Je commence sans musique.
Avec des chaussettes dépareillées, un pull trop court et je ne suis pas certaine de m'être coiffée.
Nous sommes jeudi et il neige. Il paraît que c'était la même chose quand je suis née. C'était un jeudi et il neigeait.
C'est peut-être une légende.
J'ai dû boucher mes oreilles, car au moment d'écrire, je ne me souviens plus des sons, ou du silence. Il y avait forcément quelque chose. Peu importe. Il neige, il est 6h05 et je marche sur des pavés, il neige et je sautille la bouche ouverte, j'attrape les flocons. Je suis seule avec pour unique lumière pour éclairer mes enfantillages les projecteurs qui s'appliquent à dessiner des reliefs fantasmagoriques sur les clochers gothiques de Sainte Waudru. Tous les matins je rêve que les gargouilles prennent vie. Ou que cet homme en redingote, vision fugace d'un matin sombre, soit à nouveau là, à arpenter le parvis.
Et puis devant moi l'humanité revient, sous la forme malhabile d'un échalas au bouc improbable et à la démarche hésitante dans ses chaussures italienne. Il dérive sur le givre dans ses bottes péninsulaires pendant que je survole le frimas armée de mes godillots tchèques . Je le double saisissant deux flocons à la volée, d'un coup de langue habile.
Et puis j'arrive à la gare.
Et la réalité reprend le dessus.
Il y a un mot en anglais pour ce genre de réalité : "bleak"
Prononcez blliiikhh en prenant un ton grave sur le iii et pensez à un tas de neige noirci par des milliers de pas.
1 commentaires:
Un plaisir, ce billet.
Une gargouille avec son chapeau de neige.
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