jeudi 6 août 2009

Devoir d'amnésie.

Ma grand-mère se meurt.

Au moment où j'écris, elle n'en a plus que pour quelques heures. Minutes peut-être.
Elle agonise depuis plusieurs semaines déjà, ce n'est donc en rien une surprise. La famille y est. Sa famille. Ma mère, mes sœurs, nous, n'y avons plus notre place depuis bien longtemps.
Je ne ressens aucune tristesse particulière à l'idée de la mort de cette femme qui depuis presque douze ans n'était déjà plus qu'un nom au détour d'une conversation.
Mes sœurs, plus jeunes l'appellent par son prénom et son nom de famille quand notre autre grand mère "la vraie",  a juste un Mamie accolé à son prénom.

Ma dernière visite, de courtoisie, il y a 4 ans s'est soldée par un billet lapidaire de ma grand-mère à ma mère.
Tout ça pour ça. Pour s'entendre dire que nous n'existons pas.
J'ai jeté l'éponge.
Je pourrais dire bien fait. En fait. Par pure solidarité filiale.
Mais je n'ai ni haine ni rancune. Juste ce front d'indifférence totale que je présente aux gens qui n'ont rien d'autre à m'offrir que haine et le mépris.
Je ne m'embarrasse que rarement de ces sentiments, ils filent des ulcères.

Je ne suis pas triste donc.
Pas pour elle.
Par contre la voix serrée de ma cousine, le ton résigné de mon oncle au téléphone, eux qui avaient droit, dans une certaine mesure à son amour et le lui rendaient. Ca, ca m'a mis une boule au coeur.

Je ne sais pas pleurer mes morts mais je sais pleurer les vivants qui pleurent leurs morts.

J'espère que ça excuse le fait qu'à l'inverse de ma ribambelle de cousins oncles et tantes, je sois devant l'ordinateur au Château, et pas à l'hôpital pour lui rendre un dernier hommage de son vivant.
Ombre d'une ombre que je n'ai jamais vraiment connu.
C'aurait été vain.
Et hypocrite.

J'irais à l'enterrement.

7 commentaires:

dedalus a dit…

Mais c'est aussi un être qui meurt. Cela est, toujours, triste. Dans une certaine mesure.

Avoir du chagrin est une autre chose.

Didier Goux a dit…

J'iraiS à l'enterrement ? Ce conditionnel pourrait vouloir dire des choses, ma nièce, cacher une petite forêt de "si"...

Nefisa a dit…

Zededalus : J'avoue n'être pas sûre d'adhérer à la thèse : un être qui meurt, c'est toujours triste. Mais j'ai été amputée de l'empathie à la naissance. Donc...

Tonton didi : Ah tiens. Oui. C'est con j'ai pas de thune pour une psychanalyse. On trouverait peut-être une explication à ma difficulté à conjuguer au futur.

(Je laisse l'erreur. Elle est très bien où elle est)

Padre Bénito a dit…

La gentillesse est soeur de l'indifférence, je serai donc gentil ...

Nefisa a dit…

Papa : Bah, déblatérer ne servirait pas à grand chose de toute manière.
Je récupère la tante et la cousine belges au château au fait.
(mais bon je suppose qu'elle t'as prévenue)

Le coucou a dit…

Comme Dedalus, je crois qu'une mort ce n'est jamais tout à fait rien, dans notre proximité de parenté ou de relations.
Sinon, j'ai l'impression que la dichotomie grand-mère / mamie, grand-père / papi, n'est pas rare dans les familles. En tout cas, je l'ai connue aussi.

Nefisa a dit…

Etrangement, mes deux grand-pères s'appelaient pépère...