dimanche 13 septembre 2009

Doris Lessing

Je culpabilise affreusement.

Au point que je vous en parle.
C'est dire.

Autant que faire se peut j'évite de causer littérature sur mon blog, pour la bonne et simple raison que justement, je ne peux qu'en causer.

On peut aimer lire et être incapable de parler de façon constructive de ses lectures, de son ressenti par rapport aux personnages, de la manière dont on a reçu le message envoyé par l'auteur. N'est pas donnée à tout le monde la capacité d'expliquer, de détailler, d'analyser la structure et le fondement d'une œuvre et de l'exprimer de manière claire, voire éclairante.

Je suis de ces gens là, de ceux qu'il ne vaut mieux pas engager pour écrire la préface de votre bouquin, car quand bien même je l'aurais adoré, quand bien même il tiendrait lieu pour moi de bible tout ce que je pourrais en dire c'est :
" C'est magnifique." 

Ce qui n'avancerait guère le lecteur potentiel.

Voilà, j'estime également que ceux qui sont comme moi feraient mieux de fermer leurs gueules et d'écouter ceux qui savent parler plutôt que d'étaler leur insipides âneries à la face de leur auditeurs. Dieu merci, je n'en fréquente aucun (sauf quand je dois me retrouver face à mes propres pensées, évidemment, mais j'essaie de m'ignorer).
Quitte à passer pour une ignare illettrée et dépourvue de conversation, je préfère donc me taire.

Aujourd'hui fera exception.

Je laisse toujours une seconde chance aux auteurs qui m'ont déplu au premier abord. Parce que ma maman m'a toujours dit qu'il ne fallait pas être catégorique dans ses jugements. Si un livre m'a déplu, je le mets de côté en me disant que dans 5 ans peut-être, ou 10 ou 15, je le relirais, avec un point de vue et un vécu différent, et que là, il me sera peut-être possible de décrypter et comprendre ce que souhaitait communiquer l'auteur, ou tout simplement de mieux m'identifier aux personnages.  Ou alors, j'essaie un autre roman du même auteur.

Pour mes 26 ans ma mère m'a offert Le carnet d'or de Doris Lessing, qui m'est tombé des mains après 30 pages. Ça avait pourtant bien commencé, la préface de l'auteur traitant entre autre des rapports du lecteur au texte est instructive.
 Et là déjà on note une écriture dense mais fluide, suffisamment imagée pour ne pas devenir soporifique. De plus, ses développements sont didactiques, assez en tout cas pour que des décérébrées comme moi puissent les appréhender sans avoir recours à leur Littré et une boîte complète de paracétamol 500mg.

Le problème alors ?

Au bout de 10 pages j'avais envie d'euthanasier les personnages. Au bout de 30 je leur souhaitais une mort lente et douloureuse, ou au moins de finir dans un tableau de Jérôme Bosch.
Ses personnages m'agaçaient. Rien de plus, rien de moins.

Mais comme je le disais, je donne toujours une seconde chance aux auteurs. Doris Lessing, je l'ai fait de bon cœur, parce c'est une sacrée bonne femme comme on dit, et je suis sûre que je ne peux qu'opiner du chef à quantité de ses points de vue. Exemple trouvé dans Wikipédia et tiré d'un papier du Monde, car je n'ai que ça sous la main (et ça plaira à mon oncle) à propos des féministes ces « femmes devenues horribles avec les hommes »

« après avoir fait une révolution, beaucoup de femmes se sont fourvoyées, n'ont en fait rien compris. Par dogmatisme. Par absence d'analyse historique. Par renoncement à la pensée. Par manque dramatique d'humour. »

Hier donc, en refermant mon Marivaux, je me suis dit :

"Nef, cesse donc de te vautrer avec délectation dans ces belles lettres, ces épigrammes et ces joutes de mots sans conséquences qui ne sont que les réminiscences d'une époque à jamais enfuie que tu n'as d'ailleurs pas connu et c'est tant mieux car tu y aurais choppé une de ces syphilis, sa mère, tu t'en serais jamais remise. Allez, un peu de profondeur et de sérieux. "

Je me suis conséquemment attelée à la lecture de Les Enfants de la violence.

Ça n'a pas raté, à la page 30 j'avais envie de voir la mère de Martha et sa voisine écrasée par un troupeau d'éléphants en rut et d'accrocher Martha en petite culotte rose à un pilori, enduite de miel et de préférence à proximité d'une fourmilière.

Je ne renoncerai cependant pas. Les Enfants de la Violence m'est tombé des mains lui aussi (et ça m'a fait super mal au pied, il est lourd ce truc) et je suppose que bien que j'ai fort envie de le compter parmi mes classiques je vais devoir faire une croix sur la lecture du Cinquième Enfant, si je ne veux pas finir la bave aux lèvres en train de poignarder la reliure avec mon erzatz de Laguiole au bout de 15 pages.

Reste La Descente aux enfers, dernier bastion de mon espoir d'enrichissement culturel. Le type de personnage sort de son schéma habituel puisque ce livre est à peu près exempt de femmes libérées névrosées, d'adolescentes haineuses et de femmes au foyer horripilantes et inanes.

Mieux même, le héros est un homme, au moins je pourrais m'identifier.

Vous allez me dire que c'est pas la peine de culpabiliser, ce ne sont que des livres. Mais si.

Parce qu'en fait le problème, c'est pas Doris Lessing, c'est moi et l'image que me renvoient ses personnages des pires perversions de mon sexe. Je ne suis pas encore prête à faire face à cette réalité là.


Voilà, ça va mieux en le disant.

Photographie de Sally Mann.

3 commentaires:

Didier Goux a dit…

Ma petite biche de nièce,

j'ai lu Le Carnet d'or il y a environ 25 ou 30 ans : tu n'étais même pas encore une lueur de désir dans le regard de ton père, mais bref. J'ai cru que c'était bien, et j'ai enchaîné sur son épaisse trilogie (que tu cites), j'ai cédé à la fin du deuxième volume.

Doris Lessing est l'exemple type du faux écrivain, formaté pour le Nobel. Passe à autre chose, je t'en conjure ! Lis Léon-Paul Fargue (Le Piéton de Paris, par exemple. Ou bien Mon amie Nane de Toulet, ou bien...)

Enfin, laisse tomber cette piteuse bonne femme, qui fait penser à Simone de Beauvoir dans ses plus mauvais jours.

Tu veux lire des femmes ? Très bien ! Virginia Woolf, Katherine Mansfield, Machine O'Connors (son prénom m'échappe...).

D'autres encore, mais jamais, jamais, ô grand jamais, un auteur repéré par ces grands cons de Suédois – jamais !

Je t'embrasse,

le vieil oncle baveux et puant.

Nefisa a dit…

Catheriiiiiiiiine ! Tonton Didi il est venu l'écume aux lèvres et pas lavé dans mes commentaires !! Je sais qu'on est dimanche mais quand même, vous pourriez lui inculquer quelques règles d'hygiène élémentaires avant de le laisser se promener chez les voisins.

Tonton Didi, renifle moins fort, j'essaie de parler.Ok, je note,la remarque sur Lessing ainsi que tes recommandations de lecture cependant, j'essaierai quand même d'en lire un en entier. Sinon j'aurai l'impression de m'être formé une opinion en me basant sur celle de quelqu'un d'autre et ça, c'est mal.

Nefisa a dit…

Euh en y repensant : C'est quoi un "vrai" écrivain ?