"Le 9 novembre 1998 /
Salut mon Amour,
Ça va ? (c'est un peu con comme question) Ça va faire six mois que je sors avec lui, je suis si heureuse quand je le vois, avec lui, pas de cris, plus de cris, pourvu que ça dure. Mais il me manque, je ne le vois plus assez, c'est chiant l'école, et les vacances sont passées trop vite, à peine le temps d'un baiser. Je voudrais rester des années dans ses bras tu sais, juste sentir qu'il est pour moi. Je l'aime, je ne sais pas lui dire autrement. Lui me le dit avec mille mots, mais moi tout tient en trois, ils en sont pleins de mon amour, tu sais, c'est pas du dilué. [...]"
Mon oncle Didier m 'a enchaînée, c'est vraiment qu'un sale vicelard, et en plus je dois raconter ma première fois.
Je m'en souviens bien, mais je me suis dit que vu que ça fait quand même une paire de lustres, pour plus de précision, je pourrais aller voir dans mon journal intime de l'époque. Et là, surprise, moi qui note tout, moi qui lui racontait tout (mon journal intime c'est une compilation de lettres que je n'ai jamais pu envoyer pour cause de décès prématuré du destinataire, c'est glauque, je sais, mais je vous emmerde), eh bien je n'en fais pas mention. L'extrait que vous avez pu lire au dessus date d'environ quatre mois après cette fameuse séance de jambe en l'air.
Mais on va revenir encore un peu en avant, deux mois avant la date fatidique.
C'était en Mai, le jour des 18 ans de G. (LE garçon donc) ça je l'ignorais encore, j'étais juste en route, au soir, vers un concert de GlenRock au Rockin' Chair, (les carolo-macériens qui me lisent vont me dire : "Putain, ça fait un bail !" Ben oui. )
Je me souviens que sur le chemin, Betty et moi avions croisé un exhibitionniste dont le petit chose tout mou, présenté à nos yeux de vierges pas vraiment effarouchées, avait failli nous tuer, là, sur le bord de la route, terrassées par un fou rire inextinguible.
Bref, j'étais au concert, une bière à la main et en pleine conversation avec Betty, sûrement à propos des pectoraux du batteur et de cette manie qu'il avait de porter de tous petits shorts et rien de plus, et il y avait ce type qui n'arrêtait pas de regarder mon derrière, ce qui n'était pas compliqué vu que mon jean était assez sauvagement moulant et fort astucieusement déchiré sous chacune de mes fesses. (on est grunge ou on ne l'est pas).
Betty m'a signalé le mateur, à ce moment, le pianiste de Glenrock a joué les premières mesures de love me two times des Doors, je n'ai fait qu'un bond jusqu'à la scène me heurtant sauvagement à mon admirateur pas très discret, qui venait de faire exactement la même chose.
Pour me donner contenance je lui ai taxé une clope. Je vous passe la séance de drague, et l'échange de numéro, (j'ai encore le petit bout de papier rose où il avait noté le sien ) on s'est revu 15 jours plus tard, on a beaucoup parlé de Jim Morisson et voilà. Début d'une idylle adolescente.
G. avait trois ans de plus que moi (Vous pouvez donc en déduire que j'avais 15 ans à l'époque) et avait eu son lot de relations longues avant, néanmoins, il m'a gentiment foutu la paix une paire de mois. Si j'en crois mes souvenirs et mon journal intime, il ne me "pelotait" pas et s'arrêtait là où je lui disais de s'arrêter, comme je supporte assez mal qu'on me touche quand je ne suis pas en confiance ça ne devait pas aller très loin.
Doucement, par épluchage successif de couches de vêtements, comme un strip-poker au ralenti, nous arrivons cette délicieuse journée ensoleillée, période de vacances scolaires où il a enfin pu sortir de sous son lit la fameuse boite en verre remplie de préservatifs à pochette verte. Je me souviens de ces détails des fois...
C'était bien.
Je vais pas vous décrire, mêlez-vous de vos fesses, mais 5 minutes après il m'a demandé "Ça va ?" j'ai dit "Encore ! ".
Je suis ensuite rentrée chez moi, un peu en retard sûrement, moi qui pourtant rentrait toujours à l'heure (18h30), l'air un peu moite sentait délicieusement bon dans le parc. J'ai bien dormi cette nuit là.
On a sûrement recommencé le lendemain et le jour d'après et celui d'après et encore et encore, parce que faire l'amour c'est quand même bien amusant.
On est resté presque deux ans ensemble, jusqu'à ce que mon amour non dilué perde de sa puissance et que le flots de ses milles mots se tarisse.
Je ne conserve pas G. dans mes souvenirs comme "le type qui m'a dépucelé". Lui c'est plutôt mon premier grand amour, ma première vraie relation. On s'aimait, sincèrement, sans se poser de questions, comme deux adolescents savent s'aimer.
Des fois, quand je lis toutes ces histoires de première fois, je me demande si je ne suis pas complètement anormale, je n'ai eu l'impression ni de donner, ni de perdre quoique ce soit. C'était naturel, c'était le bon moment, certainement la bonne personne. Ca n'a pas bouleversé ma vie, je ne me suis sentie ni plus mûre, ni plus femme, et si vous me demandiez quel sont les premières fois les plus marquantes de ma vie amoureuse, celle-là ne figurerait pas dans la liste.
Je suis censée enchaîner quelqu'un d'autre, mais la seule personne qui me vient à l'esprit, c'est Framboise et cette traînée exhibitionniste n'a absolument pas eu besoin qu'on le lui demande pour la raconter. Vous pouvez donc y aller directement.

8 commentaires:
Le souci avec les premières fois c'est qu'elles sont uniques alors que c'est tellement bon de recommencer !
:-))
Ca aurait fait un bail, oui, si ça avait été au concert de Maurice Chevalier.
En même temps, ça ne fait jamais que dix ans, hein...
Enfin, ce qui est fait n'est plus à faire, comme disait ma grand-mère.
Monsieur Poireau : mais chaque nouveau mec c'est un peu une première fois non ?
Toni et tonton : Soit, que dix ans, (11 en fait) soit plus du tiers de ma vie. Donc de mon point de vue, une éternité. C'est qu'il s'en est passé des trucs depuis...
Nefisa : c'est pas faux !
Chaque rencontre est un début. :-))
Eh, Poireau, c'est pas un peu fini d'envoyer les violons et la barbe à papa, là ?
Didier Goux : bin quoi, M'ssieur Goux, je suis gentil. C'est pas moral, peut-être ?
;-))
Monsieur Poireau :Mon oncle peut être quelqu'un de très protecteur vous savez ?
Il a dû remarquer que mon père ne commente plus en ce moment alors il prend l'interim façon tonton poule.
C'est trop mignon. :)
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