lundi 14 mars 2011

Rêves de comptoirs - Oh Ruby

K. Dunham & G;Mili
Ruby venait le dimanche.

Elle avait des jambes interminables, un ventre rond souvent découvert, et un cul à l'avenant, elle avait des breloques en plastique qui lui couvraient les bras et souvent elle-même était suspendue au biceps d'un laidron à casquette qui tirait de la poche de son baggy retenu par une ceinture à diamant une liasse de billet de £20 représentant mon salaire mensuel. Pour payer les £1.50 de mon vestiaire. Aucun des ses Sugar Daddies ne m'a jamais dit de garder la monnaie. alors je prenais juste le manteau de Ruby.

Elle n'avait pas de cerveau, elle passait du rire aux larmes entre chaque bouteille de pop drink, m'insultait un jour, m'aurait presque embrassée le suivant. De derrière mon comptoir, je regardais ses dents plus ou moins découvertes selon son humeur. Et quand Ruby avait assez bu, elle abandonnait Sugar Daddy avec son sac et passait sur le dancefloor. Ses jambes ployaient sous la musique, ses hanches ondulaient comme poussées par des vagues invisibles et les mouvements de ses muscles sous sa peau noire prenaient vite le rythme du morceau de merengué remis à la sauce rappeur lâché par les enceintes. Ruby, la chute d'une épaule, un pli dans la hanche, une jambes qui s'envolait ,semblait soudain réincarner une de ces danseuses en noir et blanc dans les vieilles vidéos de jazz des années 50. Avec par dessus ses airs de fin d'apartheid un parfum plus sulfureux. Un déhanchement un peu trop ample, une cambrure se dessinant en soubresauts qui prenaient des airs d'orgasme plutôt que de pas de danse et son visage, semblant constamment surpris de voir ce corps, là dessous, faire tous ces gestes.

Oh, Ruby, je soupirais en griffonnant sa hanche sur mon cahier. Oh Ruby, je geignais en regardant celui qui ornait son nombril disparaitre dans un pli de chair et revenir scintiller alors qu'elle se cambrait, le dessous rond de ses seins apparaissant sous son excuse de t-shirt. Et ce visage d'ingénue qui montrait ses fesses pendant qu'en fond sonore qu'un rappeur aux dents de 3 kilos et 24 carats prétendait vouloir lui faire lécher une sucette.

Je me retrouvais chaque dimanche partagée entre l'attendrissement et l'excitation pure. Un mélange malsain entre l'émotion innocente que l'on a en regardant un bébé danser pour amuser la galerie, et la violente poussée de désir lubrique que j'aurais pu avoir si M., mon manager de l'époque, était venu derrière moi, comme il en avait un jour eu l'habitude, pour m'embrasser dans le cou en se collant contre mes fesses pour bien me faire sentir à quel point je le faisais bander.

A un moment le sugar Daddy décidait que Ruby avait fini de se dandiner et il me la ramenait. Je rendais son manteau à Ruby, et elle en couvrait ses épaules, et ses gestes dégageaient une odeur sûre et sucrée de sueur et de parfum cheap. Je disais adieu en silence à son ventre, rêvais une seconde de l'aider à boutonner son manteau pour toucher sa poitrine, et je la laissais partir. Non sans haïr un peu Sugar Daddy. Parce que si j'avais eu l'argent pour lui payer les verres et la bite pour la satisfaire, moi aussi j'aurais pris Ruby et ses jambes trop longues avec moi.

Pour l'encadrer ou la baiser, je ne sais toujours pas.


(Pour les téméraires qui voudraient une bande son)

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