jeudi 17 septembre 2009

Mélodie

Mon aimé,

J’effleure son prénom du pouce sur sa sonnette. Pour lisser une brèche dans la fraîcheur de l’étiquette.
Son prénom me promet des ennuis.
Sous mes pieds, la symphonie de ses doigts qui s’envolent sur le clavier, volutes instables de doubles croches, me donne envie de les baiser sans les avoir jamais vu.

Poser la joue contre une paume en clé de sol, y sentir l'odeur d'une anacrouse.
Deviner dans un ongle abîmé la douleur incisive d'un accord en septième.
Ecorché par une tonique trop vive, un petit bout de chair à vif.
Et déchiffrer une fugue, maladroite, dans sa ligne de vie.

Imagine, mon aimé, tout ce bruit presque bien ordonné qui s'ouvre entre ses doigts.

De retour au pays qui n’existait pas, j’ai découvert l’improbable.
La fumée musicale du pianiste d'en dessous de chez moi.

Je me confonds en trilles quadruples.
Mon armure tombe à grand fracas de béquares.
Et je prie.

Oh Charly, Charly, cesse donc de jouer du Satie, j'ai toujours préféré Scarlatti.