J'ai téléphoné à ma mère.
J'ai dit :" C'est fini. Ta mère est morte."
Elle m'a dit : "Je sais, mon frère m'a appelé. "
On a un peu parlé. Des navets du jardin, ceux que j'ai ramassés ce matin et ceux qui restent. Et si j'avais déjà prévu d'aller manger avec les voisins. Non, j'ai pas eu vraiment le temps. Et elle m'a dit, tu restera près de untel pendant l'enterrement, il en aura besoin. J'ai dit oui. Je serais là. Je l'ai laissée sur son île. Là où est sa place. Elle a raccroché en me disant : "Bon courage. Je ne sais pas quoi te dire. "
J'ai dit :" Tu sais, c'est un peu pareil. C'est surtout pour les autres. "
Mes sœurs sont à Rome. Loin de tout ça. Je ne leur téléphonerais pas.
J'ai eu ma cousine en larme de l'hôpital. Elle a hoqueté "c'est fini". J'ai dit "d'accord. Je vais le dire."
J'ai réveillé ma tante, nos mains se sont serrées quand elle est partie les rejoindre.
J'ai serré mon autre cousine, la plus jeune, trop jeune pour y aller, dans mes bras, pis j'ai dit une connerie. Elle a pouffé. Ca allait mieux, elle allait renifler sur mon t-shirt.
Il sont là-bas. Tous.
Je suis là.
Au château, je fais rigoler ma cousine et ses copines, j'épuise ma réserve annuelle de conneries. Ca ne me demande pas grand effort.
Le soleil brille et j'ai à faire. Du linge à repassser, laver le sol, éplucher les navets.
Il y en a tant.
Je n'ai pas versé une larme.
Et je sais que je ne pleurerais pas.
Je suppose que lundi. Si c'est lundi. Je serais juste encore et toujours ça.
L'épaule.
Inébranlable.
Monstrueuse d'indifférence à leur yeux.
Au cimetière.
C'était déjà comme ça la dernière fois.
Un jour moi aussi je m'effondrerai. En larme. Terrassée de chagrin. Avec un cœur en lambeaux. Je le sais. Mes amours et mes aimés, ne sont pas immortels.
Mais dans longtemps.
S'il vous plaît.
11 commentaires:
On ne se connaît pas tellement, et je crois bien que c'est la première fois que je commente chez toi, mais ... je t'envoie beaucoup de pensées.
Je ne sais pas si ça te sera utile, mais c'est la chose la plus sincère que je puisse dire, pour avoir connu un moment similaire.
Maxime (mais quelle ironie)
Merci beaucoup.
Bon, ma nièce aimée, on ne va pas en chier une pendule, hein : tu viens juste d'entrer dans l'ère des deuils ! C'est rien, c'est juste de ton âge. tu verras, ça fait drôle au début, on se croit dans une pièce de patronnage, le rôle est valorisant, on vérifie d'un coup d'œil si papa et maman sont dans la salle (parce que sans eux, hein, quel intérêt ?). Et puis... et puis...
Et puis...et puis,justement, ni papa, ni maman ne sont dans la salle.
l'etranger de Camus (pas celui de monsieur Goux, l'autre) m'avait rassuré un temps, je n'étais donc pas seul à ne pas pleurer aux crémations (on est plus ça dans la famille) et puis les décès se sont rapprochés de moi (cousins, etc...)
bises à plus
bon, j'ai rien laissé sur le précédent, alors je te laisse sur celui-ci ma compréhension de ce non-sentiment.
J'ai longtemps culpabilisé à la mort d'un proche parent lorsque aussi je me suis surpris à ne rien ressentir. J'en ai parlé autour de moi et me suis aperçu que je n'étais pas le seul. Du coup, ça allait mieux.
Etrangement, plusieurs années après, j'ai pleuré.
Tiens, il m'est arrivé la même chose il y a deux semaines.
Mais je n'y suis pas allé. Plus de contacts depuis 30 ans...
Bises, amie, et pensées amicales.
L'hiver dernier, j'ai dû enterrer ma tante, comme tout le monde. Enfin, je veux dire que tout le monde enterre quelqu'un à un moment ou l'autre… Enfin, quand je dis enterrer, je n'ai pas manié la pelle moi-même, vous me comprenez… Elle m'aimait beaucoup, c'est pour ça que je suis allé à ses obsèques. Seul membre de sa proche famille.
Elle était religieuse dans un couvent au fin fond du pays. Tout seul, au milieu d'un tas de vieille nonnes qui vous observent, vous évaluent, vous jugent. Pas une once de vrai chagrin, à ce moment là, simplement la trouille de gaffer, de ne pas lui "faire honneur", comme elle aurait dit. Parce qu'essayer de se rappeler cinquante ans après, comment ça marche, une messe, tout seul au milieu de professionnelles, ça fiche le trac.
Ca fait beaucoup de décès ces temps-ci. Je trouve ça fatiguant ...
Gaêl : Comme Arf et Antoine... je t'oubliâte...
Arf et Antoine : Merci, ça m'a remonté de lire ça.
Le coucou : au moins c'était une vraie messe.
A l'exception de quelques éclats de sincérité, j'ai assisté à une mascarade.
(Elle ne vous ont pas fait porter une cornette ? )
Charco : tu m'étonnes john...
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