dimanche 7 février 2010

Missing : Pygmallion

Parfois j'aimerais que tu sois là. Tout près.
Ou même un peu loin.
Quand j'écris.
Tu ferais ce que tu veux tu sais.

Sérieux dans un bouquin, penché studieux sur ton clavier, ou debout à arpenter la pièce les mains derrière le dos, en marmonnant des paroles insensées, si ça t'amuse de le faire. Ce que tu veux, même des choses qui ne te ressemblent pas. Tout te ressemble si tu décides de le faire.

Tu pourrais m'ignorer totalement, et moi je serais à plat ventre sur le sol, j'aurais un nid de coussins, parce que j'aime bien. Un cahier à spirale à même le parquet et un stylo bille tout rongé. J'écrirais une phrase et il y aurait tes initiales plein les marges. Ce serait calme et doux, le temps n'avancerait pas, ou juste assez pour que l'on puisse voir le soleil se coucher, après quelques jours. Et ce serait si bien comme ça.

Quand je calerais sur l'histoire, et ici, je mets un point ? Et elle, elle répond quoi ? Et lui, son geste, il est brusque, ou vif, ou peut être qu'il ne bouge même pas, mais qu'il faut voir qu'il en a envie? Quand je ne saurais pas ou plus assez, je lèverais les yeux vers toi. Tu ne me verrais pas. Ou peut-être que ton regard passerait au travers, car je ne serais que le décor, un élément naturel. Et la phrase, le point, le geste apparaîtrait sur ton visage,  dans une mèche de tes cheveux ou dans un mouvement de ta main. Dans le reflet de ta bague peut-être, je n'en sais rien. La réponse serait sur toi, évidente. Je pourrais à nouveau faire glisser mes mots sur la page.

Et je te montrerais, après.

Quand tout serait joli, suffisamment poli pour ne pas abîmer ton regard.
Je pourrais te dire que si tu n'avais pas été là, ça ne serait pas si bien que ça. Ou sûrement, je ne le dirais pas. J'irais juste faire un thé. 

Mais tu n'es pas là et je rêve.
Je rêve à l'impossible et je n'écris pas.

Peinture : Gabriel Metsu

11 commentaires:

Le coucou a dit…

Heureusement, vous avez écrit quand même. Ne pas avoir ces lignes charmantes aurait été dommage. Bon, on en aurait rien su, lui non plus, bien fait pour lui.

Nefisa a dit…

Bien fait pour lui ?
Eh bien, le pauvre. Ça ne doit déjà pas être drôle tous les jours d'être...euh... ce qu'il est pour moi.
Si en plus mes lecteurs se montrent cruel à son égard, vous allez me le faire fuir. :)

Le coucou a dit…

Hou là! Je ne veux pas vous fâcher… Alors, je retire ce que j'ai dit!

La souris blonde a dit…

Tiens, cela me fait penser à celui-là, un de mes tableaux préférés :

http://www.insecula.com/oeuvre/photo_ME0000029128.html

Alors je vous l'offre, cet inquiet.

Nefisa a dit…

Le coucou : merci. Il n'a pas fuit. :)

La souris blonde : votre inquiet à une certaine profondeur qui accroche le regard mais le tableau que j'ai mis, lui, résonne étrangement dans sa construction et son modèle avec une photo que je possède.

Geargies a dit…

Moi aussi... Geargies

Anonymous a dit…

Moi aussi... Geargies

Nefisa a dit…

Geargies...
Mon dieu. Vous vous êtes perdu ? le blog de mon oncle est en haut à droite.
(ca fait toujours une petite émotion)

Anonymous a dit…

Oui je suis perdu... Séparé plus exactement.. Geargies

Anonymous a dit…

Mais on ne meurt pas d'être séparé, hein? Geargies

Nefisa a dit…

Geargies, je ne suis pas séparée de mon Pygmallion. Il est là, tout le temps, juste intouchable pour des raisons tellement tristes qu'elles ne valent pas le coup d'être exposée.

Mais non, pour avoir testé avec un autre qui s'est purement et simplement dézingué. On en meurt pas. On reste juste avec un bout d'ombre qui nous tire en arrière des fois, quand on croit qu'on a oublié.