Ouvrir un carnet et écrire fragile.
Fragile.
Rien d'autre, pourtant il faudrait bien. Ou en tout cas, on voudrait bien. Expliquer.
Mais rien ne sort.
Ce n'est pas un mot idiot pourtant. C'est un cognate. Un vrai-ami. On peut l'utiliser en français comme en anglais.
En français comme en anglais, il est généralement inscrit en lettres grasses et sans grâce sur des cartons de transport.
En français on le murmure souvent. Le G glisse contre le palais avec l'air de ne pas y toucher et le L s'efface au bout de la langue. En anglais on s'arrête sur le I, on l'appuie, avec un accent un peu théâtral, une indécision dans les aigus, avant d'enrouler le L pour l'envoyer résonner sur les lèvres.
Dans les deux langues, il sonne comme un aveu.
Pas celui d'une faiblesse.
Celui d'une résistance.
Contre toute attente.
Ce qui est fragile n'est pas brisé.
Ouvrir un carnet et écrire fragile.
Sans avoir vraiment à écrire en dessous puisque le mot se suffit à lui même.
Renoncer à gloser sur ce qui va de soi.
Passer à l'histoire suivante.
3 commentaires:
L'écriture est fragile, c'est ce qui fait sa force.
Boudu, fais gaffe, la linguistique est une maladie contagieuse...
Blue Jam : C'est vrai aussi.
Ant. Si vite ? Ca fait à peine deux semaines, tu m'as postilloné dessus je suis sûre.
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