mercredi 1 septembre 2010

Je ne t'aime pas tous les jours

Je savais déjà que je n'étais pas sociable. Mon type de sortie préférée, c'est le tête à tête. Même pas sortie d'ailleurs, les bruits de fonds me déconcentrent, un canapé c'est bien aussi.
Ne vous y trompez pas, j'aime me frotter à la foule des festivals, je n'ai rien contre une fête d'une dizaine de personnes, ou une bonne tablée de restaurant, mais je n'en ferais pas mon pain quotidien, ou même hebdomadaire. La sortie obligatoire du samedi soir, très peu pour moi.

Ce que je découvre depuis quelques temps, c'est le vampirisme social.

J'aime pas parler tous les jours, j'aime pas qu'on me parle tous les jours. Non c'est faux, un nombre très limité de personnes peut me parler tous les jours si ça leur chante : mes sœurs, que je peux envoyer chier sans qu'elles en prennent ombrage, mon cher collègue monsieur Pingouin parce qu'il en a toujours été ainsi. Et le très Saint parce que si je n'ai pas des nouvelles de Sa Sainteté au moins toutes les douze heures, je ne respire plus. (Je vous raconte pas le drame quand il décide de faire une grasse matinée.)

Donc voilà la liste très restreinte des gens qui peuvent me raconter qu'ils se sont cassés un ongle en ouvrant une conserve de cœurs de palmier sans que j'ai envie de leur coller des baffes, et m'en reparler le lendemain sans que je ne lève les yeux au ciel. Le truc génial c'est la réciprocité de la chose. Quand je rentre le soir, c'est à eux que je veux raconter que mon train avait 3 minutes 45 de retard, et généralement ils m'écoutent sans sourciller.

J'ai quelques amis chers et relations auxquelles je tiens énormément, mais il ne me viendrait pas à l'idée de leur parler tous les jours. Nul besoin déjà, d'être reliée constamment comme par un cordon ombilical à quelqu'un pour savoir que l'affection que je lui porte est constante, et je n'ai cure de m'assurer tous les jours que je suis toujours appréciée. Et soyons franc, ce serait étouffant, certaines personnes ne gardent leur intérêt justement que parce qu'elles restent à distance.
Combien de gens résistent à la loupe déformante du quotidien ? Ceux qu'on aime. Pour les autres le vernis se craquelle et l'intérêt laisse place à l'ennui, puis l'agacement et enfin la saturation, totale et absolue.Mon cher oncle et sa femme qui m'aiment bien satureraient assez vite si je leur téléphonais tous les soirs. Même ma mère me dirait d'aller m'acheter une vie si j'oblitérais systématiquement sa journée de 10 minutes pour lui décrire le contenu de mon sandwich du midi.

Il y a évidemment des relations journalières obligatoires et codifiées, prenons le train : Je sais tout de la grossesse de A. de ses kystes aux ovaires à ses ennuis gastriques, l'arbre généalogique de P. n'a plus de secret pour moi et je dois pouvoir réciter sans hésiter la liste de toutes les drogues que T. a essayé. Mais cette nuisance quotidienne est cantonnée à mes 45 minutes de trajet, simplement esquivée en changeant de wagon ou en prétextant de vouloir finir sa nuit écouteurs sur les oreilles.

Mais les autres, les amitiés, elles devraient être naturelles. Et ils me vient difficilement à l'idée d'aller parler au gens tous les jours. Je peux être une amie, mais je ne sais pas être une copine je crois. Je n'ai pas de temps de cerveau disponible pour papoter. J'ai toujours mieux, beaucoup mieux à faire que juste causer du temps qu'il fait. J'ai twitter pour ça, c'est bien, c'est 140 caractères et ca n'engage pas à tenir une conversation suivie sur la hausse du prix du café ou la mignonitude du nouveau chaton d'untel.

Le problème, c'est que j'ai une messagerie instantanée où je suis constamment en ligne. Il y a deux raisons à ça et ces deux raisons sont deux personnes. Celles qui justement peuvent me parler tout le temps, débarquer chez moi à pas d'heure ou même, même :  me téléphoner.
Mais j'ai beau le préciser le plus explicitement du monde que je ne suis disponible que pour une ou deux personnes, ça n'empêche pas. Les autres contacts viennent "causer".
Ca peut être les gens les plus sympa, les plus gentils, les plus affectueux du monde. Des gens que j'apprécie beaucoup et dont j'aime avoir des nouvelles. Des gens avec qui j'apprécie de passer du temps dans la vraie vie en chair et en os. Rien n'y fait je ne SAIS pas causer tous les jours, ça me pompe l'air, ça me gonfle, mon esprit s'en va ailleurs, je pense que ce que j'écris c'est pas à eux que je voudrais le dire, j'ai l'impression de répéter dans arrêt les mêmes rituels qui ne m'apportent rien de ce qu'un vrai rite apporte (soulagement, joie, plaisir, calme, etc...)

Alors j'ai essayé, j'ai fait de mon mieux, je suis VRAIMENT pas sociable et si je continue je vais devenir plus qu'impolie et ce n'est pas le but.
Mais c'est au dessus de mes forces.
J'ai bloqué presque tout le monde, et honnêtement chers camarades, c'est pour notre bien.  Pour me joindre c'est sur twitter pour le quotidien ou par e-mail pour les vraies conversations.

Et je conclue sur cette citation qui me reste depuis que je l'ai lue chez Algésiras : On veut tous être présent dans l'esprit de quelqu'un... mais pas de n'importe qui. (mad men)

6 commentaires:

Nicolas a dit…

Pareil (en gros) : j'en ai franchement marre des gens qui me parlent. Là, à l'instant, une collègue vient me dire bonjour... et discuter pendant cinq minutes de l'inefficacité de la femme de ménage qui ne passe pas dans tous les bureaux.

Catherine a dit…

Moi, je suis impolie et je ne répond pas aux gens qui me gonflent. Ici, c'est reposant, les chiens ne sont pas bavards : )

Didier Goux a dit…

Pareil aussi. Je me souviens que, lors d'une absence de Catherine, j'avais calculé avoir prononcé (hors ceux adressés aux chiens) exactement huit mots – j'ai oublié lesquels... – en quatre jours.

Nefisa a dit…

Il faudrait former un club. Nous nous réunirions tous les jours pour discuter.

Nicolas a dit…

L'important est d'avoir un iPhone une bistro pour, en l'utilisant, bien montrer aux gens qui vous causent que vous n'êtes pas du tout intéressés. D'ailleurs eux non plus. Toutes les discussions sérieuses de bistro sont uniquement là pour meubler.

Tiens ! Ce n'est pas ce que je voulais dire dans son commentaire. J'ai oublié.

Ah ! La création d'un club me rappelle toutes les discussions imbéciles que nous avions eues par mail lors de la préparation du No Sarkozy Day.

Le coucou a dit…

Je vous plains de subir tout ça. Je ne parle qu'à ma femme, un peu à mon chien et à la chatte, et moins je twitte, mieux je me porte.