samedi 13 mars 2010

LEIKO / 8 juillet 1986

"Have you been faithful while I was away? »
"Often"

J'adore cette réplique. Jude me manque, je me demande ce qu'il fait maintenant.

Si j'étais encore en France je serais en train d'écrire dans ce même cahier mais assise près de lui à la table du salon, en buvant notre café.

Il serait comme à l'accoutumé plongé dans l'un de ses beaux et odorant volumes de cuir. Déchiffrant quelque langage que je ne comprend pas. De temps à autre je lèverai la tête et je regarderai les derniers rayons de soleil teinter de rouge sa chevelure blonde.

Je viens de réaliser que je n'avais jamais été séparée de lui plus de trois jours.
Pas depuis que nous nous sommes trouvés. Je ne me l'explique pas.

N’a-t-il jamais eu besoin d'un peu d'intimité? Je n'en n'ai jamais ressenti l'envie. Mais n'était-il pas égoïste de rester avec lui. J'ai toujours eu besoin de lui, et il a toujours été là pour moi. Le problème est : a-t-il jamais eu besoin de moi?

C'est lorsque que l'on s'éloigne de son quotidien qu'on l'appréhende le mieux.
Depuis 20 ans, ma vie repose sur lui, il l'a sauvée plus d'une fois. J'ai, involontairement, mais indéniablement détruit ses parents. Et il m'a toujours porté cet amour non questionnable.
Peut être la destinée pour une fois a-t-elle joué en ma faveur.
Peut être que dans quelques temps une jolie fille partagera le lit de mon frère, et pas pour une seule nuit. Comment ais-je pu être aussi égoïstement aveugle pour le priver de ça ?

Cessons de ressasser. Ces derniers jours étaient éprouvants et ce n'est pas le moment de se laisser aller à déprimer.

Sa seigneurie Malcolm a reçu les résultats de mes tests d'aptitude et mon profil psychologique.
Si le premier l'a réconforté quant à mes capacité physiques et intellectuelles, il a semblé préoccupé par la propension à la violence soulignée par le second.
Puis finalement, à la fin de l'entretien il a laissé échapper que les psychotiques étaient des familiers de son service. Je me demande à qui il faisait référence.
Taro Yoshida, le gentil psychopathe à la gâchette facile ou Sidney Sanders, l'anorexique taciturne ?
En parlant de ce dernier, il n'a pas l'air d'aller mieux. A la réunion de ce matin, (à laquelle Malcolm me somme d'assister, bien que je n'ai rien à y dire) j’ai remarqué cette affreuse marque sur son poignet gauche, près du pouce. La marque de ses dents, une éraflure rougeâtre, sans cesse rouverte. Je me demande à quel rythme il se fait vomir. Et surtout ce qu'il vomit; s'il n'avait pas de muscles il ressemblerait à un squelette.

Mais personne ne semble s'en soucier.
Et notre relation a commencé d'une manière si étrange que je ne sais sur quel pied danser.
Et puis, quelque chose en lui m'impressionne.

Mes yeux se ferment tout seuls et mon nounours sur mon joli petit lit m'ouvre ses bras pelucheux. Rien à voir avec l'épaule confortable de Jude, mais tentant quand même.
A défaut, les bras de Morphée me conviendront.

1 commentaires:

Snake0644 a dit…

Superbe billet