Et puis, c'était le matin.
Le matin du jour où t'es pas né.
Je me suis levée, j'avais mal au ventre.
Tu m'étonnes.
J'ai supposé que ça foutait les boules de tuer quelqu'un, même si le quelqu'un en question c'était qu'un embryon qu'avait même pas encore un cœur, une tête, des membres ou quoi que ce soit, même si c'était juste un amas de cellules. Enfin, je t'imaginais comme ça, tu vois, juste un tout petit tas.
Après j'ai fait ce que je faisais tout les matins, je suis allée pisser.
Assise sur les chiottes je pensais à toi et à quel point ça allait me faire mal de te foutre dehors.
Physiquement.
Paraît que ça fait mal un avortement.
Pas moralement vraiment, t'aurais fait quoi sur terre ? T'étais le fils d'un con, vraiment, ça n'aurait servi à rien, j'aurais eu honte de te sortir gamin, j'aurais même eu honte de t'avoir en moi. Et il se serait même pas occupé de toi. De toute façon la première chose qu'il a dit pour toi, c'est "J'en veux pas" Ça doit être la première fois que j'étais d'accord avec lui d'abord. Tu vois, je pense que comme ton père t'aurais sûrement été un pauvre con.
Sexy.
Mais con.
Et puis merde, je vais te le répéter combien de fois ? T'avais rien à faire là. Rien.
J'étais sur les chiottes.
Tu sauras tout.
Je pissais en me disant que si je manquais le rendez-vous, peut-être que tu naîtrais. Je vois pas pourquoi je l'aurais manqué, le centre était à dix minutes à pied de chez moi. J'avais pris ma journée. Tout était prêt. Mais j'y pensais quand même.
Et puis je me suis demandée si tu aurais ses yeux, ou les miens.
Et je me suis dit, mais pauvre conne, arrête de penser à ton ventre qui va se gonfler, arrête de penser aux chaussons que t'as vu hier. Arrête de penser, arrête de penser à un bébé qui bouge, à un truc qui vit. A ses doigts, qui seront forcément petits et mignons. Arrête.
Et mon ventre me faisait tellement mal, ça se contorsionnait là-dedans.
Je me suis essuyée et j'ai jeté le papier dans les chiottes, je chialais tu vois, je sais pas si c'était la douleur ou la douleur, oui l'autre douleur, celle qui est dans la tête.
Mais quand je me suis relevée, je t'ai vu. Là, au fond des chiottes.
Enfin, je t'ai pas vraiment vu. Mais sûre t'étais là devant moi. Quelque part.
Y'avait juste du sang partout sur l'émail blanc, et de gros caillots noirs.
Je suis restée là, debout, longtemps.
C'était crade. C'était triste. C'était toi.
J'ai tiré la chasse d'eau.
Deux fois.
Et puis j'ai séché mes larmes et j'ai fait ce que je faisais tout les matins : Je suis allée me préparer un café.
Alors voilà, tu voulais savoir pourquoi t'es pas né.
Parce que tu m'as pas vraiment laissé le choix.
Tu sais ? C'est bon ?
Fais moi plaisir, maintenant.
Casse-toi.
Vraiment.
2 commentaires:
La consolation absolue, la voici : il aurait pu ressembler à l'oncle adoptif de sa mère...
Je vous lis, je n'sais pas trop quoi (vous) dire, je vous lis donc, je la ferme.
Enregistrer un commentaire