vendredi 8 février 2019

Horresco Referens

Je cours.

Admettons : je trottine.

Je ne suis pas pressée, mon programme me dit "Courir doucement 45 minutes".
Rien ne presse et mon seul courage dans l'histoire est de braver une fine pluie et des températures frisant le zéro.

Il faut aussi parfois zigzaguer entre les plaques de neiges fondantes sur le bitume du ravel. Rien de dramatique.

Je suis fort seule sur le chemin, il y a juste ce vieux vieux monsieur un peu plus loin devant moi. Il va dans le sens inverse, nous allons bientôt nous croiser. Je m'apprête à le saluer.

Il s'arrête et se met en souriant sur le côté du chemin. Ce monsieur a au moins 80 ans, il est tout fripé, tout frêle, tout voûté. Il a l'air bonhomme, sourit avec les yeux et s'appuie sur son bâton pour marcher.

Soudain, juste au moment où je passe devant lui, il lève son bâton et le sourire qui allait accompagner mon bonjour se raidit.
 Pourtant lui sourit toujours, et son bâton se lève comme un fusil pour se poser sur son épaule, un geste fluide comme le ferait un soldat dans une haie d'honneur.

Derrière mon sourire soudain glacé, mon cerveau a parfaitement compris que la seule intention de ce monsieur était, d'une manière un peu désuète mais normale vu son âge, de saluer mon effort. Il n'allait pas me faire un high five après tout.

Et me voilà à être crispée pendant 10 minutes de course, à bout de souffle alors que je marche plus que je ne cours, me demandant ce qui déconne dans mon cerveau, parce que ce petit monsieur, un geste de travers et j'étais prête à lui sauter à la gorge pour sauver ma vie qui n'était pas du tout en danger.

Comment mon cerveau imbécile peut-il interpréter correctement tous les signes d'un salut innocent et totalement dépourvu de malice par une personne ne présentant physiquement aucun danger et tout de même mettre mon corps en DefCon1 ?

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Il y a cet interrupteur dans ma tête. C'est malheureux. Un froncement de sourcil, un geste imprévu, un ton un peu sec et j'estime qu'il va falloir me défendre car quelqu'un a décidé que mon existence était gênante et va donc me frapper.

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Quelque part dans mon département de naissance, la cheffe du petit groupe de bullies qui me frappait et me martyrisait au collège intervient comme conseillère d'orientation psychologue dans un lycée le mercredi.
Le recrutement a été plutôt grossièrement exécuté si vous voulez mon avis.

A chaque fois dans ces situations désastreuses, pour me calmer, je pense à l'hypothétique jour où je la croiserai.

Si elle m'ignore, elle aura la vie sauve.  Si elle ose me saluer, il est possible que je la pèle à l'épluche-légume et que je la roule dans du gros sel vinaigré.

Dans mes pensées, assise en tailleur sur le promontoire le plus proche,  je la regarde se rouler en hurlant dans une flaque rougeâtre et grumeleuse. 

Je chantonne le refrain de Loser de Beck parce que ce n'est pas pire qu'autre chose pour la circonstance.

Et puis je me casse avant qu'elle ne meure, histoire qu'elle crève seule.

Ca ne règle pas mon souci de cerveau reptilien en perpétuelle panique mais ça rééquilibre un peu les choses. De toute façon, je mens, je l'ai déjà croisée et elle a surtout évité mon regard. On se demande bien pourquoi.

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En attendant, tous les bullies du monde meurent sûrement sans relâche et dans d'atroces souffrances dans les rêves les plus délicieux de leurs victimes et si karma really is bitch, ça va pas être tout rose non plus quand ils seront vraiment morts pour de bon.



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1 commentaire:

  1. Mh, on doit avoir le même cerveau reptilien. Et je me méfie particulièrement des vieux enthousiastes, pour d'antiques raisons.
    Je passais par là (en passant par moi, me demandant ce que j'allais faire de mon satané blog so 2008). Ca fait du bien de lire que tu écris toujours, et toujours aussi bien :)

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