Tout recommence.
Malcolm nous a appelé. Il était rouge, suant, luisant, se tortillant comme un ver obèse derrière son bureau encombré de papiers. Il serrait dans sa main un feuillet déjà détrempé par sa sueur. Miss Littleton, dont la silhouette saillante se découpait, noire et tranchante, devant la fenêtre, le regardait impassible. Sans le voir, je pouvais deviner son petit air pincé et réprobateur.
« Il a une fille !!»
Oui.
Bien.
Je n’y voyais pas là une grande nouvelle, que le Boss ait une fille, je m’en fous, un peu plus de racaille sur cette pauvre terre. Ce qui m‘intéressait c’est que cette gamine soit bientôt une fille de tôlard.
Une gamine.
Je pensais à une gamine.
Mais quand le bout de papier est arrivé jusqu'à moi, j’ai dû me rendre à l’évidence, la gamine en question a un peu plus de 20 ans. Le Boss doit se faire vieux pour faire quelque chose d’aussi absurde que de balancer à une de ses putains qu’il a une fille de son âge. Je me demande s’il l’a aussi collée sur le trottoir. Ça me surprendrait à peine.
Mais ça, nous allons bientôt le savoir, Malcolm a un plan, il nous l’a dit d’un ton excité :
« J’ai un plan » le tout accompagné de son petit air chafouin des grandes occasions. Mais pour ça, il faut trouver la fille.
Il y a eu un silence.
J’ai proposé de faire le tour des bordels et de chercher le sosie féminin du Boss, Andrew a esquissé une grimace désapprobatrice.
D’un geste de la main autoritaire, Malcolm m’a fait comprendre qu’il préférait que je garde mes réflexions pour moi.
Et il s’est tourné, l’œil inquisiteur, vers Sidney.
J’avais oublié Sidney. Il était là pourtant, assis sur sa chaise habituelle à regarder le bout de ses ongles. Un peu plus livide qu’à l’accoutumée. Comme à chaque fois qu’il sait que Malcolm va l’interroger.
Cet interrogatoire était mémorable. Je hais Sidney, mais je hais aussi la manière qu’à Malcolm de l’interroger. Il lui parle comme il parlerait à un enfant de quatre ans pour lui faire avouer une bêtise. Tout simplement irritant. Et Sidney ne le regarde jamais. Il regarde ses doigts et garde ce ton plat et indifférent, comme si il récitait une liste de course.
Malcom : alors Sanders, le boss ne vous a jamais confié ses déboires parentaux ?
Sidney : Une fois.
Malcom : Vous avez fait du baby-sitting ?
Sidney : J’ai refusé. Il a envoyé trois autres le faire pour moi. Il y a 5 ans.
Malcom : Faire quoi ?
Sidney : Fêter sa majorité
Malcom : Je ne vais pas jouer plus longtemps jouer au devinettes.
Sidney : La fille ne sait pas qui est son père. Ni sa mère d’ailleurs, elle a été adoptée. Mais il a toujours gardé un œil sur elle. Et il la trouvait trop gentille, trop parfaite, alors il a envoyé ses dogues. Je vous passe les détails.
Malcom : Je suppose que vous n’avez aucune information utile, comme son nom, ou le lieu où elle réside.
Sidney : Leiko Loisel. Elle habite en France, quelque part en Bretagne.
Sidney s’est levé, avec ses lèvres pincées, plus minces qu’un fil. Je ne l’avais jamais vu aussi pâle. Je pourrai même jurer qu’il chancelait un peu quand il a quitté la pièce, ses doigts ont effleurés mon épaule en passant, comme s’il tentait de garder sa balance, lui qui ne touche pas, surtout pas moi. Je ne sais pas ce qu’il l’a rendu malade. Ce que le boss a fait à sa fille sans doute. Après tout, c’est il y 5 ans qu’il a quitté le milieu. Ce type aurait donc une âme.
Mais là n’est pas le problème. Sidney est le cadet de mes soucis. Mon problème : Pourquoi la fille du boss a-t-elle un prénom japonais ? Pourquoi celui là.
Tout est à commencer.
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