J'entre.
Je dis Camel, quatre. Je donne un billet froissé.
Le petit monsieur me tend mon paquet, une pièce et un chewing-gum. Il a son petit sourire timide de petit monsieur. La dame d'avant moi a laissé une traînée odorante: sueur, cigarette et parfum aride, je suis l'odeur sans respirer jusqu'à l'air pas trop froid dehors.
J'appuie sur play.
"Et le moment que attendions tous est là!"
J'allume une cigarette et je ralentis. Ça me brûle les poumons, si je ferme les yeux je peux sentir mes bronches et le dessin de la fumée qui s'y insinue.
Je ralentis encore. En fermant un peu plus les yeux sans le faire vraiment, juste en imaginant que je le fais, je peux voir un court de tennis. Je me souviens des classes surchauffées de biologie, j'étais au premier rang et mon professeur, qui avait une barbe, nous racontait qu'en les étalant, bien à plat, nos poumons pourraient recouvrir ce court. Je l'imaginais en terre battue avec de petits gravillons qui viendraient chatouiller les bronchioles.
J'inspire la fumée acre et le court vibre et s'élève doucement. Une petite mort en deux virgule trois dimensions.
"J'ai la clé à la main et tout ce que je dois trouver, c'est la serrure."
Assise sur la chaise de l'arbitre, mon bâton fumant, à la main je souffle.
Ils sont tous là. La femme au fichu à son coin de rue, mon train devait être à l'heure, tout est normal elle me salue, et reprend son attente. L'homme à la canne traverse la rue, coucou immuable et bancal, il est 18h47. 18h48 s'il a trébuché dans la montée.
"Nous avons besoin de réponses de votre part, que pensiez-vous donc trouver ?"
Je les perds tous dans la fumée de ma dernière bouffée avant de ne pas sentir mon talon écraser la chaleur de mon mégot.
"Ladies and Gentlemen"
Je ne leur demande pas de réponse sur la normalité de la situation, je ne leur demande pas pourquoi ils sont là, fidèles à ma réalité alors que je nage par dessus, perchée sur ma chaise haute comme un ovni au dessus de mes poumons qui font la planche. Je ne leur demande pas pourquoi...
"...Je ne comprends pas."
L'état de panique est latent derrière mes paupières que ne sont pas vraiment fermées et il clignote faiblement comme la flamme agonisante de mon briquet lorsque j'allume ma seconde cigarette.
"Je crois au futur, je crois au futur, je crois au futur..."
Je souffle, un vaporeux "What ever will be will be" s'enroule autour de mes cheveux.
Je dis adieu aux braises qui s'écroulent dans le caniveau.
J'ai oublié mes clés.
"Maintenant, écoutez moi tous !"
Je sonne.
Je compte jusqu'à cinq, la lumière s'allume.
" Que sera sera"
Je compte jusqu'à 10, doucement, sans respirer un air qui ne serait pas vicié.
La porte s'ouvre. Je m'y attendais n'est-ce pas ? N'est-ce pas ?
"Voici quelle fut sa sage réponse..."
Da dida dadaa