samedi 30 avril 2011

There's something wrong with the kids in the neighbourhood.

- Hello Oskar.
- Hello Ma'm Maida.
Je suis gentil et bien élevé. Mes talons battent sur le muret de briques rouges au rythme d'une comptine que j'ai appris ce matin à l'école. Ma'm Maida s'arrête devant moi. Me pince la joue. Un peu longtemps, un peu fort. Et son regard devient vitreux.

J'aime bien Nimrod. J'aime bien monsieur Maida, le papa de Nimrod, il est pas très gentil, mais je sais pas, lui, il m'appelle "Pal" et me donne des mini-swissrolls à la framboise quand il rentre du boulot. Ça fait gueuler mon père à moi. Monsieur Maida renifle bizarrement quand ils se voient, ils ressemblent à deux taureaux, ils roulent des épaules en secret sous leurs manteaux, moi je mords dans mon swissroll en regardant tout doucement. Mon papa a un drôle de geste et on s'en va. Je sais jamais qui a gagné. Moi, sûrement, papa me laisse mordre mon mini-swissroll même si c'est bientôt l'heure du thé.

J'aime beaucoup moins Madame Maida. C'est dommage, L'air sent la poussière. Les voitures vont au ralenti avec des bruits de grosses mouches malades. La main de Ma'm Maida se pose sur mon oreille gauche, ses ongles pointus pincent le lobe et elle tire, ses yeux sont gris comme une flaque de ciment. Je crie :
- Ouch!
Elle crie :
- Bastard!

Elle hulule maintenant, je ne sais pas comment elle a atterrit au milieu de la rue, elle est plantée, toute raide et brandit son sac vers moi. On dirait un oiseau qui va me manger, elle prend son élan de tout ses poumons. ça siffle et puis ça sort.
- Bastard !
Ça fait comme une chanson, elle le chante sur tous les tons.
 
Des fois, quand j'arrive pas trop à dormir; quand il fait trop chaud, ou que je m'inquiète parce que je ne sais plus si j'ai fait mes devoirs, le soir, je pense que si Ma'm Maida était sympa comme son mari avec moi, elle pourrait remplacer ma maman à moi. Celle qu'est partie et dont on parle pas. Même pas avec Úna. Là, je ne pense plus rien. J'étais juste sur le mur, le soleil était chaud et je chantais une comptine, je sais pas pourquoi je voudrais que cette folle qui crie parce que je suis sage soit ma maman. Je veux juste qu'elle se taise, il fait mal son mot. Je sais pas pourquoi. Il fait juste mal.

Les voisins sortent. Nimrod arrive. Il regarde sa mère et moi, et sa mère. Úna sort sur le palier, je l'entends se précipiter vers moi. Nimrod court aussi, il passe devant sa mère qui me pointe du doigt et de ses yeux en plombs. Et je me retrouve dans leurs bras à tous les deux Nimrod, Úna. Je suis tout protégé, un corps de chaque côté. Nimrod sent la sueur, et Úna sent ma grande sœur. Je vois nos cheveux tous noirs à nous trois qui s'entremêlent devant mes yeux. les cheveux raides d'Úna, les boucles corbeaux de Nimrod, et mes boucles à moi... je suis toujours jaloux des cheveux de ma grande sœur. tout raides, et pas moi. Moi ils sont comme ceux de Nimrod.

Après il y a comme un blanc. Ce n'est plus l'été, et je ne suis plus chez moi.

J'ai 8 ans. C'est mon anniversaire. Il pleut, comme il faut pour un vrai mois d'octobre et l'appartement est vide et tout froid. On est assis Nimrod, Úna et moi. par terre, sur un drap, et mon gâteau est au milieu. J'ai une cuillère en plastique qui se casse sur le glaçage presque fluo. C'est Nimrod qui a choisi le gâteau, il rigole et Úna chante doucement. J'aime bien quand elle chante, c'est une voix comme du miel, douce avec un peu de râpeux dans le fond, et elle tortille le bas de sa jupe autour de son index, ça fait remonter le tissu et j'ai envie de coller la tête sur sa cuisse qui sent le miel comme sa voix.

On mange un peu avec les doigts.
Mais j'ai pas très faim.
Je me déshabille, mes vêtements font un petit tas tiède sous mes pieds, je m'enroule dans un manteau d'Úna, et je me roule en boule dans le grand fauteuil tout cassé. C'est mon lit, ça fait des semaines que c'est comme ça.
J'entends Nimrod et Una, à l'autre bout de la pièce, qui discutent. Ils parlent du père de Nimrod qui en fait et le mien, mais on me l'avait pas dit. Et de la mère d'Úna et de moi. qui est partie et dont avec moi on ne parle pas.
Ils se rassurent, c'est bizarre, Nimrod dit, la bouche pleine, qu'on trouvera l'argent. Una dit, entre deux bruits qui ressemblent à quand elle m'embrasse, qu'ils ne nous trouveront pas. Nimrod dit qu'il faut me remettre à l'école, Úna dit qu'en attendant elle m'apprendra.
Nimrod dit qu'il nous faut du chauffage.
Úna, elle, dit qu'en attendant, Nimrod peut venir dans ses bras.
Nimrod dit qu'il est pas froussard, qu'il savait que la vie de pacha, c'était pas pour lui, mais qu'il pensait quand même pouvoir profiter encore un peu du confort de la maison familiale avant ses 18 ans. Úna, elle devient un peu sèche, et elle répond, que vu comme c'était chez lui, sa maison familiale, c'est celle où on est maintenant. Ça me rend nerveux ce ton là.
- Nimrod...
- Tu dors pas toi ?
- M'am Maida...
- Quoi ?
- Elle te tirait les oreilles à toi ?
J'attends la réponse qui ne vient pas. Je me sens lourd dans mon corps et léger dans ma tête. Nimrod soupire que je ne me suis pas mis en pyjama.
Je ne bouge pas, je suis lourd comme une mouche mouillée. Mes bras font plof, mes jambes font plaf, pendant que Nimrod m'enfile mon pyjama. Je suis tout en bazar entre les accoudoirs. Et le tissu de la veste est un peu humide, les doigts de Nimrod trébuchent sur les boutons.  Et puis c'est fini, je suis tout enfilé. Les mains tièdes de Nimrod me rangent tout bien sous le manteau. C'est agréable. Papa, enfin... monsieur Neewal , le papa de Úna ne faisait jamais ça. Et l'autre, Monsieur Maida qui est mon papa. Il me donnait des mini swissroll à la framboise. Mais c'est tout.
Nimrod ne m'appelle pas Pal, ou fils, ou bâtard.
Il dit Oskar. Je suis quelqu'un.

J'ouvre une paupière en secret. Ils sont tous les deux allongés sur le matelas tout plat. Ma sœur est à plat ventre, bien droite, les bras repliés sous la tête et Nimrod est tout de travers, un bras comme ça, une jambe par là, et une main serrée tout contre Una. C'est mon frère quoi, il fait tout comme moi.

Je m'endors en vrai.

1 commentaires:

Le coucou a dit…

J'avais perdu le fil, il a fallu remonter pour savoir qu'au commencement il y avait une poupée (enfin non: au commencement il y avait une traduction Google à se la prendre et se la mordre). Et constater que quelque chose d'attachant sort de ce sac de nœuds.