mardi 31 mars 2009

Name it if you can 2/4 Stéphane

1/4 : Viviane Ixe

Voilà, la messe était dite, je m'appelais Stéphane. Enfin, messe... Je suis pas catholique, c'était l'angoisse existentielle de certaines de mes camarades de classe accroc au catéchisme:
"Oh mais t'es pas baptisée, mais t'as pas de vrai nom alors. "
"..."
Par dépit elles baptisaient mes chaussures, mais c'est une autre histoire je crois.

Jusqu'à 11 ans on m'a foutu une paix royale. Les adultes disaient bien des trucs, mais qui écoute les adultes ? Et pour les enfants, j'étais la seule Stéphane de l'école primaire, c'est le pauvre Stéphane garçon arrivé en CM2 (dernière année de l'école primaire pour les canadiens, les suisses, les belges, et les autres) qui s'est pris les réflexions telles que :" Mais t'as un prénom de fille ! ".
Je lui présente toutes mes excuses.

Au collège c'était un peu (beaucoup vachement plus) dur, mais on se remet de tout, et après j'ai appris à tout simplement ne pas fréquenter les gens qui réagissaient mal. Un prénom difficile est un moyen assez sûr de choisir ses amis. Et puis se faire piquer ses lunettes sans arrêt, se faire appeler "Ca",  l'homme-femme, le chose, et se prendre des coups d'équerres dans les cuisses ça forge un caractère.

Au lycée, ça allait, tout le monde s'en foutait et de toute façon on ne m'appelait déjà plus comme ça. Enfin, ça allait :  à part un prof que j'aurais bien pendu par les pieds, les couilles à l'air à l'un des arbres de la cour centrale (on jonglait beaucoup dans la cour, à cette époque, avec des massues et des balles, ça aurait pu dériver en un jeu d'adresse amusant. ). Parce que merde, m'appeler Stéphanie toute l'année et "corriger" mon prénom sur les copies (- 1 point par faute d'orthographe, non mais connard !), c'est plus de la distraction, c'est du sadisme.

Après j'ai eu les tracasseries habituelles, rien de bien méchant :  Un numéro de sécurité sociale masculin. En France (vous pouvez pas tous venir du même pays ? ) les numéros de sécurité sociale commencent par 1 pour les hommes et 2 pour les femmes, vous avez la moindre idée du temps que ça prend pour changer un numéro de sécurité sociale ? Vous allez me dire, rooh, mais c'est un détail. C'est vrai.  Sauf qu'une fois j'ai failli buter une pharmacienne en allant chercher ma pilule. J'avais 19 ans, elle m'a rendu ma carte, repris mes plaquettes et m'a dit : " Mais vous êtes un homme !". Elle me regardait droit dans les yeux, et elle était morte de rire. J'ai répondu : " Vous voulez toucher mes seins ? C'est la carrosserie d'origine", ou un truc comme ça, et j'ai commencé à déboutonner ma chemise. Elle m'a rendu ma pilule. Grognasse.

J'ai trouvé un  joli "sexe : M"  sur ma dernière carte d'identité, j'ai pas encore eu le courage de la faire refaire. (NPPT : faire refaire ta carte d'identité.)

Et puis les bêtises habituelles, j'ai fait un florilège une fois, si vous voulez rigoler, vous privez pas. 

Et dernière en date et je commence à peine à la digérer : L'officier d'état civil à mon mariage, qui m'a bien appelé Stéphane.
Mais on sait jamais en cas de doute, défiant les règles basique de la prononciation française,  il disait Stéphaneuh.
Une fois, ahah.
Deux fois : ...
Trois fois : il a du pot, j'étais en train d'embrasser mon mari, sinon il se serait pris mon bouquet dans la tronche (ou j'aurais fait le lâcher de marcassins sur lui).

Avec le temps j'ai perdu l'usage de mon prénom. Pas que je l'aime pas, je le trouve joli, vraiment. Mais d'autres sont venu le remplacer, et puis, j'aime bien l'entendre c'est vrai, mais ça dépend dans la bouche de qui.

Je me souviens une fois, je regardais les cahiers de cours de mon meilleur ami, à la bibliothèque, j'ai vu mon prénom dans les marges. Ca m'a touché. Mes petits copains avaient parfois du mal à avouer mon prénom à leur potes, alors l'écrire quelque part...c'était un coup à s'attirer des emmerdes.

Mais j'aime aussi son côté ambigu finalement. Ca fait bien dix ans qu'on ne peut plus m'appeler monsieur, à moins d'avoir de sérieux problèmes de vue, mais j'ai fini par développer un certain plaisir à voir l'air un peu hagard, hésitant, presque scrutateur parfois, des gens à qui je suis présentée.
Les pupilles qui descendent sur mon torse, pour être sûr. Un regard un peu trop appuyé sur mes traits, dans le doute. Parfois, un pas en arrière, on ne sait jamais. Un simple prénom peut vraiment mettre les gens mal à l'aise. Je serais vache, j'en jouerais plus.

Et puis, j'ai passé mon enfance à grimper aux arbres, construire des cabanes, faire des tremplins, jouer à la guerre et me prendre des gadins. C'est pas très féminin tout ça.
Même maintenant, d'une manière ou d'une autre, je finis presque toujours par me retrouver dans un rôle de mec, que je dusse en prendre le corps ou l'esprit, on me retrouve toujours le cul entre deux chaises, et franchement, ça ne me dérange pas.
Loin de là.
Mais là encore, c'est une autre histoire.

Un prénom mixte, c'est bien ce qu'il me fallait.

Quoique, je me demande des fois si notre prénom nous ressemble où si on finit par lui ressembler.

Mais peu importe.
Celui là me va. Même si je ne m'en sers pas.

lundi 30 mars 2009

ba.ke.mo.no

37/52

Je vais y arriver.

Photo : Blumenfeld

samedi 28 mars 2009

Tenir à rien

Hey remember that time we decided to kiss anywhere except the mouth
Hey remember that time when my favorite colors were pink and green
Hey remember that month when I only ate boxes of tangerines
So cheap and juicy, tangerines


Il était 16h30, j'ai ri.

Et j'ai éteint l'ordinateur.

J'ai glissé dans un vieux jean, j'ai mis un t-shirt tout neuf. Il m'allait. C'était un taille S. J'étais tellement contente, j'en ai même mis une bague et un collier. Je me suis coiffée, j'aime pas trop me coiffer, mes cheveux c'est du grand n'importe quoi, ça fait un an qu'ils n'ont pas vu une paire de ciseaux, mais j'adore sentir mon épingle à cheveux glisser entre les mèches de mon chignon.

J'ai caché mes cernes, j'ai même pas dormi 20 heures cette semaine. Mais ça allait quand même.

J'ai mis du White Musk, beaucoup, que mes élèves n'essaient pas encore de m'arroser avec leur fragrances Walt Disney, la semaine dernière je sentais Minnie Mouse à droite et Donald Duck à gauche.

J'ai glissé leur jolis cahiers d'exercices rose dans mon sac, enfilé mon imper et mes chaussures, j'ai piqué une cigarette et un briquet à Georges, je sais pas pourquoi, j'avais envie.

Je suis allée lui dire au revoir. A Georges. A plus tard, je m'en vais I love you, I love you more. No, I love you more. Ok, but I love you more. I'm going... s'agapo...

J'ai descendu les marches du perron, gratouillé un chat derrière l'oreille, et je suis remontée. J'avais oublié mon foulard. J'oublie toujours mon foulard. C'est lui qui me retrouve. Ca fait 10 ans qu'il me retrouve, c'est un fidèle foulard.

Voilà. Il était 16h40 et j'étais dans la rue, j'ai allumé ma cigarette, il faisait beau, et la fumée s'est dispersée dans l'air presque chaud.

Il était 16h40 et je marchais dans la rue au rythme de la basse de That time the Regina Spektor, vous pouvez pas vous tromper c'est la chanson du billet juste en dessous. Vous pouvez pas vous tromper, c'est la plus belle chanson du monde, depuis hier et jusqu'à demain. Au moins.

Voilà.

Je marchais au soleil dans des fringues qui m'allaient, une cigarette aux lèvres, âcre plaisir du moment, dans mes oreilles une voix exquise me racontait mes souvenirs, j'avais ri quelque minutes avant, j'avais dit à l'homme que j'aime que je l'aimais il m'avait répondu la même chose, et puis mince, il fait vraiment beau des fois ici, non ?
J'ai marché vers l'arrêt de bus. 15 minutes plus tard, en arrivant, je trouvais toujours qu'il faisait beau, je n'avais pas mal au pied, et au kiosque le vendeur m'a souri en me tendant mes deux tickets de bus et mes chewing-gums.

Le vendeur m'a souri.
J'ai voulu sourire aussi, mais je me suis rendue compte que je souriais déjà. Plus, ç'aurait fait une grimace.

J'étais heureuse.
Je vous jure.
Heureuse.
Je vais essayer de m'en souvenir jusqu'à demain.

Au moins.

mercredi 25 mars 2009

Ridiculous Thoughts

Je soupire.
Martin s'installe
Je l'ai pas vu depuis un sacré bout de temps ce vieux Pas d'Bol.Et le voilà qui débarque avec sa dégaine de trente ans, celle de la fin du roman.Trente et un ?  trente-deux ?  Je me souviens même plus. Ce n'est pas très important puisque quand il s'assoit sur son vieux fauteuil de velours rouge, il a encore les gestes de ses seize ans. Il  ramène ses pieds sur le bord du fauteuil, enlace ses jambes et pose le menton sur ses genoux.Je dis rien, je suis trop surprise, j'avais l'intention d'essayer de jouer avec mon nouveau jouet. Celui qui n'a qu'un prénom et un visage, une belle histoire toute neuve. Et voilà qu'un vestige de mes 15 ans fait son revival. avec ses converses usées, son jean troué au genou gauche et sa chemisette à carreau. Il est là et me sourit avec ses yeux bleus cernés et ses lèvres minces, on devine plus qu'on ne voit tout ça, au travers d'une épaisse mèche de cheveux blonds toujours pas  domestiqués.
-Je me suis souvent demandé à quoi j'aurais ressemblé si tu m'avais décidé ne serait-ce que deux années plus tard.
- Juste un peu moins maigre peut-être mon cher Martin. Sortie de Kurt Cobain j'ai enchaîné direct sur Hoël des passagers du vent et Arthis de balade au bout du monde. Et puis tu es un des seuls blondinets de ma collection.
- Jérémy ? Et David ? Et ?
- Leslie et Jude. Gabriel aussi.C'est tout je crois. Tu es venu pour me parler de la couleur des cheveux de mes personnages ?
- Tu sais bien que non. On a un problème. Qu'est ce qu'il t'arrive ?
- De quoi tu parles ?
- Ca fait une semaine maintenant, plus peut être. Même le monstre est en sommeil. Même lui.
- Ben oui, c'est le sommeil du monstre. Haha.
- J'aime pas spécialement Bilal, murmure Martin.
- Fallait envoyer Jude. Tu sais quoi ? Le problème, c'est juste la transition.
- La transition... Mais c'est bien sûr !
-...
- De quoi tu parle au juste ?
Le truc agaçant avec Martin c'est ses yeux, il ne percent pas comme ceux de Sidney, ils vous couvent ils vous englobent, comment on peut résister à ça, je suis bullet proof, mais ma carapace fond sous un regard pareil.
- Je sais où je vais. Mais je suis là bloquée. Je voudrais juste être partie.Ça me démange tu comprends. Comme en 2004, en août. Quand j'attendais de partir en Angleterre. L'attente me tue. J'ai l'impression que j'y serais jamais.
- Ah.
- Oui. Ah.
- Tu vas faire quoi cette fois ?
- Rien, une fois c'est bon. J'ai compris. Je vais juste attendre. Mais, 50 jours mec. 50 jours dans les limbes. J'ai même pas envie de faire quoi que ce soit. C'est comme pédaler dans le sable, ici, rien ne marche.
- Motive toi.
- J'essaie. C'est un peu dur là. Mon moteur de secours est en panne.
- Motive toi où j'envoie Sidney te faire la liste de tout ce que tu dois faire avant la fin de la semaine.
- J'ai peur.
Martin sourit, il se lève et m'enlace.
Pendant 15 secondes on a 16 ans tous les deux. Comme quand tout était presque beau, presque bien. Il sent bon. Je ferme les yeux. On est joue contre joue. Ça va mieux.  Je rouvre les paupières.
Il est midi.
Je suis en Grèce.
Martin n'existe pas. 
Je deviens folle.
Je veux partir.

lundi 23 mars 2009

Name it if you can 1/4 Viviane Ixe

J'ai commencé ma vie en beauté.
Comme dirait l'autre (je sais plus qui), j'étais tellement surprise que pendant près d'un an et demi, je n'ai pas pu parler.
En fait j'étais un peu à la bourre et montée en vrac. Un peu jaune aussi paraît-il.

Comme j'étais en retard (je suis prédestinée à ne jamais rien faire à l'heure. ) je suis née un 2 décembre. Ma mère m'a passé un savon, elle voulait que je naisse le 25 novembre le jour de sa fête. Une fois qu'elle m'a bien engueulée, on m'a un peu secouée histoire que tous mes membres se retrouvent au bon endroit, en me disant que j'étais vraiment bordélique, même dans le ventre de ma mère, j'étais pas fichue de ranger mes pieds où il fallait. Ensuite on m'a collé dans une boite à bronzer en me faisant remarquer que naître avec une couleur pareille, ça augurait vraiment d'un total manque de goût vestimentaire.

Bref, c'était un moment plein d'émotions. Ce qui fait que je me souviens bien du jour où Napoléon a gagné la bataille des trois empereurs. Ça tombe bien, j'ai toujours eu du mal avec les dates. C'est super comme moyen mnémotechnique. Dommage, on m'a jamais demandé de me souvenir de ça.

Mais le fait que je ne sois pas à l'heure m'a aussi permis de naître le même jour et dans le même hôpital qu'une Clafoutis et une Marine. C'était avant 83, (donc en 82, je vous aide pour ceux qui se demanderaient vraiment quel âge j'ai)  et la loi n'autorisait pas encore les parents à appeler leur gamins comme bon leur semblait. Pas de Bâbord et Tribord pour des jumeaux, pas de SRHCVF260602  ou autre originalité du genre. 
Pourtant Marine s'est appelée Marine, et Clafoutis est sortie de la maternité dans les bras de sa maman heureuse, affublée à jamais du nom d'un gâteau jaune et mou un peu marron caca sur le dessus et parsemé de cerises marinées qui m'ont toujours parue légèrement décomposées. 


Moi, pendant plusieurs jours je me suis appelée Viviane X. 

Ouais le 2 décembre c'est la sainte Viviane. Et X c'est parce qu'on voulait pas que j'ai un prénom de garçon, alors X vous comprenez, c'est super féminin comme prénom, et Napoléon pour une fille, c'est pas terrible..

Blague à part, l'officier d'état civil avait paraît-il une dent contre mon grand-père. La mièvrerie humaine...  C'est tellement simple de s'attaquer à un adorable nourrisson jaune et famélique (j'étais vraiment trop sexy).
Il fallu trouver un précédent. Dans la ville. C'est bête, il y avait sept mignonnes petites gamines dans la région avec le prénom que mes parents voulaient me donner, mais à Charleville : nada.

Mais bon, mes parents se sont débrouillés. C'est qu'ils y tenaient à mon prénom. Allez savoir pourquoi. Mais c'est pas un truc qui leur était venu deux minutes avant ma naissance, j'ai même retrouvé un poème datant d'avant ma naissance avec mon prénom dedans, un jour, en rangeant les rappels de factures impayées chez mon père.  Alors ils ont lutté courageusement, des jours durant, contre la bureaucratie aveugle. Nonobstant les "Ben vous avez qu'a l'appeler Stéphanie", "Et pourquoi pas Albert tant qu'on y est ?"et autres horreurs du genre.
Et il ont réussi !

Ouf, j'ai failli m'appeler Viviane.
J'aurais détesté m'appeler Viviane au moins jusqu'à être en âge de lire Barjavel. Et encore, mon caractère colle assez mal avec celui de la Viviane de Merlin.
J'aurais détesté m'appeler Viviane, c'est vrai, c'est pas marrant d'avoir le blaze du saint du jour où on est né. Ça craint (enfin, surtout si on naît en France un 14 juillet).

Mais des fois je me dis que ça aurait été plus simple que de s'appeler Stéphane.

dimanche 22 mars 2009

The head on the door.

August 1986, on the road between Reading and London.

- So. What are you gonna do ?
The cassette ran out and clicked. Before answering back, Sidney took the time to eject it and put it back in its box.
- About ?
Duncan sighed heavily.
- My sister.
He took a hand off the steering wheel and rummaged in his suit pocket for a while, finally extracting a worn out cassette out of it. He handed the derelict item to his bleak passenger.
- Play that. And no more Pet shop boys, West end Girls ten times a day, it's getting on my nerves.
- I hate working with you.
- Same here.
Sidney stuffed the cassette in the player and emitted a disdainful snort when Robert Smith's voice started Close to me.
- No more Bob Dylan ? She likes the Cure. You don't.
- So what ?
- So instead of asking me what I intend to do with Sasmira, You'd better start wondering about  what you are going to do. Seems like you got your hands full of her.
-Well. Let's say : you touch her : I kill you. You talk to her : I kill you. You even look at her : I kill you.  Don't even dare thinking about her or...
- ...You kill me. I get the point.

A broad grin surfaced on Sidney's grim features and disappeared in a glimpse. Still, Duncan noticed and gave him a dark angry look.

- Come on McRocklan. What do you expect ? After all, she's the one who decides. Not us.
- She doesn't have anything to decide about me. I'm her brother, groaned Duncan.
- You're full of spite. You don't even talk to her. And anyway, you've known her for what ?  A month ?  Her brother's name is Jude, and when you'll try to convince her he's not, I want to witness it. I love blood baths.
Duncan didn't bother answering. His hands grasped on the steering wheel so hard his knuckles whitened, he drove a few minutes in silence. On the seat next to him, Sidney laid back and closed his eyes. A strand of his slick black hair was striking appart on his cheek. Duncan had to restrain himself from holding out his hand and sliding the rebellious bunch back behind the ear. Touching Sidney was forbidden. And yet...

- Are you gonna sleep with her ?
- Don't be stupid.
- How long have we known each other ?
- 29 years, don't you remember ? I was six and you cracked my skull open with a rock, snarled Sidney.
- Have we ever been friends ?
Sidney let out a sigh.
- Man, we hate each other. Are you drunk ? Let me take the wheel. We're gonna go back to the office and I'll kiss your sister.
-...
-...
-You want to die. That bad ?
- Oh well. If I get to hold her again, even once, then that was a life worth living.

53 jours.

- Allô mamie ça roule ?
- Ca gaze ! J'ai fait ci , j'ai fait ça, je suis allé là, demain je visite ça, après on va voir ça, oh pis j'ai vu ça  et après on va là avec machin et hier je voulais voir ça mais finalement on est allé là. Et toi ?
- ...
- Tout ça ?
- Au moins. Au fait dans 53 jours à 18h40 j'arrive chez toi.
- Ahaha, elle compte les jours !!

---

- Allô, moman, quoi de neuf ?
-  Alors j'ai parlé à G. pour çi, et j'ai vu A. pour ça, donc quand tu reviens, on fera ça et ça et ça et tu iras là pour qu'on fasse ça et tu rencontreras D. pour qu'il te fasse rencontrer B. Et toi ?
- Ben moi j'ai vu personne. Tu viens me chercher chez mamie vers 20h00 dans 53 jours ?
- Ahahah, elle compte les jours !

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C'est décidé, pendant 53 jours et 5 heures, je ne téléphone plus à personne.

(Oui, pour ceux qui s'inquiètent, le chiffre qui bouge sous mon identifiant g/mail, c'est les jours qui me restent à tirer, pas mon poids. Faut pas pousser quand même. )

jeudi 19 mars 2009

Alice in Chains

C'est la pause.

De quoi, femme au foyer sans foyer que tu es ?
D'entre deux trucs à faire. J'ai décidé qu'il fallait peut-être parler un peu grec maintenant. Par exemple. Entre autre.
Et puis vous savez ce qui arrive quand quelqu'un déprime et n'a rien à faire ?  Je préfère même pas vous raconter.
Mais là c'est la pause. Je vais donc rattraper un peu le retard dans les chaînes qui m'enserrent.
Je sais qu'il y en a trois au moins, mais la seule qui m'est revenue c'est celle de Vogelsong.
Allons-y pour celle-là. Si ceux qui m'ont tagguée sur autre chose s'en souviennent qu'ils fassent signe.

Plutôt corne ou marque-page ?

Les deux.
Le marque-page pour conserver ma page et si le livre m'appartient une corne au coin des pages si un passage m'a intéressé, pour y retourner plus tard. J'ai deux marque(s)-page(s)(?). Deux bouts d'essai de photos datant de l'époque où je passais mes soirées en chambre noire. Nombril dans les bras d'un poster de Placebo et un bout du visage de la statue de l'Abbé Darcy. Sauf que je ne sais pas où se trouve ce dernier. Je verrais bien en déballant mes affaires dans deux mois.


As-tu déjà reçu un livre en cadeau ?

Oui. Plein. Et tant mieux.


Lis-tu dans ton bain ?

Oui. C'est un bon endroit pour lire. Pendant un temps j'arrivais même à écrire dans le bain. Tout une technique.

As-tu déjà pensé à écrire un livre ?

Oui, mais je fais ça en comité très restreint.


Que penses-tu des séries de plusieurs tomes ?

C'est bien parfois, mais il y a des personnages qui s'en passeraient aisément. Je pense à Wilbur Smith dont le derniers opus égyptien se déroule exclusivement dans la merde et le stupre. Ça vous gâche un eunuque de bonne facture. 


As-tu un livre culte ?

Le Temps du Twist de Joël Houssin je ne le répéterais jamais assez. Plus parce qu'il a opéré un déclic en moi que par son côté lecture indispensable (tout le monde n'est pas obligé d'aimer Led Zeppelin et la sci-fi). Et Les Chouans de Balzac. Parce que. (Alphonse... oh mon Alphonse...)


Aimes-tu relire ?

Quand j'aime, je ne me lasse pas. Et certains textes sont si mouvants que leur sens change selon l'humeur où l'on se trouve. Je suis pour le recyclage d'émotions.

Rencontrer ou ne pas rencontrer les auteurs de livres qu’on a aimé ?

C't'une bonne question. Si un jour, au détour d'une séance de tables tournantes j'arrive à tailler bavette avec Villiers de L'Isle Adam, je vous dirais quoi


Aimes-tu parler de tes lectures ?

Non. je déteste. Je ne sais pas le faire. Et quand on ne sait pas, on se tait et on écoute ceux qui y arrivent mieux.


Comment choisis-tu tes livres ?

Je suis bibliophage. En période de privation, (pas de thunes, pays avec des librairies sans livres, et autres aléas) je me jette sur tout. Par exemple la semaine dernière, j'ai lu un bout du Doris Lessing et tout ce qu'il y avait sur la table basse du salon du château de Lonny :
Malicorne d'Hubert Reeves,
De l'infinité d'Amour (Thullia d'Aragona),
Les lois de la gravité de Jean Teulé,
Un bouquin plus ou moins intitulé "comment rénover votre maison" (pertinence 0  : j'ai pas de maison),
Le chapitre sur les alcools maisons d'un livre de cuisine,
Une bédé des Bidochons
Deux semaines de faits divers dans le quotidien Aujourd'hui.
J'ai fini les sudokus aussi.


Une lecture inavouable ?


A part une obsession pour Pauvre Blaise de la comtesse de Ségur dans mon enfance (je l'ai usé). Rien à signaler.



Des endroits préférés pour lire ?

Allongée à plat ventre sur un gros coussin, par terre, dans le rayon de lumière chaud  arrivant d'une fenêtre, un chocolat froid et des tartines beurrées à portée de main.



Un livre idéal pour toi serait ?

Un livre qu'on aurait écrit rien que pour moi.



Lire par-dessus l’épaule ?

J'aime bien voir les titres de ce que les gens lisent. Mais je n'essaie jamais de lire par dessus l'épaule.  J'aime bien lire à deux par contre, si l'autre personne lit au même rythme. Je le faisais souvent, enfant, avec une amie.



Télé, jeux vidéos ou livre ?

Pas télé. Beurk. (sauf les vacances de l'amour et Xéna) Jeux vidéos, j'ai des crises, mais ça passe en quelques semaines. Livre. Oui. Livre.


Lire et manger ?

Quasiment inséparable. Je conçois mal un petit déjeuner sans un truc à me coller sous la rétine.


Lecture en musique, en silence, peu importe ?

En musique, mais sans paroles ou dans une langue différente de celle du livre. Sinon y'a interférences. 

Lire un livre électronique ?

J'en sais rien. Je suppose que l'aspect pratique n'est pas négligeable. Mais j'aime bien écrire mon nom sur la page de garde, avec la date et la raison pour laquelle je l'ai acheté. Ou qui j'attendais en le lisant. (je suis à la bourre pour tout, mais je suissouvent des plombes en avance à mes rencarts, d'où l'obligation de me balader en permanence avec un bouquin). Et j'aime bien prêter mes livres aussi, donc bof, en fait.


Le livre vous tombe des mains : aller jusqu’au bout ou pas ?

Ça dépend, une fois de plus. Si c'est le style qui me rebute, ou l'histoire/sujet qui m'indiffère, il y a peu de chance que je le reprenne un jour. Si ce qui me fait tiquer est un état d'esprit des personnages ou un développement que je ne me sens pas à même de comprendre. Je le repose en me disant que j'y prendrais sûrement plus de plaisir dans quelques années. Le Doris Lessing que m'a mère m'a offert à Noël, vient de subir ce sort. Remisé à prendre la poussière pour les 5 prochaines années.

Je transmets cette chaîne à toute personne en manque de sujet pour son blog.

[EDIT] Enfin ! Ça fait deux jours que je me paume de sites bénis oui-oui en journaux remplis d'insanité réductrices pour obtenir ces quelques précisions. Les voilà.  La presse française pratique un manichéisme primaire à vomir.
(Quant au Pape, je m'en doigte sévère, je ne suis pas catholique, ses propos ne me concernent pas, mais j'aime bien avoir un fond d'histoire tangible plutôt que les délires débilitants de plumitifs poussés par leur rédactions à ne faire que du scoop vendeur. )

mercredi 18 mars 2009

Event horizon

You're just too good to be true,
I can't take my eyes off you
You feel like heaven to touch
I wanna hold you so much...

Dadaaaa

Oui, j'écoute ça. La version de Muse. Et je saute partout sur le lit. Surtout au refrain. Woah lovyouuu babyyyy...
Maintenant que ma culotte de cheval et mes hanches (trop) rebondies ont fondu, je me permets des trucs dingues comme ça. 

Et j'ai déjà bu quatre cafés aussi.

Mais j'ai un but.

Il fallait donc que d'une manière ou d'une autre je me mettre des coups de pieds au cul pour laver les derniers lambeaux de déprime post-retour en Grèce. Que je recouse ensemble mes bouts d'ego au lieu de les laisser se friter dans les limbes de mon cerveau. Mais je suis pas assez souple pour me botter les fesses sans m'exploser les dents sur le premier meuble venu.
Donc dans ce cas rien de tel qu'une petite overdose de caféine et une reprise bien  niaise décorée des adorables miaulements de Matthew Bellamy pour finir de vous remettre les idées en place.

Au boulot.

Plus que 57 jours à tirer.

Please let me know that it's real
You're just too good to be true
Can't take my eyes off of you !!!

lundi 16 mars 2009

Triumvirat

Charlie : Alors on fait quoi ?
Nefisa : On pourrait lui crever les yeux.
Charlie : Pourquoi faire ?
Nefisa : Quelque chose ?
Charlie : C'est constructif en effet.
Nefisa : Me dit-elle assise sur son muret, une clope au bec, une bière dans la main gauche et une bédé dans la droite. C'est quoi au fait ?
Charlie : Le dernier tome de Sambre.
Nefisa : Je parlais de la bière.
Charlie : Une Delirium Tremens. Ca me semble à propos. Dis, c'est pas tes petits anglais préférés qui disent " C'est quand on est pressé qu'il faut savoir prendre son temps". Ce à quoi j'ajouterais que la violence ne résout rien.
Nefisa : Tiens t'as relu Sans Atout et le cheval fantôme quand on était en France ? Forcément, Boileau-Narcejac ça doit te faire rêver. Et si la violence ne résout rien, le je m'en foutisme non plus. Miss plus ne m'est rien, mademoiselle j'm'en bats la race. Le problème avec toi c'est que t'es jamais sortie de l'adolescence.
Charlie : J'y suis même jamais entrée. Ça règle le problème. Toi c'est une autre histoire. Madame je sirote mon porto faisant du name-dropping, avant d'aller me planquer aux toilettes pour me griffer les avant-bras parce la vie c'est vraiment trop dur, les apparences tout ça, tout ça. Mais qu'est ce qu'ils vont penser les gens si j'y arrive pas, ma vie est ratée je veux mouriiiiir. Limite, tu sens déjà la ménopause ma vieille.
Nefisa : Quand on a pas de seins on se la ferme.
Charlie : Tu veux qu'on se lance sur ce sujet là ? Ils te servent en ce moment tes seins ? Je veux dire, tu sais quand ton mari et toi vous commencez à vous tripoter comme un couple qui se respecte et que soudain un ronflement magistral jaillit de la chambre d'à côté, tu sais celle de la yaya qui n'a pas encore compris que dormir la porte ouverte quand on partage la maison d'un couple, c'est une super mauvaise idée? Oh le joli mariage !
Nefisa : Justement, sans s'étendre sur ce sujet désastreux parce que sinon je vais devoir casser quelque chose et ton nez est le premier exutoire sur ma liste, ça rentre un peu en ligne de mire non ? Je sais bien que tu te contentes aisément de passion purement intellectuelle, que deux trois lettres et un câlin, pour toi c'est déjà vachement bien, mais j'ai une libido moi. Alors on fait quoi ? Pour régler tout ça ? Pour qu'on se pose enfin ? Au bon endroit de préférence.
Charlie : On attend ?
Nefisa : La patience et moi... Et on attend quoi ?  Que Georges réagisse ? Tu le connais non ? Je l'ai épousé parce que je l'aime pas pour ses capacités à prendre des décisions.
Charlie : Encore heureux, tu m'aurais dit l'inverse j'aurais commencé à avoir des doutes sur tes facultés mentales. Et toi là, tu penses quoi, tu dis rien ?
Stéphane : Ben pendant que vous bavassiez, j'ai pris les billets de train, les billets d'avion, mis notre CV à jour, envoyé un mail à la dame de la fac que j'ai rencontré la semaine dernière, repris contact avec une paire de gens qui pourraient nous filer des tuyaux pour un boulot, et j'ai fait la liste de tous les moyens qui nous permettraient de trouver un appart  à un prix décent dans un délai assez court. Et là je vais bouger nos plus si grosses fesses pour aller pendre la lessive avant que la yaya ne prenne sur elle pour le faire et ne pende nos fringues par le milieu, ça évitera à Nef de gueuler comme un putois en nous tapant la tête contre les murs parce qu'il y a un pli sur son T-shirt rose FCUK tout neuf et à Charlie de prendre les commandes du corps et de le mettre en position foetale pendant 6 heures d'affilée en écoutant Muse en boucle pour signifier son mécontentement parce que la yaya a bousillé le karma de ses fringues en les touchant.
Et surtout ne me remerciez pas hein. Et merde, c'est pas marrant tout les jours d'avoir hérité de la partie cartésienne du cerveau...

dimanche 15 mars 2009

Dans un français élégant (pour changer).



[...]C'est le moment de la création qui me hante et me fascine particulièrement. Une émotion intense me saisit quand j'imagine Mozart s'asseyant à sa table pour écrire le Vingtième concerto pour piano. Ou Bach préparant une nouvelle cantate pour les paroissiens de Leipzig.


Une pulsion irrésistible

  Curieux d'en savoir plus sur ces hauts moments de la créativité humaine, je me plonge alors dans la lecture des biographies de mes artistes favoris, musiciens, peintres ou poètes. Dans la variété des histoires personnelles on retrouve immanquablement le même élément : une pulsion quasi obsessionnelle de créer. Dans la souffrance comme chez Beethoven ou Van Gogh, ou dans la truculence du jeune Mozart ; dans la pauvreté matérielle de Rembrandt ou dans la vie luxueuse de Rubens.
  Sur cette passion qui les possède, les réponses des créateurs se ressemblent : " Je ne peux pas vivre autrement. ", " C'est ce qui me maintient dans l'existence, qui donne un sens à ma vie. Cela me possède depuis ma plus tendre enfance..."
  Après la lecture de Winnicott (quatrième chapitre), ces mots prennent pour nous des résonances familières? Nous retrouvons ici l'expression de cette volonté de reconstruire le monde. "Ce que j'ai dans le cœur, dit Beethoven, il faut que ça sorte, et c'est pour cela que j'écris." " La musique doit faire jaillir le feu de l'esprit des hommes. Qui pénètre le sens de ma musique sera libre de toute la misère où se traînent les autres hommes." "Il n'y a rien de plus beau que de s'approcher de la divinité et d'en répandre les rayons sur la race humaine."
  Cette pulsion créatrice se manifeste d'une façon particulièrement puissante dans "l'art brut". Dans un musée de l'Yonne, nommé La Fabuloserie, on a regroupé des œuvres de créateurs marginaux. Une émotivité bouleversante s'en dégage. Les auteurs, généralement incultes et dénués de soucis esthétiques, ont souvent trouvé dans cette occupation ludique une bouée de sauvetage contre la folie qui les menaçait. Je défie quiconque de regarder sans un pincement de cœur les "Tribulations de la petite Mauricette".

Malicorne, Hubert Reeves. Editions du Seuil. p.141



(Je te traite pas d'inculte dénué de soucis esthétiques hein, tonton, mais bon, on attend, là. Tu finis ta brigade et tu t'y colles ?)

Dirty Pretty Things. (intermède)

Face à face.
Les yeux aux teintes d'acier.Qui s'enferrent.
Les lèvres blanches et serrées.Des étaux.
Ils attendent.
C'est l'autre, l'autre, qui finira bien par tomber.
Les phrases assassines glissent, d'un esprit à l'autre.
A ce stade, plus besoin de parler.
Si tu ne crèves pas sous mon regard tu abdiqueras sous mes mots.
Le poids de mes pensées te fera rendre ton dernier souffle.
Tu tomberas d'abord, vacillant sous le joug des reproches.
Tu trébucheras avant, les pieds déchirés par les débris de nos rêves.
Je me relèverai, je me relève toujours. Et c'est toi qui te prendras les pieds dans tes regrets.
Assez.
Tu as commencé.
Dis-le.
Non, dis-le.
Toi dis-le.

A quoi ça sert  ?
A rien.
Alors...
On reste comme ça.
Oui, c'est très bien aussi. 
Voilà. Tais-toi maintenant. Tais-toi.


Découvrez Tété!



Découvrez Tété!

(Pour des raisons personnelles, et parce qu'en ce moment je n'ai qu'une seule envie, c'est de décliner des Dirty Pretty Things à l'infini et qu'au rythme où ça va, je ferais mieux de les garder pour moi, ce blog est fermé jusqu'au 15 mars. Certains savent où me trouver en attendant, les autres n'auront qu'à patienter, ce n'est qu'un blog.) 


Découvrez Tété!

vendredi 13 mars 2009

Faire le poids.

J'ai faim.

En rentrant à Lonny je suis montée sur la balance. Cette même ignoble balance qui deux mois et demi plus tôt m'annoncait narquoise 67 kilos.
Oui 67 ma bonne dame. Vous avez vu ça. Vous buvez un verre de vin et vos hanches s'allongent, s'alourdissent, votre nombril se perd un peu plus dans la graisse blanche de votre déprime.
Partez maintenant, vous allez manquer votre train.
Je suis partie.
Et revenue.
Je suis allée la défier.
Cette fois elle faisait moins la fière elle m'annonçait 63. Ouais. 63 tout rond.
Elle a pas moufté. Ben oui, 63, c'est bien comme poids. C'est la "limite supérieure autorisée". Celle ou je rentre comme il faut dans mes vêtements.
Qu'est ce qu'on peut répondre à ça ?

J'ai laissé passer une semaine.
J'avais d'autres chats à fouetter.
Et je suis revenue. Elle m'a regardé, j'ai vu un éclair dans son regard digital. Un tremblement d'impatience presque dans son revêtement anti-dérapant.
Elle décomptait inique, les verres, les morceaux de viande, et trois bières par-ci et cet énorme morceau de fromage par là, et le steak tartare de ce midi, avec des frites ! Ce morceau de tarte aux pommes, ces escargots dégoulinant de beurre. Et l'époisse, tu t'es darée sur l'époisse, morfale.

Ah c'est bien beau de revenir sous alimentée, nourrie au concombre, à la féta et à la soupe lyophilisée, droguée à la muscu. C'est tricher. Monte, tu va moins faire la fière après une semaine à manger sans aller suer tes calories en soulevant des poids.

Je lui ai tiré la langue et je suis montée.
Elle a hésité. Les chiffres étaient troubles de surprise.
62.6
Ah, j'ai dit en la pointant d'un doigt moqueur, Ah : Tu vois !  J'ai maigri de bonheur !
Je suis venue ici et mon cœur, de joie, a dévoré 400g de malheur ! Il en faut de l'énergie pour battre si fort.
Je suis descendue, et je suis partie hautaine, drapée dans ma serviette et ma dignité retrouvée. Elle s'est remise à 0 et s'est éteinte sans en rajouter.

Je suis montée dans l'avion, moi et ma valise ensemble on pesait 5.4 kilos de moins qu'à l'aller, j'aurais dû demander une remise. 

Hier je suis montée, en arrivant, sur la balance d'ici. Avant d'essayer de dormir. Elle a confirmé. Elle, me disait 62, mais c'est une optimiste la balance d'ici.

J'ai faim.
Depuis hier soir, je crève la dalle.
J'ai bu trois cafés.
Mangé un croissant.
J'ai faim.

Il faut que j'aille ouvrir le frigo.
Il faut que j'aille ouvrir le frigo.

Je peux pas.

Je vais aller planquer la balance plutôt.

Ca va pas être beau à voir dans deux mois.

Ps : Je viens de trouver une boîte de thon dans mon placard. Je suis sauvée pour aujourd'hui.

jeudi 12 mars 2009

Cicatrice.

Quand j'avais huit ans je suis morte.

Je m'en souviens parce que je regardais mon corps les yeux fermés. Et pour se voir sans ouvrir les yeux, il faut forcément être en dehors.

Je m'en souviens parce que quand je suis arrivée à l'hopital je n'avais pas Oussin, mon poussin jaune. Et en regardant mon corps sur un brancard, il était là.
Et en me réveillant pour de bon, quand je n'étais plus morte, il était près de moi. Et ça ne m'a pas surpris.

En fait je suis morte d'une appendicite.
Ce sont des choses qui arrivent, notre médecin de famille était en vacances, et l'autre soutenait que c'était une infection urinaire. Moi je m'en moquais du nom, j'avais de la bile verte, épaisse qui me sortait de la bouche, du nez, de partout, même des oreilles, ca m'occupait mes journées.

Après je n'avais plus rien, je me souviens d'être allongée à l'arrière de la voiture, ma mère qui pose mes soeurs chez la voisine, la grande rousse avec le chien noir et blanc et l'hôpital, me tenir debout pour les radios et plus rien.
Paraît que ça a explosé.
Bang.
Le médecin a passé deux heures et demie à tout nettoyer.
Je l'imagine avec un grand chiffon un peu sale, celui qu'il utiliserait pour nettoyer ses lunettes ou astiquer ses bibelots, épousseter son dîplome de chirurgie des boyaux d'enfants. Il aurait mon foie dans une main, et de l'autre il nettoyerait à grands gestes dans mon ventre. Et puis il passerait un petit coup sur la lampe. J'aurais mis des bouts de boyaux par là aussi.

Je l'imagine en train de ronchonner, parce qu'en plus j'ai été montée à l'envers, il la trouve pas cette damnée appendice, faut qu'il ouvre encore plus grand, et ailleurs, et les scalpels ça s'aiguise pas tout seul mon bon monsieur.
Mais quel bazar.

Voilà, j'ai explosé, je suis morte et après je me suis réveillée.
Y'avait mes parents au bout du lit. Ils ont dit : "Tu veux qu'on s'en aille?"
J'ai dit oui.
Je suis resté longtemps. Dix jours.
Plus peut être.
J'avais peur de plus savoir compter. Alors j'écrivais. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10... 11+55-43 = 23
J'avais pas peur de plus savoir écrire, j'avais juste peur de plus savoir compter.
Florian, mon fiancé, m'a envoyé un télégramme et des bédés. Le télégramme était bleu. Les bédés c'était du Jules Verne.
La maîtresse est venue m'offrir un beau livre. Je me souviens plus quoi.
Ma grand mère m'a amené des carambars. C'est bête j'avais pas le droit de manger. Ca aurait pu sortir par la cicatrice.

Alex venait. On jouait à la bataille sans trop parler. Il me regardait un peu bizarre. Il devait se demander si on pourrait encore un jour jouer à sandwich. (Il fallait réussir à coincer l'autre entre les deux matelas de ses lits superposés et crier sandwhich avant qu'il n'arrive à se dégager. )  Si on faisait ça trop tôt et qu'il appuyait trop fort j'exploserais peut être encore.
Après j'en avais marre et je courais dans les couloirs avec ma perf sous le bras.A l'époque je ne savais pas marcher.

Mais fallait que je reste, j'avais un drain au côté droit. Et tous les jours, l'infirmière venait en tirer un petit bout.
C'était une bande de plastique et ça glissait entre les lèvres de ma plaie. Comme une paille dans ma bouche. Ca chatouillait. Sauf quand elle coupait. Tchac. Je faisais une grimace.

Et sauf la dernière fois. Quand elle a tiré dix bons centimètres et que j'ai senti l'extrémité du plastique se détacher de .. je sais pas trop où. C'était accroché quelque part dans moi, ça a fait scritch, ça a fait plop et plus rien. Ca m'a fait bizarre, je m'y étais attachée. Et puis j'avais une bouche au côté juste au dessus de mon grain de beauté. Je me suis demandé, si je prenais un bain, est ce que je me remplirais ?

Apparement non.
C'était bien fermé.
Je suis sortie et pendant des semaines j'ai pas eu le droit de sauter.


C'était accroché quelque part dans moi, ça a fait scritch, ça a fait plop et plus rien.  Ca m'a fait bizarre, je m'y étais attachée.
Je l'écris encore une fois. Parce que ce matin en montant dans l'avion qui me rameait en Grèce, je me suis encore arrachée une racine. Ca fait un peu pareil.

Désolée. 
Ca va forcément aller mieux.


Illutration : on

mercredi 11 mars 2009

Chanson de gestes.

Some things are best left unsaid.
C'est ce que la voix geignarde du chanteur des parenthetical girls s'épuise à me répéter. Il vaut mieux ne pas dire certaines choses.

Je me dit qu'il ment.
Puis j'y réfléchis.
J'essaie d'imaginer ce qui se passerait si tous ces mots franchissaient mes lèvres.
Ils mourraient, pathétiques, dans l'indifférence générale.
Dépourvu de la force, de l'importance, de la beauté que j'aurais aimé leur donner.
Tristement communs, quand je les aurais voulu uniques.
Alors quel intérêt ? Orner de mots fanés des situations qui se passent de commentaires.
C'est ridicule.

Ça m'agace de l'admettre.
C'est vrai.
Je voudrais coller des mots, des étiquettes, des raisons, des explications sur tout.
Rationaliser bêtement. Compter le nombre de syllabes de certains sentiments.
Parce que c'est rassurant.
De savoir.


Mais après quoi ? Une fois qu'on a bien labellisé tout ça ? Trouvé les tenants et les aboutissants, défini la marche à suivre ?
Quoi ?

Some things
are best
left
unsaid

...

vendredi 6 mars 2009

Pink ego box

(If lacking ideas for a title, always put the title of the song you are currently listening to. It will generally reflect  the content alright. )

Il est minuit quinze, je sors de mon bain. J'ai traversé le long couloir et le bruit de mes claquettes m'a semblé tellement incongru qu'arrivée devant l'escalier, je les ai ôtées et glissées sous le fauteuil crapaud qui orne le palier. J'ai aussi posé ce livre de Doris Lessing que j'avais entamé dans la chaleur de la salle de bain.

Commencé sans vraiment lire d'ailleurs, la préface était  profonde.J'étais motivée. Et puis me voilà à lire femmes libres ou le carnet doré, je ne sais plus, est-ce un tout ? Peu importe. Le chauffage me brûlait la nuque pendant que mon corps rougissait dans l'eau trop chaude. La musique qui se répandait dans mes tympans était étonnamment calme et les basses moqueries teintées de vieille rancœurs et d'impuissance des deux protagonistes menstruées de l'histoire me donnaient l'impression de n'être rien d'autre que les bruits de basse cours issus du poulailler plus loin dans le parc. Un bruit de fond, un peu agaçant tellement vain et si facilement ignoré. Mon cerveau en sourdine traduisait les mots.A l'envers, du français à l'anglais, juste pour voir si ça sonnait mieux, les romans traduits, lorsqu'on a la chance de pouvoir les lire dans leur langue d'origine, sont parfois aussi irritants que les mauvaises doublures de films.

Et mon cœur battait. A tout rompre et jusque dans mes tempes, à cause de la chaleur, d'une légère fièvre, de l'impatience. Sûrement pas à cause du livre. Je m'éloigne de ces conversations stériles et renfrognées  dans la vraie vie, en Grèce elle sont journalières et j'en viens à me cacher sous les draps, autiste, le casque sur les oreilles, ou à partir, sans but en priant sur le chemin qu'en rentrant tout soit fini. Pourquoi devrais-je en plus lire ça ? Ici, où la paix règne ? Ces aigreurs, ces bouts de vies ratées que l'on jette de dépit à la gueule de celui qu'on voudrait responsable de son malheur. Sans façons. Je n'ai pas faim.

J'ai donc posé le livre et je crois que je ne le reprendrais pas. Ou juste pour recopier ce paragraphe de la préface, qui m'a parlé, lui.

Mon coeur battait toujours, l'impatience je crois. De quoi ?  On verra bien. Du vide, du rien qui m'attend là bas et qui peut se remplir de tout.
Ca devient philosophique, je me tais.
J'ai descendu les escaliers, le bois était tiède sous mes pieds, puis le carrelages bicentenaire, ou cinquantenaire, c'est une bonne question, pas d'origine, je ne sais pas si ils faisaient des faïences comme ça en 1535. Le carrelage donc, m'a rafraichi les orteils. Le feu dans la cheminée sentait bon, et j'ai traversé la salle à manger sans allumer la lumière.

Je me suis assise au bureau, dans le ronron des ordinateurs et d'un chat qui assis sur un bureau, contemplait un clavier avec une affection presque déplacée.

Et puis, et puis rien, j'ai oublié ce que j'étais venue faire.

Tuer le temps sans doute, je voudrais déjà être demain.

lundi 2 mars 2009

Déguisée en pas moi

Yo gens, Nef en direct du 36e dessous. D'ici je peux voir vos petites culottes, c'est pas brillant.

J'ai changé le décor. C'était il y a deux jours et j'étais d'humeur absolument lugubre. Pour ceux que la photo de la bannière interpellerait  : La scène se passe à Dudley (en Angleterre à quelques coudées de Birmingham) délicieuse petite bourgade possédant un zoo. Surement le seul zoo au monde à disposer d'un château en son milieu, et des douves assorties hébergeant une colonie de lions de mer.

C'était en février 2006, il neigeait, j'étais avec Tommy, mon petit ami de l'époque, et on a passé l'après midi la plus fantasmagorique du monde à faire des batailles de boules neiges avec des lémures, à halluciner devant des hamsters géants et à regarder des zèbres essayer de se camoufler dans la neige. Au bout de la visite, on est tombé sur ce bout de parc d'attractions.
Vous avez déjà eu l'impression de marcher dans Fargo ?
On s'attendait à tout moment à voir un type en train de passer un autre type à la moulinette géante dans un coin.



Et pourquoi changer, c'était mieux avant , tout ça tout ça ?

Disons que pour l'instant je suis sur ce magnifique manège pas branlant du tout à droite à  faire des petits tours sur moi même et je m'apprête à sauter sur la route brumeuse de gauche qui m'emmène.. euh, vous en voyez le bout vous ?

(Et la photo à gauche c'est la tombe de l'Abbé Darcy au cimetière nord de Reims, prise en 2005 mais ça risque de changer, c'est juste parce que je suis toujours de très mauvaise humeur.) 

dimanche 1 mars 2009

Mashable Moment #12 : From The Cunningly Cynical Comics Series


Spécialement pour Plectrude, (l'association est facile).

Lenore
The Cute Little Dead Girl.
Roman Dirge
Slave Labor Graphics