mardi 31 mars 2009

Name it if you can 2/4 Stéphane

1/4 : Viviane Ixe

Voilà, la messe était dite, je m'appelais Stéphane. Enfin, messe... Je suis pas catholique, c'était l'angoisse existentielle de certaines de mes camarades de classe accroc au catéchisme:
"Oh mais t'es pas baptisée, mais t'as pas de vrai nom alors. "
"..."
Par dépit elles baptisaient mes chaussures, mais c'est une autre histoire je crois.

Jusqu'à 11 ans on m'a foutu une paix royale. Les adultes disaient bien des trucs, mais qui écoute les adultes ? Et pour les enfants, j'étais la seule Stéphane de l'école primaire, c'est le pauvre Stéphane garçon arrivé en CM2 (dernière année de l'école primaire pour les canadiens, les suisses, les belges, et les autres) qui s'est pris les réflexions telles que :" Mais t'as un prénom de fille ! ".
Je lui présente toutes mes excuses.

Au collège c'était un peu (beaucoup vachement plus) dur, mais on se remet de tout, et après j'ai appris à tout simplement ne pas fréquenter les gens qui réagissaient mal. Un prénom difficile est un moyen assez sûr de choisir ses amis. Et puis se faire piquer ses lunettes sans arrêt, se faire appeler "Ca",  l'homme-femme, le chose, et se prendre des coups d'équerres dans les cuisses ça forge un caractère.

Au lycée, ça allait, tout le monde s'en foutait et de toute façon on ne m'appelait déjà plus comme ça. Enfin, ça allait :  à part un prof que j'aurais bien pendu par les pieds, les couilles à l'air à l'un des arbres de la cour centrale (on jonglait beaucoup dans la cour, à cette époque, avec des massues et des balles, ça aurait pu dériver en un jeu d'adresse amusant. ). Parce que merde, m'appeler Stéphanie toute l'année et "corriger" mon prénom sur les copies (- 1 point par faute d'orthographe, non mais connard !), c'est plus de la distraction, c'est du sadisme.

Après j'ai eu les tracasseries habituelles, rien de bien méchant :  Un numéro de sécurité sociale masculin. En France (vous pouvez pas tous venir du même pays ? ) les numéros de sécurité sociale commencent par 1 pour les hommes et 2 pour les femmes, vous avez la moindre idée du temps que ça prend pour changer un numéro de sécurité sociale ? Vous allez me dire, rooh, mais c'est un détail. C'est vrai.  Sauf qu'une fois j'ai failli buter une pharmacienne en allant chercher ma pilule. J'avais 19 ans, elle m'a rendu ma carte, repris mes plaquettes et m'a dit : " Mais vous êtes un homme !". Elle me regardait droit dans les yeux, et elle était morte de rire. J'ai répondu : " Vous voulez toucher mes seins ? C'est la carrosserie d'origine", ou un truc comme ça, et j'ai commencé à déboutonner ma chemise. Elle m'a rendu ma pilule. Grognasse.

J'ai trouvé un  joli "sexe : M"  sur ma dernière carte d'identité, j'ai pas encore eu le courage de la faire refaire. (NPPT : faire refaire ta carte d'identité.)

Et puis les bêtises habituelles, j'ai fait un florilège une fois, si vous voulez rigoler, vous privez pas. 

Et dernière en date et je commence à peine à la digérer : L'officier d'état civil à mon mariage, qui m'a bien appelé Stéphane.
Mais on sait jamais en cas de doute, défiant les règles basique de la prononciation française,  il disait Stéphaneuh.
Une fois, ahah.
Deux fois : ...
Trois fois : il a du pot, j'étais en train d'embrasser mon mari, sinon il se serait pris mon bouquet dans la tronche (ou j'aurais fait le lâcher de marcassins sur lui).

Avec le temps j'ai perdu l'usage de mon prénom. Pas que je l'aime pas, je le trouve joli, vraiment. Mais d'autres sont venu le remplacer, et puis, j'aime bien l'entendre c'est vrai, mais ça dépend dans la bouche de qui.

Je me souviens une fois, je regardais les cahiers de cours de mon meilleur ami, à la bibliothèque, j'ai vu mon prénom dans les marges. Ca m'a touché. Mes petits copains avaient parfois du mal à avouer mon prénom à leur potes, alors l'écrire quelque part...c'était un coup à s'attirer des emmerdes.

Mais j'aime aussi son côté ambigu finalement. Ca fait bien dix ans qu'on ne peut plus m'appeler monsieur, à moins d'avoir de sérieux problèmes de vue, mais j'ai fini par développer un certain plaisir à voir l'air un peu hagard, hésitant, presque scrutateur parfois, des gens à qui je suis présentée.
Les pupilles qui descendent sur mon torse, pour être sûr. Un regard un peu trop appuyé sur mes traits, dans le doute. Parfois, un pas en arrière, on ne sait jamais. Un simple prénom peut vraiment mettre les gens mal à l'aise. Je serais vache, j'en jouerais plus.

Et puis, j'ai passé mon enfance à grimper aux arbres, construire des cabanes, faire des tremplins, jouer à la guerre et me prendre des gadins. C'est pas très féminin tout ça.
Même maintenant, d'une manière ou d'une autre, je finis presque toujours par me retrouver dans un rôle de mec, que je dusse en prendre le corps ou l'esprit, on me retrouve toujours le cul entre deux chaises, et franchement, ça ne me dérange pas.
Loin de là.
Mais là encore, c'est une autre histoire.

Un prénom mixte, c'est bien ce qu'il me fallait.

Quoique, je me demande des fois si notre prénom nous ressemble où si on finit par lui ressembler.

Mais peu importe.
Celui là me va. Même si je ne m'en sers pas.

23 commentaires:

Ant. a dit…

J'ai bien eu une fois, à mon retour en France, un numéro de sécu commençant par un 9.

Nefisa a dit…

C'est quel sexe ça ? (sexe : étranger, c'est 7 il me semble)

Nefisa a dit…

(et quelle idée de rentrer en France aussi... )

Feuille a dit…

Troublante photo.

Didier Goux a dit…

Moi, après toutes ces épreuves, je suis fier de mon neveu, tiens !

dedalus a dit…

Moi, c'est pour ça que j'ai toujours pris beaucoup de plaisir à m'assoir entre les deux chaises...

padre bénito a dit…

Je revendique cette idée stupide mais à laquelle je tenais beaucoup, c'est un excellent détecteur à cons, trés utile, car parfois on ne les voit pas arriver tout de suite.
Je suis fier de toi mon grand!

Ant. a dit…

Nef,

C'était à un âge où on ne choisit pas encore et où on suit ses parents dans leurs migrations diverses et variées.

Euh le 9, je n'ai jamais su à quoi ça a bien pu correspondre. Mais ça n'a pas duré longtemps.

Nefisa a dit…

Feuille : oui, j'aime assez aussi (sauf la retouche hasardeuse sur le nez du garçon, ça pixellise)

Tonton Didier : merci tata.

Dedalus : Mais t'es super en forme aujourd'hui toi !

Père : Tiens, ça y est remis de ta cuite avec Charco ? Lui n'a mis que deux jours. Mais il est jeune...

Enfin, c'est gentil de ta part de m'avoir aussi appris à faire les clés de bras. Ça m'a quand même évité de me prendre une paire de pains dans la figure.
(Ça te frustre hein de n'avoir que des filles ? nierk nierk... )

Ant. Bon ok. T'es excusé.

Catherine a dit…

Excellent billet qui m'a fait bien rire. Pour la sécurité sociale je suis célibataire parce que si j'écris madame Goux épouse Goux, ils me renvoient les papiers. Je suis donc toujours mademoiselle Goux. Ça me rajeunit !

dedalus a dit…

hein, t'as remarqué toi aussi.

The AHAH Charco a dit…

Ta eu un lâché de marcassin de marcassin à ton mariage?
Par contre on a bien entendu avec Plectrude le Stéphaneeeeeuuuuuuuuuh! On rigolé bien imaginant ta tête ... AHAH

Nefisa a dit…

dedalus : vu les calembours impossibles que tu sors sur twitter, ce serait dur à ignorer...

The Ohgoodnessgraciousmeyouhearditaswell Pierre-clément : oui, deux douzaines de marcassins sur le parvis de l'hôtel de ville, c'est une pratique ardennaise, on a jamais assez de colombes. T'étais où à ce moment là ? Tu draguais une secrétaire de mairie ?
Et t'aurais été un vrai pote, tu serais allé lui faire manger son écharpe à l'officier d'état civil au lieu de ricaner dans ton coin avec plecplec.
grunt.

Padre Bénito a dit…

D'abord j'étais même pas saoûl, il m'en faut plus que quelques B52 pour m'achever. Oui, Charco avait un accent légérement pâteux sur la fin. J'ajoute que le samedi soir je restai sage dans mon nouveau chez moi au lieu de faire l'ouverture de l'Asiana et que dimanche et lundi je nickellisais mon ex-appart, avec l'aide généreuse et bénévole du Titi, qui te passe le bonjour.
Question récup, tu es limite vexante, mais je te pardonne.
Celà dit, l'avantage des filles c'est que ça regarde moins le foot que les garçons, et c'est inestimable!
Le croûton à encore de la ressource, sectaire va!

Plectrude a dit…

je me permets de préciser que, certes, j'ai bêtement ricané (comme je sais si bien le faire) mais j'ai aussi eu une petite pensée pour ta maman. en effet, elle nous avait expliqué qu'elle était aller voir l'officier d'état civil entre quatre yeux pour lui expliquer qu'il s'agit bien de "stéphane" et non "stéphanie". cela dans le seul but d'éviter des erreurs et ton énervement...
alors j'étais proche de l'hilarité, oui, en effet, mais aussi ennuyée.
(je regagne des points là ou pas ? c'est toujours ok pour déguster ensemble l'houblon belge ou bien ?)

Nefisa a dit…

Padre Bénito : Bonjour Lætitia aussi. Et arrête de dire nickelliser bon dieu de bon dieu !

Plectrude : Non toi c'est bon, tu es pardonnée. J'aime bien asticoter Charco, c'est tout.
Et oui, j'avais bien insisté pour que maman aille dire au Monsieur de bien prononcer mon prénom. Stéphanie, ça m'aurait gâché mon mariage. Au moins on a évité le bain de sang.

Pour les bières, quand tu veux, enfin, dès que j'arrive. Tu débarques quand en Belgique toi ? Et où, accessoirement ? (email ? c'est ton tour.)

Bon Charco, tu ramènes quand tes fesses chez les voisins ? On attend plus que toi.

Padre Bénito a dit…

Ne blasphème pas, mécrèante! Et je dis ce que je veux ...

Le coucou a dit…

Joli prénom, joli billet… On retrouve ce cas de figure avec les Dominique, Claude…

Nefisa a dit…

Catherine : (j'ai oublié de vous répondre, mes plus plates excuses ) Oui mais vous, vous l'avez cherché quand même !

Padre : Non. (deux fois)

Le coucou : Merci, à l'exception près que Dominique et Claude, tout le monde sait que c'est mixte... Stéphane c'est un combat quasi permanent !

The VoyezCaAvecMaSecrétaire Charco a dit…

Le charco ramènera ses fesses quand vous vous serez mise d'accord avec Plectrude sur les modalités de lieu, de temps, d'hébergement et que je trouve les financements adéquats.
Et comme je suis sympa, je ramène une bouteille de Guignette ;-).

mtislav a dit…

Question qui n'appelle peut-être pas de réponse mais c'est autobiographique ?

Nefisa a dit…

Charco : je parlais de venir y habiter toi aussi. Tant qu'on y est.

Mtislav: Oui, oui, à la virgule près. Pour preuve, le Padre Benito qui commente et ne dément pas, c'est mon vrai père.

mtislav a dit…

Merci. Enchanté.