lundi 11 avril 2011

Ces fleurs automatiques ne feront pas l'affaire

J'aime bien les listes.
J'en fais toujours plein.
Puis je ne fais pas ce qui est dessus. Il y a toujours demain.

Puis des fois je pense au suicide. En ce moment je rêve de me tatouer les avant-bras à coups de cutter. Tant qu'on y pense et qu'on en parle tout va bien il parait. Et puis j'ai essayé une fois, c'était pas top.
Et puis non, je ne me tuerai pas.

Mais j'y pense. Le matin, en séchant des larmes parce que j'ai pleuré dans mes rêves, dans la salle de bain en me brossant les dents. Assise à mon bureau à écrire des lettres de motivation, en faisant réchauffer ma ratatouille, en disant bonjour à la boulangère. J'y pense. Pas à me tuer, mais à être morte. Parce que ça ferait tellement moins mal, ce serait tellement moins injuste. D'être morte.
Mais il y a toujours demain et les listes. Et si je devais être morte il y a tout ce bordel chez moi. Celui dans les tiroirs, les placards, sous le lit.
Je ne pourrais pas laisser tout ça comme ça. Et il y a toujours demain, et les listes qui s'allongent. Faire ça, ranger ça, réparer ça.

Je pense que si je devais le faire, ma famille trouverait les cartons déjà fait avec les noms des destinataires sur le coté, les comptes en banque vidés, prêts à être fermés, et j'aurais tout débranché, payé les factures du mois, résilié le bail et le téléphone. J'aurais surement même déjà démonté le bureau et pensé à vider le frigo. C'est insensé de garder des choses à manger quand on est mort. Les fringales post-mortem, ça n'existe pas.

Il me faudrait beaucoup de temps. Pas le genre de trucs qu'on fait le soir sur un coup de tête comme ça.

Et puis il faudrait que je fasse en sorte de pas trop puer. Parce que pour entrer chez moi, il faut la clé, je voudrais pas que mes parents aient à défoncer la porte, ça leur ferait des frais, tout ça. Peut être que je glisserai mon double dans la boite à lettres des voisins. Comme ça, au bout de quelques jours quand l'odeur les dérangera, ils comprendront. Pas les voisins du dessous, je les aime bien. Ceux du dessus, les bruyants, ça leur apprendra.

Et puis il faudrait faire un testament, pour dire des trucs, genre où ce serait bien qu'on foute mes cendres, même si je doute que quiconque accepte de les laisser se perdre dans mon paysage. Même si ça me ferait délirer qu'il y ait enfin un bout de moi, même tout carbonisé, qui vienne se poser humide sur le barrage. J'ai toujours rêvé de traverser le barrage. Je demande si les pompes funèbres accepteraient de me laisser pieds nus. C'est stupide puisque je serais brûlée, mais symboliquement parlant, j'ai pas envie de passer l'éternité avec cette putain de torture quotidienne que sont des godillots. Et si dans mon cercueil, ils pouvaient me mettre un oreiller sous les pieds. C'est quand même plus confortable.

J'ai pas encore décidé pour la musique.
Ça m'avait énervé à l'enterrement de mon cousin, d'entendre jouer "Another love song" de Queen Of The Stone Age juste au moment où l'appareil à brûler les gens se mettait en route. Le ronflement du moteur avec par-dessus "and when you read this letter I'll be gone" à l'enterrement de quelqu'un qui n'a pas laissé de lettre , ca fait bizarre. Et puis ça faisait une boucle désagréable, comme si j'enterrais Maxime, pas mon cousin Maxime qui se faisait enterrer à ce moment là, l'autre Maxime, celui d'il y a longtemps qui avait commencé sa dernière lettre par "Quand tu lira cette lettre je serai mort." J'ai jamais pensé à intenter un procès pour plagiat à Queen of The Stone Age, mais c'est parce que j'ai brulé la preuve d'antériorité de la prose de Maxime. Sur la tombe de mon chat. Pas Stanislas, l'autre.
Mais j'ai jamais enterré Maxime. D'ailleurs, je n'ai que de foutre d'aller me recueillir sur une tombe dans un bled paumé de Corrèze. Surtout que ça m'étonnerait qu'ils l'aient enterré sous le nom avec lequel il m'écrivait et que je n'ai aucune idée de l'autre.

Mais je parlais des listes et de mon suicide. Je suppose que si j'étais vraiment prête, j'écrirais suicide en bas de la liste.

- Ranger mon linge
- Séance photo Greum ( 7 pics)
- Vider poubelle
- Poster séance photo Greum
- Préparer baignoire
- Décéder

Bien sûr il faudrait que je barre la dernière tâche avant de l'exécuter, ou pendant si le moyen que j'ai choisi le permet, Mais à tout prendre, je préférerais rester concentrée.

Bon bien sûr, j'y pense juste.Et je suis trop flemmarde, il y aura toujours demain. Mais j'aime frôler l'idée.Flirter avec un début d'embryon de réalité de la chose. Me dire qu'un jour ça ne fera plus mal tout le temps et partout, ce spleen affreux qui me bouffe la vie sans me la prendre, mal à m'en réveiller la nuit et à en mordre l'oreiller.

Ce soir, par exemple, j'ai rangé le bac à couverts.

5 commentaires:

Suzanne a dit…

Je cherchais un texte de Palahniuk que j'ai lu sur le Net, dans lequel il dit que si l'on veut mourir, il faut tout ranger, payer ses factures, et aussi écrire un mot gentil, ou passer un petit coup de fil à tout ceux dont on pense un peu de bien. Quand on a fait tout ça, on est fatigué, mais content d'avoir une maison propre, la vie en ordre, et des amis revenus, alors....
En cherchant ce texte (que je n'ai pas retrouvé, mais j'arrête) je suis tombée sur ce billet http://mesimaginaires.over-blog.com/article-berceuse-chuck-palahniuk-49474988.html qui cause d'un livre qui a l'air pas mal.

Nefisa a dit…

Oui, mon raisonnement est surement un peu similaire. Mais j'ai peur que certaine personnes en allant au bout de celui-ci ne réalise que ça ne suffit pas.

Pour le livre, j'ai lu aussi un article dessus il y a quelques jours, et ça m'a accroché. Même si je me demande comment palahniuk gère le côté fantastique de ce roman. Mais en ce moment, je préfère ne pas lire mes auteurs de prédilection habituel (murakami ryu, irvine welch, barker, planhiuk et autres burroughs... )et j'essaie (sans grand succès) de diversifier, parce que ceux là, ils ne font que me conforter dans l'idée que vivre, ça craint à mort.

Didier Goux a dit…

Le truc pénible, quand tu es mort, c'est que si ça se met à te démanger de la fesse, tu peux même pas te gratter, justement parce que t'es mort.

Faut y penser à ça.

Le coucou a dit…

Vous n'avez pas mis l'heure pour décéder, dans votre liste. Ça fait un peu désordre, alors que c'est important, l'heure, à moins d'attendre une impulsion aléatoire. Dix heures du matin, c'est confortable, à midi, vous ne laisserez pas de miettes, minuit est parfait pour s'endormir dans une baignoire, mais quel travail, vu tout ce que vous voulez faire avant ! Pas certain que ça vaille le coup.

Nefisa a dit…

Oncle : Oui, surtout s'il y a des asticots.

Le Coucou : Comme me disait mon père hier, "vu l'état de ta chambre, même avec toute la bonne volonté du monde, t'y arriveras pas."
Pour l'heure, j'avoue que j'ai des listes, mais pas d'agenda. :)