Mon cerveau émerge doucement d'une cuite proprement infligée à la triple Karmeliet, avec un pote de lycée, histoire de fêter notre anniversaire quasi simultané et celui des morts à la même date.
Et je repense. A eux.
On fait toujours l'inventaire quand on se voit Tiago et moi.
Olivier va bien, Aurélien est mort. Philippe... Je lui ai envoyé sa dernière carte postale à l'hôpital psychiatrique.
J'aimais bien Philippe et ses grands yeux liquides, son corps de liane et ses genoux toujours serrés entre ses bras. C'est vrai qu'à l'époque déjà, il suffisait de regarder les murs de sa chambre pour comprendre que quelque chose n'allait pas. Mais il était... cette voix douce, ces gestes fluides, ses lectures et ce qu'il en disait.
Il a une grosse tête maintenant Philippe, m'a dit Tiago, et j'ai imaginé son visage pâle comme un énorme bourgeon trop plein d'idées noires se balançant sur son corps longiligne. Un cou démesuré à peine différencié des épaules. Et le vent qui berce ses pensées.
J'aimais bien Philippe, on avait pas trop besoin de parler pour se comprendre. On voyait assez bien dans la tête l'un de l'autre. Les remous...
On marchait côte à côte. J'ai changé de chemin en suivant celui de mon stylo sur le papier.
Je ne lui enverrai pas de carte postale. Ce serait cruel.
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