mardi 27 mars 2018

La ligne noire au fond de la piscine.

Fin mars.

Voilà deux semaines maintenant que la dernière ligne résistante des pratiquants de la Bonne Résolution Sportive du Nouvel An a capitulé.

La piscine est de nouveau vide.

Oubliées au fond d'un sac à dos acheté pour l'occasion,  s'érodant dans un portefeuille, des cartes prépayées 20 entrées renoncent doucement à être jamais utilisées avant leur date de péremption. Leurs propriétaires démotivés mangent des tartines poulet-curry en regardant la pluie tomber, assis à leur bureau. Demain peut-être, ils viendront. Ils le pensent vraiment.
Buzzz.
Facebook leur signale une vidéo de chats qu'ils pourraient aimer car le cousin d'un contact inconnu ajouté par erreur l'a aimée. Ils oublient la piscine.

Il est midi passé de  trente-deux minutes.
Nous sommes 5 dans le bassin en acier inoxydable. 50 mètres de vaguelettes rutilantes à 29°.
Le silence frais, goût chloré, est reposant. Il tranche avec le brouhaha moite des vestiaires où les élèves des athénées environnantes s'habillent encore.

J'allonge quelques brasses. J'ai la nuque raide.
Le milieu du bassin. Je fais l'étoile, puis je me raidis, bien droite, les bras plaqués contre le corps je pique vers le bas, deux coups de jambes.

Me voilà entre deux eaux.

Si je reste dix secondes sans bouger, assez profond, l'alarme Poseidon la mal-nommée s'activera pour qu'un maître-nageur vienne me sauver.

10 secondes, puis 15, puis 20. Les yeux rivés sur la bande noire au fond de la piscine.

Poseidon ne fonctionne pas. Aucun maître nageur ne quitte le rebord de la piscine pour venir me chercher.

Je remonte et je me retourne. Je regarde en l'air maintenant. La persistance rétinienne trace une ligne sombre sur la tôle blanche du plafond.

Je pense : "Voilà qui va m'aider à aller droit."

Et puis je réfléchis à ma propre bêtise.

C'est bien ces piscines vides, c'est propice à l'introspection.








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