Je pose mes doigts sur le clavier, ils restent muets, muselés d'impuissance. Je change d’avis, pose mes doigts sur son dos nu, et il se cambre. De plaisir je suppose, ou mes doigts sont-ils froids ?
Ma bouche s’entrouvre, improductive, liée au silence par une omerta de longue daten. Alors je reconsidère et je pose mes lèvres contre son cou, voilà, je t’aime, je le dis comme ça, et il soupire. D’aise, j’imagine, ou peut-être que je l’ennuie.
Il se retourne et ses prunelles se figent sur moi. Il me demande « Pourquoi tu t’en vas pas ? » moi je réponds sans répondre : « Pourquoi faire ? » Il me dit qu’il ne m’aime pas, que je ne suis là que parce qu’il s’ennuie, il me dit que si j’étais fière, je partirais, que jamais je ne devrais le laisser m’humilier. Moi je lui réponds que je l’aime, que je l’aime, que je l’aime, et que je m’en fous tant que ses yeux se posent sur moi. Tant que je peux entendre sa voix, même pour des insultes. Il me fixe, je détourne le regard et il rit. Moi je pleure, mais mes yeux refusent de le faire.
Je ne suis pas à toi.
C’est-ce qu’il me chuchote avec un mauvais sourire.
Alors tu ne seras à personne.
Je ne le dis pas, je n’ai jamais su dire les choses importantes, mais je peux faire des gestes.
Mes doigts se remettent à parler, ils entourent son cou et serrent, ses yeux s’agrandissent, je ferme les miens, très fort, pour être bien sûre de tout sentir quand il partira. Ma bouche retrouve sa liberté, elle se colle, vorace et volubile, à son dernier souffle.
3 commentaires:
C'est très fort. Ce n'est pas la genre de chose qu'on lit sur les blogs... Même pas sur le mien !
Tu crois que ça aurait plus sa place dans la rubrique nécrologique de la feuille de chou locale (Kenosha Daily)
S'ils font payer la ligne, cela risque de coûter cher.
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