samedi 5 février 2011

Pandore


Les gestes reviennent finalement. Ce n'est pas que j'oublie, ou que ça fait moins mal. J'arrive juste à me dire que c'est mieux de faire semblant. Comme si s'habiller servait à quelque chose si ce n'est pas pour sortir avec toi.


Mon regard glisse sur le vide de mon appartement, et mes yeux ne voient plus rien que toi. Il n'y a plus rien à moi ici. J'ai tout vendu, de dépit.
C'est vide. Sauf un livre et une boîte. Je voudrais être aveugle, mais tu as laissé des morceaux de toi et mes pupilles ne s'en détachent pas.


Sans toi, ou à cause de toi, tourne ça comme tu le souhaites, mes mouvements n'ont plus de sens.
Par dépit, par colère, par honte, par tout ce qu'avant ton départ je ne ressentais pas, j'ai décidé de ne pas l'ouvrir cette boîte.
Et puis, c'est à toi, c'est un peu de toi. Alors je l'ai ouverte sans regarder. Pour savoir au moins.


C'est si tentant. Je suis faible Úna, si tu voyais...


Voilà, c'est juste ouvert n'est-ce pas, je ne regarde pas vraiment. Je ne connais pas l'écriture... j'hésite. Et puis tu l'as laissée là après tout, cette boîte. Tu ne fais jamais rien par hasard.


Je suis faible, oui. Si tu voyais avec quelle ferveur mes doigts touchent ton nom. Si tu m'entendais inspirer, comme si voir les trois lettres qui forment ton prénom allaient me ramener ton odeur. Peu importe qui les a tracées.



Peu importe...
Mais qu'est-ce que je raconte ?


Tu es partie pour un autre. Et quel autre...
Il y a un autre que moi qui peut te dire "Je t'aime" ? Un autre que tu écoutes ?
Un autre que tu préfères...
Et tu me laisse ses lignes. Son passé à mendier ton retour ? Tu me laisses sa souffrance qui s'étale sur des pages et des pages, avec constance et régularité ? Des mois de sa vie à mendier ton retour.
C'est cruel. Pour lui et pour moi. Car tu me laisses aussi la preuve de sa victoire.
Il t'a de nouveau près de lui.
Et moi ? Je suis à sa place maintenant , et si moi, je veux t'écrire, te dire comme tu me fais mal ? Tu ne m'as pas laissé d'adresse. Je dépose ma souffrance en poste restante ? C'est injuste, Úna.




Pas d'adresse mais un timbre. Et un prénom.
Nimrod...
J'ai tes larmes entre les mains.
Je te retrouverai et tu me rendras mon âme.