Le Mange-rêves
mardi 21 mai 2013
samedi 4 mai 2013
7/21 - Les eaux troubles du passé
Dans :
Cohendy
J'ai récemment reçue des félicitations sur la qualité et la légèreté d'un de mes repas.
C'est donc en toute sympathie que je vous propose aujourd'hui, chers lecteurs, une recette très simple et toute en finesse. Si. Si. J'insiste.
Recette de la conserve d'oseille (vous voyez, c'est des feuilles, c'est très sain ! )
Choisissez de l'oseille bien verte, épluchez la soigneusement et lavez la à plusieurs eaux. Après l'avoir égouttée, mettez la dans une marmite avec de la graisse de porc, faites -la fondre en la remuant avec une cuillère en bois jusqu'à ce qu'elle ait la consistance d'une marmelade, versez la toute chaude dans des pots en grès. Quand l'oseille est refroidie couvre la d'une couche d'un centimètre d'épaisseur de graisse de porc liquide. Laissez refroidir et recouvrez les pots de papier. Entourez d'une ficelle et rangez-les dans un endroit frais.
En plus de baver devant certaines recettes (infaisables aujourd'hui, parce que cuire un truc une journée quand on a pas pas de poêle, ça fait cher en gaz) j'avoue bien rigoler en lisant la "petit correspondance médicale". Mais je suppose que nos ancêtres, s'ils étaient capables d'ingurgiter autant de saindoux sans vomir devaient à peine réagir quand on leur faisait sucer des bonbons à la cocaïne pour les guérir d'une angine.
Point beauté : j'ai même noté une petite annonce vantant l'efficacité de l'épilation à l'électrolyse... résolument moderne.
Et bien sûr le petit texte posté hier vient de là aussi. Il m'a laissée profondément songeuse. Publié aujourd'hui, même dans un Marie-Claire, les lectrices seraient à la porte de la rédaction avec des haches dans l'heure. Même publié à l'époque, dans un journal avec une page "économie" encore assez bien fichue et auquel les lectrices écrivent pour savoir que faire de leurs actions et autres parts de marché, ça a un côté bipolaire un peu troublant.
Je suis, en lisant ces feuillets jaunis, partagée en une répulsion fascinée et une étrange reconnaissance du ventre. C'est comme lire les journaux d'un pays pas tout à fait voisins. On retrouve des valeurs familières, mais ce n'est pas tout à fait chez nous.
Je me demande ce qu'ils auraient pensé de mon tartare de saumon aux agrumes et de mon curry de gambas il y a 115 ans.
vendredi 3 mai 2013
6/21 - La petite cuisinière
Dans :
Cohendy
Bébé a vu sa mère et sa grande soeur s'occuper des soins du ménage. Ce qui l'a frappé surtout, c'est la manière dont on s'y prend pour éplucher les légumes, ces bons et succulents légumes qui servent à confectionner des ragoûts exquis et des soupes réconfortantes?
Prise d'une belle émulation, la fillette s'est armé d'un couteau et met toute son application à peler une pomme de terre.
Elle y réussit fort bien, à la grande joie de maman et de soeurette.
Va, chère enfant, fais ton apprentissage de jolie ménagère. Plus tard tu seras aussi une bonne petite maman, soigneuse de ton intérieur, empressée près de ton mari et ne négligeant rien de ce qui peut concourir au bien des tiens.
Prise d'une belle émulation, la fillette s'est armé d'un couteau et met toute son application à peler une pomme de terre.
Elle y réussit fort bien, à la grande joie de maman et de soeurette.
Va, chère enfant, fais ton apprentissage de jolie ménagère. Plus tard tu seras aussi une bonne petite maman, soigneuse de ton intérieur, empressée près de ton mari et ne négligeant rien de ce qui peut concourir au bien des tiens.
jeudi 2 mai 2013
5/21 - Touché.
Dans :
Cohendy
"I want to hold you once before I'm a ghost of a memory."
Je ne poste finalement que pour écrire cette citation.
Elle sort de la bouche d'une morte dans un rêve tout à la fin d'un épisode d'Esprits Criminels. Il manque l'image bien sûr, le couple qui s'enlace alors qu'il n'a jamais été un couple, vraiment, au sens usuel du terme, et qu'il n'en sera jamais un. Puisqu'elle est morte. Et les morts laissent la place aux vivants paraît-il. Souvent en tout cas.
Il manque l'histoire, si vous ne regardez pas. Je ne vous blâmerais pas. On peut dire qu'un Esprits Criminels est distrayant, quand on sait être distrait par le sang des autres et la folie rampante qui vient immanquablement ajouter du piquant à la vie en société. Un Esprits Criminels dirigé par Matthew Gray Gubler tient plutôt d'un lacrimosa.
Systématiquement en tout cas, je verse une larme. Matthew Gray Gubler est quelqu'un de très drôle, il paraît. Un vrai clown. Il faut quelqu'un comme ça, pour, en une phrase, deux plans de caméra et quelques pas de danse, matérialiser avec une douloureuse exactitude les affres d'un chagrin sans fond.
Je ne poste finalement que pour écrire cette citation.
Elle sort de la bouche d'une morte dans un rêve tout à la fin d'un épisode d'Esprits Criminels. Il manque l'image bien sûr, le couple qui s'enlace alors qu'il n'a jamais été un couple, vraiment, au sens usuel du terme, et qu'il n'en sera jamais un. Puisqu'elle est morte. Et les morts laissent la place aux vivants paraît-il. Souvent en tout cas.
Il manque l'histoire, si vous ne regardez pas. Je ne vous blâmerais pas. On peut dire qu'un Esprits Criminels est distrayant, quand on sait être distrait par le sang des autres et la folie rampante qui vient immanquablement ajouter du piquant à la vie en société. Un Esprits Criminels dirigé par Matthew Gray Gubler tient plutôt d'un lacrimosa.
Systématiquement en tout cas, je verse une larme. Matthew Gray Gubler est quelqu'un de très drôle, il paraît. Un vrai clown. Il faut quelqu'un comme ça, pour, en une phrase, deux plans de caméra et quelques pas de danse, matérialiser avec une douloureuse exactitude les affres d'un chagrin sans fond.
dimanche 14 avril 2013
4/21 - Presque
Dans :
Cohendy
En terminant "Good Omens" (De Bons Présages) de Terry Pratchett et Neil Gaiman, j'ai appris, à la lecture des postfaces (que je lis - Je lis également les préfaces, après tout, quelqu'un s'est pris la tête à les rédiger. ) que lorsqu'il a commencé à écrire, Terry Pratchett travaillait à temps plein et ne pouvait rédiger que le soir.
Il écrivait donc, systématiquement, quatre cent mots tous les soirs. Ni plus, ni moins.
Même si son livre s'achevait, s'il lui restait cent mots à écrire, alors il commençait le suivant.
Une telle constance m'épuise.
Ce message fait cent mots.
jeudi 11 avril 2013
3/21 - La patte d'insecte
Dans :
Cohendy
En Belgique, il y a des ravels.Je suppose qu'en France on appelle ça un chemin de traverse. Ailleurs, je ne sais pas.
C'est une étroite bande de bitume qui se faufile entre deux usines, flanquée de deux talus herbeux. Les gens y emmènent leur chien faire caca, et si vous y croisez quelqu'un, vous dites bonjour. Vous auriez croisé cette personne 50 mètres plus loin dans une rue, une vraie rue, bien passante, vous ne l'auriez pas saluée. Il y a sûrement moins de chance qu'elle vous tranche la gorge en public. Ou l'herbe merdeuse des talus vous avait momentanément rendu votre humanité. Allez savoir.
Le long du ravel que j'emprunte pour aller sur mon lieu de travail, il y a un long hangar de tôle. Il est bleu.
Sur son toit, trône une grande branche en forme de pince. Bien brune, arrivée là au hasard d'un solide coup de vent certainement. Elle dépasse en faisant un léger angle.
Deux fois par jour, j'imagine l'insecte géant à qui cette drôle de patte appartiendrait, caché sur le toit. Il est monstrueusement grand.
Un jour il se réveillera, étirera ses membres ankylosés, doucement ,puis descendra paresseusement sur le ravel.
Si je m'y trouve à ce moment là, j'envisage de le saluer, on ne sait jamais.
lundi 8 avril 2013
2/21 - Communication de service
Dans :
Cohendy
Aujourd'hui à 15h, mon téléphone a sonné.C'était mon collègue, l'ouvrier qu'on appelle (enfin, moi en tout cas, je l'appelle comme ça) l'anachorète des containers.
Je pensais qu'il allait me dire qu'il avait oublié sa carte de pointage. Où me demander quand il allait recevoir ses tickets restaurant (ce qu'il a fini par faire.)
Mais il a commencé par m'annoncer d'un ton presque surpris qu'il avait rêvé ce week-end qu'il déclamait du Pindar dans un stade.
Après tout pourquoi pas. Nous en avons conclu que ça ne serait pas mal pour la prochaine mi-temps du Superbowl.
Ensuite, il a dit "Et voilà, c'était la minute d'euphorie du jour." il m'a salué et il a raccroché.
Je crois qu'engager des doctorants en philosophie à des postes ne nécessitant que le brevet des collèges nuit à la santé des ces étranges petites bêtes. Mais au moins ça me donne, quelques minutes par jour, l'impression d'être allée travailler pour quelque chose.
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