jeudi 12 mars 2009

Cicatrice.

Quand j'avais huit ans je suis morte.

Je m'en souviens parce que je regardais mon corps les yeux fermés. Et pour se voir sans ouvrir les yeux, il faut forcément être en dehors.

Je m'en souviens parce que quand je suis arrivée à l'hopital je n'avais pas Oussin, mon poussin jaune. Et en regardant mon corps sur un brancard, il était là.
Et en me réveillant pour de bon, quand je n'étais plus morte, il était près de moi. Et ça ne m'a pas surpris.

En fait je suis morte d'une appendicite.
Ce sont des choses qui arrivent, notre médecin de famille était en vacances, et l'autre soutenait que c'était une infection urinaire. Moi je m'en moquais du nom, j'avais de la bile verte, épaisse qui me sortait de la bouche, du nez, de partout, même des oreilles, ca m'occupait mes journées.

Après je n'avais plus rien, je me souviens d'être allongée à l'arrière de la voiture, ma mère qui pose mes soeurs chez la voisine, la grande rousse avec le chien noir et blanc et l'hôpital, me tenir debout pour les radios et plus rien.
Paraît que ça a explosé.
Bang.
Le médecin a passé deux heures et demie à tout nettoyer.
Je l'imagine avec un grand chiffon un peu sale, celui qu'il utiliserait pour nettoyer ses lunettes ou astiquer ses bibelots, épousseter son dîplome de chirurgie des boyaux d'enfants. Il aurait mon foie dans une main, et de l'autre il nettoyerait à grands gestes dans mon ventre. Et puis il passerait un petit coup sur la lampe. J'aurais mis des bouts de boyaux par là aussi.

Je l'imagine en train de ronchonner, parce qu'en plus j'ai été montée à l'envers, il la trouve pas cette damnée appendice, faut qu'il ouvre encore plus grand, et ailleurs, et les scalpels ça s'aiguise pas tout seul mon bon monsieur.
Mais quel bazar.

Voilà, j'ai explosé, je suis morte et après je me suis réveillée.
Y'avait mes parents au bout du lit. Ils ont dit : "Tu veux qu'on s'en aille?"
J'ai dit oui.
Je suis resté longtemps. Dix jours.
Plus peut être.
J'avais peur de plus savoir compter. Alors j'écrivais. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10... 11+55-43 = 23
J'avais pas peur de plus savoir écrire, j'avais juste peur de plus savoir compter.
Florian, mon fiancé, m'a envoyé un télégramme et des bédés. Le télégramme était bleu. Les bédés c'était du Jules Verne.
La maîtresse est venue m'offrir un beau livre. Je me souviens plus quoi.
Ma grand mère m'a amené des carambars. C'est bête j'avais pas le droit de manger. Ca aurait pu sortir par la cicatrice.

Alex venait. On jouait à la bataille sans trop parler. Il me regardait un peu bizarre. Il devait se demander si on pourrait encore un jour jouer à sandwich. (Il fallait réussir à coincer l'autre entre les deux matelas de ses lits superposés et crier sandwhich avant qu'il n'arrive à se dégager. )  Si on faisait ça trop tôt et qu'il appuyait trop fort j'exploserais peut être encore.
Après j'en avais marre et je courais dans les couloirs avec ma perf sous le bras.A l'époque je ne savais pas marcher.

Mais fallait que je reste, j'avais un drain au côté droit. Et tous les jours, l'infirmière venait en tirer un petit bout.
C'était une bande de plastique et ça glissait entre les lèvres de ma plaie. Comme une paille dans ma bouche. Ca chatouillait. Sauf quand elle coupait. Tchac. Je faisais une grimace.

Et sauf la dernière fois. Quand elle a tiré dix bons centimètres et que j'ai senti l'extrémité du plastique se détacher de .. je sais pas trop où. C'était accroché quelque part dans moi, ça a fait scritch, ça a fait plop et plus rien. Ca m'a fait bizarre, je m'y étais attachée. Et puis j'avais une bouche au côté juste au dessus de mon grain de beauté. Je me suis demandé, si je prenais un bain, est ce que je me remplirais ?

Apparement non.
C'était bien fermé.
Je suis sortie et pendant des semaines j'ai pas eu le droit de sauter.


C'était accroché quelque part dans moi, ça a fait scritch, ça a fait plop et plus rien.  Ca m'a fait bizarre, je m'y étais attachée.
Je l'écris encore une fois. Parce que ce matin en montant dans l'avion qui me rameait en Grèce, je me suis encore arrachée une racine. Ca fait un peu pareil.

Désolée. 
Ca va forcément aller mieux.


Illutration : on

7 commentaires:

Gaël a dit…

allez louloutte ! courage !

(tu aurais gardé ton appendice, la yaya aurait peut-être pu improviser un plat frit avec, dommage ;) )

Catherine a dit…

Mais non, là racine d'aujourd'hui, elle va refleurir. C'est le printemps, vous êtes grande alors forcément ça casse pas aussi facilement.

Didier Goux a dit…

Et puis, tout a une fin, ma grande, toujours. Même les yayas.

Le coucou a dit…

L'humour noir vous va bien, décidément.

Nefisa a dit…

Gaël : Louloutte...
Oué avec le formol du pot en guise d'huile de friture... J'imagine (et ça me fait marrer, je suis immonde)

Catherine : Dans mon cas, pour les racines c'est un peu raté, je vais plutôt essayer les boutures. On verra ce qui fleurit.

Tonton : euh... modère tes propos tonton, ma belle-soeur lit ce blog en douce presque tous les jours. (pour les commentaires je sais pas). Et tout à une fin ? Je suis en train de lire "de l'infinité d'Amour", je te dirais ce qu'ils en pensent quand je l'aurais terminé. et compris. (dans longtemps quoi.)

Le coucou : oui, mais pas trop longtemps par contre, j'ai trop souvent l'humeur qui va avec quand j'écris comme ça.

Garte a dit…

Merci j'ai mal aux bras cicatrice pff préviesn avant...

Nefisa a dit…

oups, j'y avais pas pensé. Désolée.
Fais gaffe dans les jours à venir alors, ça risque d'être du même acabit.