dessus, dans sa poche, il lui reste au moins ça et le bracelet.
C'est tellement vain.


Elle rentre referme la fenêtre. Que faire maintenant.

Prend un cahier neuf dans son tiroir.
L'ouvre.
Ne réfléchit pas vraiment, est-ce qu'on doit réfléchir dans ces moment là ? 

Cher Maxime,

Je ne sais pas si ça sert à  grand chose. Je ne sais pas si je pourrais, vraiment, un jour te pardonner et comme tu me l'as demandé, vivre un peu pour toi. Mais je peux essayer. Si, j'écris tout pour toi, vraiment tout, tu crois que ça ira comme ça ?

jeudi 4 décembre 2008

Dorothy Perkins.

Je la hais.

Non, je ne la hais pas. Haïr, c'est mal. Elle me laisse parfaitement indifférente. Elle m'indiffère comme un moustique, comme une mouche qui viendrait sans cesse se coller contre ma peau, elle m'indiffère comme la merde de chien sournoise planquée sous une feuille morte.

Je la hais.

L'idée de passer une matinée au travail seule avec elle me donne envie de rester au fond de mon lit à regarder 10 épisodes de Naruto en me gavant de porridge et de Bourbon Cream. Tout mais pas Dorothy Perkins.

Et pourtant, je suis là, derrière mon comptoir un seau et une éponge à la main. Je retire les pintes, trois par trois, je vide les étagères, désinfecte, sèche, remets les verres. Il n'y a personne, il est trop tôt, il n'y a que Dorothy Perkins et moi.

Et ses seins en plastique qui jaillissent de son buste minuscule. Et sa voix haut perchée qui prend des accents maternels quand elle me parle. Comment peut-on être aussi minuscule, aussi insignifiante et parvenir à être aussi encombrante. J'ai envie de me redresser de toute ma taille et de la saisir par ses poignées de silicone, je veux l'écraser contre le mur, voir ses pieds rabougris dans leurs escarpins à deux livres s'agiter sous son insigne petit corps, je veux prendre un fourchette et lui transpercer les amygdales.
Mais non. Je l'écoute. Je ne peux pas m'en empêcher. Ça doit forcément être utile ce qu'elle dit. Ça me servira forcément un jour. Je pourrais peut-être écrire un livre avec ses monstruosités :
"Dorothy Perkins : the living vacuum" que l'on traduirait en français : "Dorothy Perkins, à la recherche du temps perdu" ou "Dorothy Perkins : le Zéro et l'infini"

Je sais tout d'elle, elle m'a expliqué sa vie en long en large et en travers, son mec est en prison, mais il est innocent, il n'a absolument pas fait exprès de planter un couteau dans le propriétaire de la maison qu'il était en train de cambrioler, je vous jure sur la bible and the Queen and Country, monsieur le juge. Elle vit chez son père qui est malade, quand elle parle de lui, on dirait qu'ils couchent ensemble, quand il vient la chercher, on a même plus l'ombre d'un doute, ces deux là couchent ensemble. Merde si ça se trouve sa mère c'est sa sœur.
Dorothy Perkins est une abomination et je bondis quand elle me caresse le dos.
Elle ne semble pas remarquer mon regard meurtrier, et reprend son ouvrage.

Des gens vont manger avec des couverts qu'elle a lustré et enveloppé dans des serviettes, des gens vont mettre ça dans leurs bouches. Des couverts lustrés par une fille qui racontait le plus sérieusement du monde que depuis qu'elle fait le régime Atkin il y a un fantôme dans sa chambre. Une fille qui a dit hier à sa collègue un peu enrobée après sa dernière grossesse, en la regardant dans les yeux : "Regarde mes bras, regarde comme je suis mince, regarde, tu devrais essayer ce régime aussi, je suis sûre que tu serais heureuse. Pas comme tu es maintenant, on ne peut pas être comme toi et heureuse, il faut être comme moi, bien dans son corps. "

Dorothy Perkins, c'est l'absurde incarné. Elle change de rouge à lèvres trois fois par heure, passe du violet au nacré sans sourciller, en oubliant d'essuyer sur les côtés, et elle vous sourit avec ses lippes bicolores, Dorothy Perkins à les dents pourries. Il en manque deux. Devant.
Dorothy perkins vous montre l'ensemble qu'elle a acheté chez Next en soldes, comme si c'était la huitième merveille du monde, elle est surtout la huitième personne dans la pièce à le porter. Dorothy Perkins croit que parce que j'ai un accent je suis débile mentale, Dorothy Perkins clame à qui veut l'entendre que parce que ma copine Jola ne parle pas et travaille lorsque justement elle est au travail, elle est autiste.

Dorothy Perkins n'entend que sa propre voix, celle qui lui répète qu'elle est belle, brillante et pleine de qualité.

Je regarde Dorothy Perkins qui lustre les couverts et qui chantonne, si pure. Si parfaite. Je regarde ma montre. Encore six heures à passer avec elle.

J'envie Dorothy Perkins.




Découvrez Our Lady Peace!

mardi 2 décembre 2008

Reblochon et vieilles dentelles

Il y a à peine deux billets de cela, je vous faisais part de ma joie. Je venais de manger du Reblochon.
Ce que vous ignoriez, (et moi aussi d'ailleurs), c'est que je venais de subir une tentative d'assassinat.

Reprenons dans l'ordre. Ou presque.
Il y a deux jours, je découvre au fond du frigo, entre trois bout de féta et un pot de tzatziki, une boîte de reblochon. Je m'interroge. Je suis incapable de me renseigner moi-même. J'interroge donc Georges qui à son tour interroge la Yaya. Réponse : Ma belle-sœur l'a acheté et l'a donné. Quand ?  il y a une semaine à peu près.

Bref, toute réjouie, je prévois un bon petit plat pour mon anniversaire avec ledit fromage, mais je me permets d'en prendre deux parts pour me faire des tartines.
Les tartines étaient savoureuses.
Quelques heures plus tard, je tombe malade.

Mais bien hein. Vidage d'entrailles d'une violence rare suivi de longues périodes de sudations , de spasmes incontrôlables et de séances de tremblements en dépit d'un radiateur au taquet et de trois couvertures. Le tout avec une terrible envie de m'arracher les tripes pour que ce bouillonnement constant cesse.
Par pitié.

Dans mon brouillard, je réfléchis. Et je conclue qu'une série d'évènements malheureux on causé cette affliction.
Une douche froide le matin même, suivie d'un frisquet séjour dans le jardin à essayer de sauver mes tiges de menthe des assauts répétés des simili-félins qui peuplent la basse cour. Puis le fromage, peut-être, retour d'une flore intestinale française dans un estomac nourris au fromage de chèvre depuis plusieurs mois et qui n'a vu ni lait, ni crème depuis plusieurs semaines. Et un morceau de cet immonde poulet à la chair marron .

Bref, rien d'alarmant, ça va passer.

C'est passé en effet.
Mais rétroactivement, je me dis qu'en fait j'ai failli y passer.

Et je remercie mes parents de m'avoir nourrie au Rocroi dans mon enfance (fromage qui pendant quelques années ne s'est  plus dealé que sous le manteau  : suite à deux décès causés par des salmonelles, il a été interdit à la vente)

Vous voulez savoir pourquoi ?
Oh mais c'est simple.
Ce matin, je me rends chez ma belle soeur pour ma leçon de grec du mardi. Et J'en profite pour la remercier de m'avoir trouvé ce morceau de fromage.
Elle me regarde avec des yeux ronds : "Quel Fromage ? "
"Ben le reblochon que tu as acheté pour moi la semaine dernière. "
"Mais... C'est celui que je t'ai ramené de france. "
"Le 28 octobre ? "
"Oui."
"Mais ?"
"Je l'avais donné a Marius en descendant de l'avion pour qu'il te le donne tout de suite en rentrant."
"..."

Récapitulons.
Le 27 octobre au soir ma belle sœur se rend place d'Italie à Paris et achète un reblochon.
Le 28 au matin elle monte dans l'avion, en descend et remet le fromage à Marius son beau frère qui est ausii le mien. Qui je le rappelle habite au dessus de chez moi.
Disons que Marius tête en l'air comme il est, l'oublie quelque jours dans son frigo. Puis il le descend pour le remettre à la yaya, qui avec sa lucidité habituelle le colle dans le petit frigo du salon dans un bac à légume où je n'irais pas mettre le nez.
Une semaine passe. La yaya vide le frigo le nettoie, laisse bien sur tout dehors pendant l'opération au lieu de transférer dans le second frigo . Ensuite elle remet tout dedans avec le thermostat sur quatre, ce qui a pour effet de tout congeler jusqu'à ce que Georges et moi nous en rendions compte et jetons le jambon, refroidit/chauffé/ congelé/décongelé  et tout les périssables que nous venions fort certainement d'acheter avant d'expliquer pour la 78e fois à la yaya que dégivrer le frigo c'est bien, mais le mettre à plein régime juste après et le baisser ensuite, c'est risquer de perdre ses enfants et ses petits-enfants d'un coup d'un seul.

Une autre semaine passe, la yaya redégivre le frigo, rebelotte.

Une autre semaine passe, cette fois la yaya transfère les denrées périssables dans l'autre frigo.
Et oublie le reblochon dans le compartiment à pois sec.
Avant de décider de dégivre aussi ce frigo là, tiens.  En laissant tout dedans.

Quelques jours passent.
Je découvre le fromage.
La notion du temps qui passe et des distances chez la Yaya étant foncièrement différente de celle du commun des mortels, je me retrouve à savourer un délicieux reblochon (je vous jure, délicieux) Vieux de plus d'un mois congelé et décongelé trois fois.

Je vous rassure, j'ai un estomac en béton armé, et un système immunitaire hors du commun (j'ai survécu à deux septicémies, c'est pas un bout de fromage qui va m'arrêter.)

Une fois de plus la Yaya a failli dans sa tentative d'éradication.

Nierk.

Par contre ma pseudo tartiflette d'anniversaire, je vais faire une croix dessus, par prudence.