lundi 28 janvier 2019

Une certaine pudeur

Il convient de ne pas émouvoir. 

Il est de bon ton de se prendre les torrents d'émotions brutes d'autrui dans la face sans ciller et surtout, surtout ne pas montrer qu'on en a aussi. Cachées elles sont, cachées elles resteront. 

Surtout sourire, consoler, mais ne pas partager. Les sentiments c'est à sens unique et puis c'est tout.
Les vrais humains peuvent en avoir, pas les ersatz d'individus comme moi qui tentent de survivre au milieu. On finit presque par leur en vouloir d'avoir le droit de les exprimer sans conséquences dramatiques.

Il ne faut jamais dire que ça bouillonne, que ça craque de partout, que ça tire sur les glandes lacrymales et que ça pince le coeur.
Quand on ose un peu s'ouvrir, on a tellement pas l'habitude que ça doit sembler faux. On se fait moquer ou insulter.

Et puis on apprend à ne plus chercher les émotions. Ainsi, l'envie de les exprimer s'estompe.

Pas ce film, si un animal meurt, je pourrais pleurer.
Pas ce livre, les personnages semblent attachants. Une fois le livre refermé, ils vont me manquer.
Pas cette chanson, elle me donne le sourire, ensuite, ça va sembler vide.
Pas ce poème, les gens s'y aiment et l'expriment, c'est gênant tous ces sentiments.

Pas ce rêve, j'y verrais mes propres émotions, que je n'ose même plus m'avouer.
C'est surement comme ça qu'on devient tout sec à l'intérieur.

Je ne sais pas où je suis allée pêcher cette idée qu'il fallait se policer jusqu'à l'indicible (enfin si, j'ai ma petite idée), mais c'est diablement dur à déconstruire.


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