lundi 3 août 2009

.Florentin.

J'ai entouré ton prénom d'un cercle noir car il me semblait si beau.Je voulais lui donner un visage, le poser dans une histoire, plus tard.
Elle m'a regardé en souriant.
Quelle coïncidence ! J'en connais un qui s'appelle comme ça. Elle m'a montré ta photo.
Je me souviens de la date.

Le 21 janvier.

Sa table était couverte de rayures noires, et tu sortais de ta baignoire sur le Polaroïd collé dans son agenda.

Elle m'a dit que tu t'appelais comme ça, toi avec tes cheveux noirs sur la photo et une bouche sans sourire. Elle m'a écrit un texte sur l'anorexie, qui parlait de haricots ou de salade, je ne sais plus. Mais je l'ai encore.
Parce qu'il disait : "Je n'ai plus faim."

Ensuite, elle est allée se suicider dans les toilettes du bâtiment L.
Pendant la pause de midi.
A 13 heures, elle était revenue de l'infirmerie.
Le vieux prof de latin, attendrissant de maladresse, lui a dit : "Charl', si vous avez besoin de quoi que ce soit."
J'ai murmuré "Des bandages propres. Peut être." en regardant les poignets souillés de ma voisine.
Elle a rigolé bizarre, elle m'a dit : "T'es conne quand tu t'y mets, mais c'est sympa de me parler comme si c'était normal."

Elle a repris ses rayures noires.
J'ai écouté le cours. Ce jour là, devant le tableau, le vieux professeur de latin dansait sur ses hexamètres dactyliques.
A la fin de l'heure, les rayures de la table formaient ton visage et Charl' a ouvert son agenda, ton prénom y était barré de sang frais.

J'ai vu Charl' hier, tu sais. Elle ne m'a pas vu. Pas reconnue peut être. Ce n'est pas grave, je n'avais pas grand chose de commun avec elle.

Juste un amour perdu. Même pas exprès.
Elle avait l'air d'aller bien.
Comme moi finalement.
Tout va bien.

Je me demande seulement si comme moi à Chucker, elle te parle encore au présent.