mercredi 31 août 2011

La fin de l'ère du Kleenex

Je me suis souvent demandée si ma tendance à la décroissance et mon goût pour les espaces dénudés et les décorations spartiates venait de mon instabilité professionnelle et de mon absence totale de sécurité financière.
Après tout, je suis partie en Angleterre en 2004 avec 40 kilos de biens pour commencer ma vie d'adulte. Et je suis arrivée en 2009 en Belgique avec une valise dont la balance de l'aéroport m'indiquait qu'elle pesait 18kg600 et des meubles d'emprunts. deux ans plus tard, je possède un lit, un piano et un bureau. les deux derniers étant des dons parentaux puisque j'en use depuis mes dix ans (et 18 ans d'usus, ça donne bien droit à l'abusus et au fructus (ignorez cette remarque, je suis en train de ranger mes cours de droits)). Le reste, tient dans une vingtaine de cartons dont 12 de livres et de cahiers.

Après tout si on a rien on a pas grand chose à perdre. (C'est faux, évidemment, mais j'ai envie d'étaler des lieux communs)

S'il y a bien une chose à laquelle je n'ai jamais été habituée professionnellement, c'est la stabilité. C'est la crise depuis 30 ans, et je sors tout droit de la génération Kleenex. Je suis un bien de consommation, on me prend on me forme dans les grandes lignes, et puis une fois le travail fait, on me jette. Je ne suis pas la seule, j'ai une cousine qui vend des chaussures la moitié de la semaine et rédige le courrier d'un avocat le reste du temps. Une bonne partie de mes potes passent leur temps à s'exporter ici ou là. On nous demande de faire 300km aller retour pour travailler 2 heures par jour, et pour la gloire de préférence. Et rien qu'à la vue d'un contrat qui durerait un an la moitié des gens de mon âge se pisserait dessus de joie.

Papillonner, c'est amusant un temps.

Mais ça n'aide pas à bien dormir.

Donc d'ici trois ou quatre heures quand j'aurai fini de récurer ma cuisine, ma salle de bain et de mettre mes cartons en rang d'oignon afin que le Taudis soit présentable pour son état des lieux, histoire que je puisse le quitter pour un endroit où je compte m'installer pour une décennie minimum (j'en voit un qui s'évanouit d'horreur au fond à droite), j'irai me coucher le futur tranquille et la conscience reposée en pensant à l'intitulé du contrat que j'ai signé avant de partir du boulot, dessus c'était écrit "durée indéterminée". Nous savons tous que ça ne veut rien dire, mais c'est toujours mieux que perdre son emploi du jour au lendemain d'une simple croix dans la case "fin de mission."

(Tout au fond de mon cerveau, mon moi adolescent proteste vaguement que franchement, un boulot stable même pas glamour, encore moins original et une seule maison, c'est pas vraiment la vie de rock star dont il rêve, mais merde. Mon moi adolescent il est pas obligé d'économiser son argent poche pour payer le loyer au lieu de s'acheter les livres dont il a besoin pour rêver, lui. Jeune con boutonneux.)






samedi 20 août 2011

Equilibrium

Il y a des morceaux, quand on les écoute on voudrait s'arracher 5 mètres de tripes pour atténuer la douleur provoquée par les raclements de l'archet.

Je lis les Demeures de l'Esprit de Renaud Camus en me demandant comment ça sera quand je m'allongerai sur le plancher du bureau, la tête sur le bras gauche et un crayon dans la main droite. Est-ce que les mots seront là ? J'aime bien les planchers, ce n'est pas comme s'allonger à même l'herbe et essayer de sentir la terre tourner, mais, c'est tiède, un peu en vie, en restant dessus assez longtemps, ça.... rien. J'aime bien les planchers.

Les soixante-huitards vieillissants n'ont vraiment aucune éducation. Ma grand-mère octogénaire a son petit caractère, mais elle n'a pas l'indécence de croire que parce qu'elle a des rhumatismes, tout lui est dû. Quand on a monté des barricades dans Paris pour exiger de se débarrasser du joug de la démocratie nazie indignante, et du port du soutien-gorge, on va pas exiger, en brandissant d'un torse gonflé d'indignation des seins qui pendent jusqu'au nombril, de passer AVANT à la caisse. On ne l'exige pas, on le demande poliment éh, vieille peau. Et pour les soutiens-gorge, c'était symbolique tu sais, t'aurais dû penser à t'en racheter après.

Je subis chaque jour la misogynie ordinaire. Je sais que je suis une femme. J'aime être une femme. Je ne savais simplement pas que pour pouvoir prétendre à mon sexe, il fallait que je mette des bas. J'envisage le port de la cravate. Ou de la cravache. Je suis sûre que certains apprécieraient.

Je pense beaucoup. Aux élans du coeur. A ceux de l'esprit. Aux actions pragmatiques que l'on exécute parce qu'elles relèvent du bon sens. Au bon sens qui parfois, rarement, parfois seulement rejoint les élans du coeur. Je médite sur ces relations dont on ne fait jamais le tour, qui meuvent, se transforment, s'étiolent parfois, mais gardent leur racines, et sont indissolubles finalement. Quel que soit la quantité de fiel que l'on verse dessus par moment.

Je pense au nombre de fois où j'ai cru que c'était bon pour moi parce que ça semblait tellement bien aux autres, parce qu'à cet âge là on fait ça, sinon, sinon... on perd un statut social et on a plus le droit de se regarder dans un miroir. Je pense à ces situations où j'ai crié stop, à genoux, en larmes, et qu'on ne m'écoutait pas. Parce que c'est commencé, et on finit voilà, autant aller jusqu'au bout même si c'est une mauvaise idée. Et je pense et je vis aussi, cette fois, où l'on nous regarde de manière circonspecte, mais où la plénitude mêlée de curiosité que je ressens n'a rien à voir avec la joie résignée et superficielle qui me saisissait dans d'autres situations.

Un jour peut-être, ce texte existera. Et si ça ne se passe pas ainsi, alors autre chose sera fort bien.

Je cherche un canapé Chesterfield. Vert ou noir. C'est bien un Chersterfield, c'est beau, solide et confortable.