mardi 17 septembre 2019

Lucid Dreaming & Old Acquaintances

After what was said
I can't help but sleep with one eye open


J'ai commencé à méditer.


Totalement par hasard. Je cherchais un moyen de couvrir les bruits m'entourant pendant que je m'endormais sans avoir recours à des boules Quies et sans écouter de musique car ça me tient éveillée. Restait les podcasts, mais la frustration de s'endormir sans savoir la fin ou celle de rester éveillée car c'est vraiment très intéressant m'y a vite fait renoncer. Mon choix s'est donc tourné donc vers les méditations assistées : une musique d'ascenseur aux vibrations vaguement zen et une voix mesurée par dessus. La première méditation guidée avec une voix humaine tolérable que j'ai trouvé s'appelait "procrastination". Une dame américaine à l'accent neutre et au ton chaleureux vous y invite à descendre un escalier en respirant un air coloré d'une couleur apaisante de votre choix avant de vous demander de vous remémorer un moment où vous avez été sujet à la procrastination. Le reste de son propos je ne le connaitrais jamais car, succès, le sommeil me prend dès la dixième minute.
The integrity of what we share
Is now unconvincing
The greatest love
Both is and never was
De manière routinière je me suis mise à user de ce subterfuge pour m'endormir, sans penser un seul instant que cela pourrait avoir un impact sur ma vie éveillée.

Quelle ne fut donc pas ma surprise, au bout d'une semaine, de réaliser que je payais spontanément mes factures dès réception et que ma boite mail pro se vidait beaucoup plus vite.

Des tâches sur ma to-do list depuis parfois plusieurs années disparaissaient soudainement, exécutées sans aucune souffrance notable. Des plantes réclamant la pleine terre étaient sorties de leur pots à semis avant même de montrer le moindre signe de dépérissement. Même le poil du chat était soudainement plus brillant, en partie grâce à la spontanéité avec je sortais le gant de dépilage à chaque fois que je constatais que l'animal essaimait sa fourrure, plutôt que de me dire : oh ben je le ferai tout à l'heure. Une évolution rien moins que miraculeuse pour qui me connait.
I carry on
But I can't forget
What was said
 Qu'à cela ne tienne, m'écriais-je - Intérieurement, car j'évite les anachronismes langagiers en public, on me regarde déjà assez bizarrement.- après avoir constaté l'évolution prodigieuse de ma résistance à l'exécution des tâches mondaine de la vie adulte. Essayons autre chose !

Ayant un semi-marathon à courir en septembre j'ai alors téléchargé une méditation guidée qui me permettrait peut-être de descendre à mon poids de forme avant la date fatidique sans avoir à "sécher" violemment durant un mois.

Si écouter en dormant une dame me dire de faire en temps voulu ce qui devait être fait fonctionnait, pourquoi ne pas écouter en dormant un monsieur me dire que manger un cookie c'était OK mais qu'en manger 5 n'était pas la plus brillante idée pour maintenir sans me démolir les genoux un rythme de 10 km/h sur 21 km.


C'est là que je suis tombée sur un os.
After what was said
The things you really think of me
That's fine
Cause I think that you're pathetic really
Just like your family


La nouvelle méditation guidée était un peu moins mollassonne que la première. Il s'agissait d'abord de garder les yeux ouvert de respirer profondément (prendre ses aises pour respirer c'est déplacé, ça veut dire qu'on existe, et c'est interdit) puis fermer les yeux, puis penser à certaines choses puis contracter des muscles, puis essayer de ressentir des émotions. Plutôt sportif pour un individu comme moins qui, hors effort physique délibéré, recherche surtout un rythme cardiaque linéaire et une absence totale d'émotion. Mais la curiosité aidant je me suis pliée à l'expérience. Et là, je suis restée éveillée. Enfin, mon esprit, parce que mon corps lui était bien endormi. C'est une sensation difficile à décrire, proche de celle que l'on a quand on s'éveille juste et que le corps refuse de bouger, mais sans la panique provoquée par la paralysie involontaire d'un système nerveux encore endormi. Une fois que l'on s'habitue, c'est assez agréable, cette sensation de détachement et de fait, on peut mettre de manière lucides deux ou trois choses à plat.


Tout allait bien jusqu'à ce que je réalise à l'occasion d'une sieste innocente que j'étais désormais capable de me mettre en état de transe sans avoir recours à un individu répétant avec insistance "Deeeep Sleeeep" dans mon conduit auditif.


J'étais malencontreusement parvenue à me réveiller de ma sieste sans réveiller mon corps, ce qui permet incidemment de continuer son rêve si on en avait un en route (ça doit être un peu plus complexe que ça, mais la neurologie ne fait pas partie de mes intérêts spécifiques, vous vous démerderez donc avec du ressenti pur)


C'est plutôt cool me direz-vous.

The words break free
Much too easily
My best friend
I can't forget
What was said
Si on était occupé à se promener à dos de dinosaure mécanique dans un parc d'attraction futuriste, où en train de copuler joyeusement avec son crush du moment, se retrouver dans un rêve lucide peut être amusant. Mais le monsieur de la méditation avait prévenu : "pendant quelque temps, vos rêves seront cathartiques."
There's a hole in everything
And I have yet to see the proof
Of friendship 'til the end
And not 3/4 the way through
Of love that perseveres
When seen in close-up too
My dear friend
A heart cannot be true
Not completely, so what to do?
La catharsis est une "libération des passions" à la mode Aristotélicienne. Pas plus que la neurologie, la philosophie et la psychothérapie ne font partie de mes intérêts spécifiques (mais en a-t-elle seulement ? Oui, J'aime bien planter des trucs et les regarder pousser et caresser mon chat, et ça devrait suffire.)

La libération des passions dans un rêve lucide, ça tient en fait de la purge. Au sens où ça dégueule de sentiments. Pour quelqu'un régulièrement atteint de mutisme quand il s'agit d'exprimer émotions et ressentis, c'est violent.

I've always left just as the leaves were changing hue
Why give life the chance
To make another mockery
Of our dear romance
Better to come and go
Honor the weeds as they are meant to grow
Des visages dont on s'était efforcé d'oublier les traits refont surface, des voix qu'on ne s'attendait plus jamais à entendre résonnent. Même les parfums, et c'est le pire, reviennent. Si on ne se savait pas endormi dans son bureau on pourrait y croire, la peau si on la touchait serait tiède.
Les fantômes du passé sont là, arrivent subrepticement dans un rêve involontaire et s'installent solidement devant vous dans votre rêve lucide.

On avait oublié qu'ils sont légion, chaque jour apportant son lot de discussion.

Mais la rancœur et les reproches finalement n'effacent rien du lien, aussi lointain, ténu et fantomatique soit-il qui vous lie à certaines personnes. Il n'y a pas d'oubli.
There's a hole in everything
And there's nothing you can do
It's always out with the old
And in with the new
No love without the whisperings
So why pretend it's otherwise
Better to be on the road
Than in a house of cards and lies
I rid myself of friendships
With fungus on the rim
Of love that had gone sour
A merciful killing
Il y a ceux qui ont disparu sans qu'on puisse dire au revoir, à qui l'on fait des adieux tardif tout en sachant qu'ils resteront à jamais inaudibles par l'autre partie. Mais l'illusion est utile.

Il y a des deuils que l'on n’est pas prêt à faire encore et l'insulte déborde sur le défunt qui n'en mène pas large à la table.

Et il y a les vivants. Ce sont les pires.
Il n'y a pas de paix à faire en rêve.
Il n'y a ni pardon ni oubli.


Rid of insincerity
And rid of all poison
I sent them all to hell
And nobody was left

Je ne choisis pas qui vient. J'ai des visiteurs récurrents et d'autres que je n'attends plus.
The greatest love
Both is and never was
I carry on
But I can't forget

Michelle Gurevich - What was said


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