dimanche 28 mars 2010

Bonjour Oscar

Pour Dedalus

Il est 5 heures, Paris s'éveille mais je n'y suis pas, où j'y suis peut -être mais je ne le sais pas. Le temps est une donnée si vague. Disons que j'y étais il y a un instant et que j'y serais l'instant d'après mais entre ses deux instants concurrents j'aurais passé ailleurs un certain nombres d'instants. Quelques peut-être, ou plus... qui sait combien de temps dure un instant. 
J'ai trouvé la machine, je ne sais où, ni comment, un de ces coups de chance, un petit miracle du quotidien, ceux que l'on souhaite sans jamais vraiment avoir trop à cœur de les voir se réaliser. La frustration, ça vous bousille un palpitant à une vitesse.

Elle est steampunk cette machine, avec des hublots, tous rayés, des boutons de cuivre à ne plus savoir qu'en faire, des rouages dont on se demande pourquoi ils sont là puisqu'ils ne font rien tourner, un siège de vieux cuir rouge où les fesses de dizaines d'explorateurs du temps se sont serrées d'angoisse au dé-époquage, et des tubes chromés qui crachotent des fumées émanant d'on ne sait quel carburant. J'ai tourné de petites manivelles pour inscrire la date, un jour de septembre en 1895.

Ça secoue, mais ça va.

J'arrive à Reading, le brouillard glacé m'enveloppe comme seul sait le faire un smog anglais. Ça pénètre, c'est du froid qui colle aux dents. Mais ce n'est pas grave, les murs de la prison me protègent.

J'entre dans la geôle d'Oscar, personne ne me voit, je n'existe pas encore. Lui, si. Il me regarde et me sourit. Je ne suis plus à un paradoxe près.
Et Oscar a les yeux de ceux qui savent inventer ce qui n'est pas vraiment.

Il est allongé sur son lit. J'ôte mon manteau humide, je délace mes godillots crottés et je viens m'installer près de lui, la tête sur son épaule.
- Raconte moi une histoire.
- C'est tout ?
- Oui, tout ce chemin là pour ça. J'ai toujours voulu entendre ta voix.
- Tu as une envie particulière ?

Je sens son sourire dans mes cheveux.

- Je commence et tu finis. "High above the city, on a tall column, stood the Statue of the Happy Prince."

Je sens sa voix contre mon âme :

-"He was gilded all over with thin leaves of fine gold, for eyes he had two bright sapphires, and a large red ruby glowed on his sword-hilt."




Crédit photo : Oriane / Londres 2006

Extrait : The Happy Prince and Other Stories, Oscar Wilde




.

8 commentaires:

Cl'm a dit…

Nef, je crois que vous prenez trop le train.

Votre utilisation surabondante du terme "instant" trahit l'assimilation de trop d'annonce du personnel de la SNCB du style "Attention voie 9 3/4, le train à destination d'Avalon via Oostende et Disney land Paris arrivera dans quelques instants, voie 9 3/4"

L'instant en question n'étant jamais défini dans la durée évidement.

Nefisa a dit…

C'était un petit hommage volontaire à cet homme étrange qui, trois fois par semaine sur le quai, lipsync les annonces des agents SNCB avant d'en pointer avec hargne et amertume toutes les incongruités.

Le prochain billet expliquera comment monter dans le 5e wagon d'un train qui n'en possède que 3. :)

dedalus a dit…

Oscar Wilde, c'est comme Shakespeare, même en étant assez loin d'être bilingue, ça vous fait aimer l'anglais. Ça sonne et ça cogne, cet anglais-là. Ça suinte l'élégance et l'ironie. Ça vous fait sentir tout petit - un tout petit frenchy.

Tu aurais pu remonter au tout début de l'année 1895 et buter le marquis de Queensberry. Tant qu'à faire.

De Profundis.

(merci)

Nefisa a dit…

Ah oui, Monsieur "Somdomite" c'est vrai qu'il aurait mérité une bonne paire de baffes celui là. J'y ai pas pensé. Égoïstement je le trouvais plus accessible en prison.

Quand on pense que Wilde a perdu son procès sur un bon mot malheureux. C'est rageant.

Klixte a dit…

En voyant la photo je comprends mieux pourquoi Clément vous a surnommée "la naine à l'épée".

Nefisa a dit…

Mon mètre 70 et moi assumons ce surnom, et le portons aussi fièrement que l'épée de Damoclès qui pend au dessus de votre tête.

Fermez-la donc un peu, parce qu'en parlant de photos, une de nos connaissance commune (je vous laisse deviner laquelle) a trouvé fort amusant de me forwarder quelques clichés où l'on vous voit sous un profil des plus intéressant.
Dieu sait ce que je pourrais avoir envie d'en faire.

Le coucou a dit…

Dans la traduction de Google… Enfin, vous imaginez… Il me semble que si j'étais femme, ce n'est pas exactement l'écrivain que j'aurais choisi de visiter, mais je le suis pas, et je l'aime bien aussi, Oscar.

Nefisa a dit…

Je n'ose même pas essayer la traduction.
Et non effectivement, vous n'êtes pas femme, sinon vous n'ignoreriez pas l'effet qu'un tel dandy peut avoir sur 'the gentle sex' (cf, mon regard lubrique sur la photo)
Sade, vous savez, c'est très surfait, et vu l'époque au moins, avec Oscar, je ne ramènerai pas la syphilis.