samedi 18 juin 2011

Diptyque tranchant

Je vous tue dans mes rêves. Chaque nuit. Chaque matin plutôt puisque le jour se lève quand mes paupières, enfin, consentent à tomber.

Je vous tue dans mes rêves avec un couteau, souvent. Et beaucoup de sérieux. C'est tout un travail. A cause des côtes Je déteste lorsque la lame s'arrête sur un os. J'ai l'impression que mes dents vont en tomber comme quand un train freine devant moi, avec ces bruits métalliques qui poussent les racines de mes canines hors de mes gencives. Après je ne peux plus parler.

Pareil.

Mais peu importe, dans mes rêves je ne parle pas. Vous ne m'avez pas répondu après tout, je n'ai pas d'explication à vous fournir. Je vous écris, je suis polie, je dis bonjour, au revoir et merci. Et vous m'ignorez. Je n'existe pas. J'essaie de toute mes forces d'exister vous comprenez. Voir mon image se refléter dans les yeux de quelqu'un. Mais on ne voit pas son reflet dans une porte close. Alors je vous tue. Vous, Madame, Mademoiselle, Monsieur veuillez agréer l'expression de ma matérialité la plus affûtée.

Je ne demande même pas un emploi, enfin si, mais vous n'êtes même pas obligé de dire oui. Juste être poli.

Mais peu importe puisque je disparais. Il n'y a pas que pour vous que mon corps s'efface que mon esprit devient un poids inutile, que ma conversation n'a plus d'intérêt, que mon existence ne se réduit qu'à de vagues souvenirs, je dois me rendre à l'évidence, il n'y a pas que pour vous que je ne sers plus à rien.

Un jour, du fond de mon sommeil,  lassée d'appeler au secours et de voir mes mots rebondir sur une porte close, lassé même d'ouvrir la bouche pour parler, je retournerai le couteau contre moi, parce que je n'aurai même plus pris la peine de me dire bonjour un matin.

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Et puis non. Parce que parfois, on vous rattrape juste à temps. Tout juste. Et les mains salvatrices ne sont pas celles de celui qu'on attend.

4 commentaires:

Cl'm a dit…

Oui, c'est un peu dans cet état là que je me trouve aussi. C'est joliment vu.

Le coucou a dit…

Je vous souhaite de n'avoir pas besoin d'être rattrapée, et que ce talent serve longtemps encore. Ce n'est pas comme ça, le bout, il ne faut pas vous tromper !

Le coucou a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Oriane a dit…

Aahhh, je suis contente de te lire de nouveau. Vive la tôle !!!