jeudi 3 décembre 2009

Nous espérons que vous étouffez.

J'ai vu le paquet en cherchant mon téléphone. On avait oublié de me dire hier que j'avais reçu un paquet.

Alors je ne l'ai vu que ce matin. Ça aurait été un peu plus pertinent de l'ouvrir hier, mais bon.
Faut dire, j'avais oublié de demander si j'avais reçu du courrier.
Peu importe, j'en ai oublié mon téléphone. Enfin, je crois, j'ai pas vérifié. Je m'en moque un peu de mon téléphone.
Sincèrement.
J'aime pas parler.
J'avais plus le temps, j'avais pas encore mis ma chemise, et il me restait que deux minutes, je savais même pas encore quelle chemise il fallait que je mette. J'ai pris la verte.  Je vais encore avoir froid.
Heureusement j'avais déjà mis mon parfum et mes chaussures.
J'ai glissé le paquet dans mon sac. Je suis sortie.

Cette fois, ma chanson du chemin de la gare de Kenosha me répétait sans cesse que j'avais un trou dans la tête et qu'il te ressemblait. Je sais pas trop. Il change de forme ce satané trou. Des fois, il est grand avec des épaules à se damner et une voix qui fait fondre, des fois il est mince, nerveux, moqueur et ne se comblera plus jamais, des fois, c'est vrai, c'est un peu toi, une silhouette incertaine qui me tord le cœur à chaque fois que j'essaie d'en ajuster les contours. Peu importe vraiment, je suis pas sûre d'avoir voulu parler de ça.

J'ai  ouvert le paquet sur le quai de la gare, en attendant mon train. J'ai souri en regardant les timbres sur l'enveloppe. Pierre-Auguste Renoir. Sous le kraft, c'était l'emballage cadeau, comme d'habitude du papier journal, le dessin d'un type avec des dreads rouges qui tombaient sur son regard sombre. Je n'y ai vu aucun coups du hasard. Les doigts qui prenaient froid, j'ai quand même détaché le scotch, Choke, disait la couverture. Pas choc. Choke/ Etouffe, de Chuck Palahniuk. Avec dedans, un petit mot au dos d'une image. Un mec en costume d'époque, perruque poudrée, qui se penche sur la nuque d'une jeune femme à-demi pâmée. Un truc de vampires, ou de la drague de cour du Roi soleil. Je sais pas. Mais comme marque-page, c'est pas mal.
Mon train n'était toujours pas là, j'ai lu, une page, deux pages.

J'ai du arrêter quand il a fallu monter, j'ai jamais été très douée pour marcher sans mes yeux.

Il y avait de la place en face de Monsieur Murakami. J'ai pas cherché plus loin, je suis tombée en face de lui, et j'étais tellement pas là que je lui ai dit bonjour. Il en a presque ri en me répondant. Faut dire qu'avec Monsieur Murakami, on ne se parle pas, même pas bonjour, un signe de tête suffit. Ça n'a aucun intérêt. Il s'assoit là, à Milwaukee, je crois, quelques arrêts avant Kenosha, c'est pas qu'il me l'a dit, c'est juste écrit sur son pass. Il met ses écouteurs et il lit. Je m'assois souvent en face de lui, je mets mes écouteurs et je lis. Comme ça on s'entend bien.
Aujourd'hui il lisait du Camus.
La première fois que je l'ai vu, il lisait du Murakami. C'est pour ça qu'il s'appelle comme ça. Il lit trop, il y a toujours trois livres dans sa sacoche. Peu importe, si on se parlait, je suis sûre qu'on s'entendrait bien. Mais ça voudrait dire qu'il faudrait parler tous les jours. Ça, Monsieur Murakami et moi, je crois qu'on ne veut pas.
Alors j'ai juste dit bonjour sans faire exprès et j'ai rouvert Choke.

Et j'avais envie de noter plein de phrases, comme ça, parce qu'elles me plaisaient, qu'elles disaient mieux que moi ce que j'ai dans la tête, et finalement y'en a une sur laquelle je me suis arrêtée pour penser.

"Le bonheur n'est jamais à l'origine de l'art."

7 commentaires:

Nicolas a dit…

"Le bonheur n'est jamais à l'origine de l'art.".

Mais un beau billet comme ça peut l'être ?

dedalus a dit…

On peut dire qu'on aime ?

Bah oui bien sûr il est con lui !

Mais non c'est pas ça, c'est juste que c'était comme s'il pleuvait des hamsters et j'ai pas su le dire autrement.

mtislav a dit…

Joli billet de train.

Anonymous a dit…

superbe

Nefisa a dit…

Dedalus ; Ça aurait pu être des ours polaires

Nicolas : Je sais pas, je l'ai pas lu.

Mtislav : ah oui tiens, je l'ai pas mis dans la catégorie la plus pertinente. C'aurait du être un last stop, this town.

Anonyme : c'est gentil mais il faut mettre un surnom, un nom, une lettre, quelque chose. merci.

Expéditrice de colis a dit…

Ben c'est pas vrai ! Tu y es aller à l'exposition de Keith Haring ou pas? Tu l'as regardé avec les omoplates? Y a plus qu'à aller se suicider si tout le monde pense ça.

Chr. Borhen a dit…

"Le bonheur n'est jamais à l'origine de l'art."

J'ai aussi, sous le coude, "L'homme ne doit jamais créer le malheur dans ses livres." (Lautréamont)...