samedi 29 août 2009

Bus 308 Glikanera/Koropi 14/05/09 18h00

Je monte par la porte arrière et un gars se pousse à regret pour que je puisse composter mon ticket.

C'est la dernière fois. Le bus pue la sueur et la vieille pisse. La pisse elle doit être séchée quelque part. La sueur c'est les aisselles des travailleurs pakistanais qui rentrent en ville de je ne sais où. Ou peut être qu'ils arrivent d'Athènes. Les plus chanceux n'ont pas de jeans crasseux et de chemises à gros carreaux, ils ont des costumes de chez NEXT, un blackberry dans la main gauche et il tripotent le touchpad du laptop posé sur leurs genoux de leur main droite.  Ils ont des lunettes de designer, s'aspergent de Hugo Boss et mettent de la putty dans leurs cheveux. J'en ai baisé plein en Angleterre. Ou quelques uns au moins. Mais si j'avais été moins coincée des fesses je l'aurais sûrement fait. J'adore les geeks indiens. Sauf quand ils se marient en douce et me demandent après pourquoi leurs femmes les sucent pas aussi bien que moi. Qu'est ce que j'en sais franchement. Ils avaient qu'à pas épouser une vierge peut-être.

Mais aujourd'hui les indiens et les pakistanais, les sales, ou les trop propres, je m'en fous. Je finis de boire mon pack de jus multi-vitaminé et en le jettant je me rends compte que je serre encore dans ma paume une vieille gomme rose en forme de fleur qu'une de mes élèves m'a donnée avec une moue boudeuse après l'avoir repêchée sous le bureau. Un cadeau d'adieu. Symbolique, elle et sa sœur passaient la moitié de leurs cours à se latter pour cette putain de gomme. J'étais touchée.

Des gens descendent, je prends un siège et eux ils montent.
Eux, c'est des gypsies. Des sombres avec des airs asiatiques, des maintiens comme des vieux dessins d'espagnols et des fringues en vrac, sales comme des poux. Le père n'a qu'un bras, il se met sur un siège, ouvre son journal et écrase de son pouce unique la photo du visage d'un joueur de foot en le maudissant pour que ses couilles tombent et que sa belle-mère attrappe la chtouille. Je sais pas, j'invente, il l'insulte c'est tout. Son gamin le regarde faire placidement et frotte sa morve. La femme, des sœurs, des cousines ou juste des autres femmes sont montées avec, et trois gamines et Lui.
La gamine qui s'assoie près de moi à 11 ans, 12 peut-être et c'est la plus belle femme du monde. Ou si elle ne l'est pas encore, eh bien elle le sera. Elle a un top jaune poussin avec un trou à l'épaule, en dessous il y a un debarder synthétique rose et je crois que sa brassière est verte.
Elle a une jupe en jean toute courte avec une tache de suie sur la hanche gauche et des sandales en plastique rose. Elle a des jambes lisses, brunes et pleines de bleus et pas de culotte. Je le sais parce qu'elle a levé la jambe bien haut pour pouvoir monter près de moi, et maintenant elle est assise tout contre moi, les jambes ecartées avec l'innocence presque feinte de la gamine plus tout à fait gosse qu'elle est. Elle a des seins blancs, elle se penche et tout le bus la regarde et il y a un  presque silence pour l'écouter parce qu'elle rit très fort. Et tous les pakistanais et même les femmes grecques avec leurs sacs de courses la regardent.
Elle a un chouchou fushia qui retient en une queue basse ses cheveux sombres striés de trois bandes rouges. Il y a ces mèches échappées qui glissent contre ses pommettes hautes et maculées de poudre rose et de saleté.
Elle montre bien à tout le bus ses dents blanches moins une molaire et si tout le monde la regarde, ses yeux bruns aux paupières effilées, eux,  ne regardent qu'un seul : Lui.

Je ne sais pas qui est Lui, mais il est debout en face de nous dans toute sa simplicité. Il a vraiment l'air très simple et c'est sûrement son frère. Je me dis que ça doit être ça parce qu'il n'y a qu'un frère pour regarder une fille aussi belle de cette manière. Elle rit, alors il sourit et ses yeux s'accrochent aux épaules de sa soeur pour qu'elle ne glisse pas quand le bus cahote.
J'ai jamais eu de grand frère mais si j'en avais un je suis sûre qu'il pourrait sourire comme ça quand je ris. Je veux dire, si c'est un grand frère qui m'aime vraiment, et je le lâcherais pas des yeux non plus.

Lui il l'aime.
Tous le bus aime cette fille mais la somme au carré de tout l'amour du bus c'est même pas le quart de la racine de l'amour de ce type. Elle est entrée avec son aura, ses fringues moches et son rire et si elle disait " Je suis la reine du monde et vous êtes mes esclaves", on viendrait tous se coucher à ses pieds.
Je le ferais en tout cas.

Lui, c'est juste un grand gars tout simple. Il est beau aussi, mais il n'y a rien de profond, d'inexpliqué ou de compliqué en lui. C'est le genre de type qui marche, mange, dort, dit oui  ou non et a une petite soeur. Coiffer ses longs cheveux bruns ou repasser sa chemisette bleue n'entre pas dans sa sphère de préoccupation.
Mais ça lui va très bien comme ça.
Et la fille près de moi avec son mini monde mouvant près à se jeter à ses pieds, elle regarde son frère farouchement. Et elle lui rit.
Ils sont beaux et le reste du bus vraiment on s'en fout.

Et moi je me dis que pour mes dernières heures à passer en Grèce, eh bien un peu de beauté, c'était justement tout ce que je demandais.
Et comme c'est mon arrêt, je descends du bus, et j'espère que le bus ne va jamais s'arrêter qu'il puissent continuer à se regarder.

As I was asking a friend what kind of story I could tell here, he answered he used to like the ones I was sometimes writing about people in public transportations. This one has been written on the spot, I mean, in the bus, while that unusual couple was litterally breathing each other smile. People alone are nothing, they are mostly defined by their relationships with others. You're always someone else's something. Not only the girl was special but those two were so engrossed in each other that they only seemed to be one. I really didn't want to start this serie with something ugly so I chose them. Ugliness after all is the most common aspect of public transportation, so I'll soon have a lot to tell about it.

8 commentaires:

Didier Goux a dit…

Ah parce que, en plus, tu modère, maintenant ? Tu te penses première au Wikio, ou bien ?

Didier Goux a dit…

Bon, ma poule, trois billets par jour : tu crois qu'on n'a que ça à foutre, de te lire ?

(Oui, bon : smiley... Je t'embrasse, tiens...)

Nefisa a dit…

Cher oncle, tu vois en plus 1 et demi, c'est que deux billets, dont un en anglais, donc tu peux pas le lire.
Et je modère parce que j'ai des attaques de spams depuis quelque jours mais ça va surement me passer parce que c'est chiant.

Ant. a dit…

Chic, de la lecture pour ce soir.
Merci, amie !

Loïs de Murphy a dit…

Très beau texte, émouvant et bien décrit.

mtislav a dit…

Bluffant.

Ant. a dit…

Bon, ben je viens de m'en prendre une. Que dire d'autre que "Merci..."

Nefisa a dit…

ant : de rien, de rien, j'aime taper...

Lois Merci :)

mtislav le rouge : si tu le dis :)