Madame Nefisa vous répond.  

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Chère Madame, Cher Monsieur, Cher Chien, Cher Obsédé,

Ayant depuis fort longtemps renoncé à m'astiquer le braquemard*  en matant les courbes vallonnées des statistiques de fréquentation de ce blog, j'en suis venue à ne plus les utiliser que pour me bidonner devant les requêtes, plus débiles les unes que les autres, qui vous font atterrir sur cet espace.

Nonobstant le fait qu'il est parfois un peu déconcertant, voire franchement vexant de vous voir débarquer avec vos souliers tous crottés et vos fautes d'orthographe affligeantes dans mon espace pourtant fort bien tenu, à l'écriture quasiment irréprochable et au style raffiné, je vais prendre sur moi aujourd'hui, tout blâmer sur le manque de discernement des algorithmes de Google, et répondre à vos questions.

Oui. Je sais faire preuve d'altruisme. Surtout si ça me permet d'en faire un billet.

Ouvrez bien vos mirettes bande d' hikikomori analphabètes, béotiens de pixels et autre surfeurs lubriques, grâce au grosses traces de semelles que vous laissez dans mes statistiques, je peux cerner vos désirs les plus profonds et vous aider à trouver la voie sans plus vous perdre dans mon salon.


"Ma bite" Beaucoup d'entre vous la cherche. Personnellement, je n'en possède pas. Enfin, pas sur moi. Si c'est la votre que vous cherchez, je ne l'ai pas non plus. Mes activités de femelle castratrice se limitent aux coups de genoux dans les couilles et je n'ai pas une âme de collectionneuse. Si anatomiquement parlant vous vous sentez un peu perdu, elle devrait selon toute logique de trouver quelque part sous votre nombril, pour savoir ce que vous cherchez, google image devrait vous fournir des schémas relativement précis. Si à l'aide de ces explications vous n'en trouvez pas vous êtes
1. Eunuque et vous m'en voyez désolée,
2. Une fille . Dans ce second cas, votre prochaine requête google devrait être "mes seins" ou "ma chatte", vous verrez, on s'y fait.

"Dépucelée par mon oncle" et "Dépucelé par mon oncle" et tous les autres du même acabit (Mais vous êtes combien ? C'est effrayant !) Bien que je ne puisse là vous être d'aucune aide, je pense que vous devriez fonder une association, vous aurez surement un tas de choses à vous raconter. En revanche, si mon oncle à moi pouvait arrêter de me faire des déclarations d'amour dans les commentaires, que je ne reçoive plus ce genre de requête, ce serait cool, merci tonton.


"J'interpréte ce ki di inversement." Quelque part ça ne m'étonne pas. Le système est simple il suffit de réinterpréter à l'inverse ce qu'on a interprété et normalement comme ça on interprète correctement. Fus-je claire ?

"Le mange-rêves nefisa poil au bras"  Oriane, t'es pas drôle.



"Comment dire enculé en polonais" : Je l'ignore, dis juste "kurwa" très fort, ça devrait suffire.



"Comment passer la virginité de sa femme sans enlever la culotte" : Il paraît que les culottes fendues reviennent à la mode, pour noël je suis sûre que ça lui fera super plaisir (surtout si ça lui permet d'en prendre par la suite, pauvre dame.)


"Comment tuer quelqu'un sans le toucher dans son sommeil" : En temps que militante active du massacre à la machette en face à face, je ne prendrai même pas la peine de donner ne serait-ce que la moindre piste de réflexion à un être aussi lâche que vous.

"Ma sœur est une traînée, que faire ?"  Mes sœurs sont des jeunes filles fort respectables, j'ai moi même veillé à ce qu'elle reçoivent une éducation absolument irréprochable. Je vous prierai donc de vous tourner vers Calixte Hurtebise, un spécialiste de la question. Et c'est bien le seul atout de ce monsieur.


"Grilles gratuites bouquet de fleurs et cœur point de croix" Foutez le camps. Vous me dégoutez. Perverses.

Voilà ,j'espère vous avoir été utile. 
Les autres, obsédés de gros acabit, frustrés désespérants vous comprendrez aisément que je ne vous veuille pas ici, et donc je ne reproduirai pas vos requêtes.

Cordialement,

La taulière.

* Spéciale cassdédi à tonton.

Travelling arrière.  

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Depuis une semaine et des poussières mon père est en vacances.
Au vietnam.
Avec William, un ami.

Il nous gratifie mes soeurs et moi de mails concis et innaccentués chaque fois que ses doigts rencontrent un ordinateur.
Ca donne ça :

"J'ai fait du trekking dans la montagne c'etait bien (j'ai perdu 150 euros) (tout va bien) "

"J'ai passe deux jours à Hanoi (j'ai perdu mon telephone) (tout va bien ) "

On attend avec impatience le mail final :

"Je suis a l'aeroport (j'ai perdu William.) (tout va bien.)"

Ce n'est que le début.  

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"Somedays aren't yours at all,
They come and go
As if they're someone else's days
They come and leave you behind someone else's face
And it's harsher than yours
And colder than yours"

Regina Spektor



Il pose son verre.
Le bruit un peu sec du cristal qui claque contre la marquetterie a les accents implacables d'une lame de guillotine.
- "J'ai fini par me décider."
L'annonce est sans appel, elle aussi.

Antioche baisse la tête, comme pour accuser le coup à venir. Comme si ces deux éclats sonores et tranchants n'étaient que la répétition de l'exécution, histoire de parfaire le son du couperet final. Celui qui, après un bref silence, serait suivi du bruit du sang.

Elle sent le regard charbonneux de Mordka sur son cou. Les iris chauffent sa jugulaire, et elle, la protège inconsciemment, remontant d'un pouce maladroit et d'un index diaphane l'encolure de sa robe. En vain.

- "Je pars." conclut-il. Et pour illustrer son propos, il se lève. D'habitude, en se redressant, il prend appui sur le genoux d'Antioche, et sa main chaude et nerveuse s'attarde un instant sur la peau souvent nue. Pas cette fois.

Il ne l'embrasse pas non plus.
Il s'en va. C'est tout.

Antioche reste seule avec l'empreinte des lèvres de son amant sur un verre.

__________________________

- "Tu ne viendras pas ce soir ? "

Lull frôle d’un doigt léger le velours de la veste qu’il ne portera pas et ne répond que d’un sourire contrit.

Il arpente la pièce comme s’il la voyait pour la première fois, se penche sur les détails d’un vase, prend un bibelot, le soulève, en observe les reflet à la lumière, une moue rêveuse vient allonger ses lèvres. Il ouvre la bouche pour raconter… rien.

Elle le coupe sèchement avant même qu'il ait le temps de détourner la conversation.

- "Je sais que tu ne le fais pas exprès mais tu sembles y prendre un tel plaisir. Ca m’effraie."

Il serre les lèvres, elle voit ses yeux qui se mettent à briller, une lueur de reproche, si commune chez lui quand il la regarde qu'elle se met en colère. Elle voudrait le tuer, dans l'instant, pour oser lui assener une fois de plus ce regard culpabilisant. Malheureusement elle sait parfaitement qu'elle n'esquissera pas même un geste, que pas un cil ne bougera. Et lui sûrement ne s'en apercevra même pas. Tout occupé à sa propre détresse.
Le laissant à ses miroirs imaginaires, rêver à ses reflets, elle sort du salon et s'arrête devant une glace, une vraie, qui lui renvoie son visage terne aux yeux qui ne peuvent s'empêcher de rougir, une glace qui lui montre toute sa médiocrité sans le confortable mensonge des fards de l'imaginaire.

Elle reste là silencieuse, à regarder sans y penser vraiment les larmes qui germent sans couler à l'orée de ses cils, et ce n'est que lorsqu'il l'appelle, d'un ton qu'elle ne lui connaît pas, pas lorsqu'il dit son prénom d'habitude, qu'elle se rend enfin compte qu'il l'a suivie dans l'entrée.

-"C'est comme ça que tu prononces leurs prénoms ? " Demande-t-elle sans quitter son reflet.
-"Je ne te comprends pas."
- "C'est toujours avec cette douceur là que tu dis le prénom des gens que tu aimes ? Pas comme tu martèles le mien avec une pointe d'agacement pour parfumer chaque syllabe."
- "Aza...Tu dérailles..."
- "Voilà, comme ça, en traînant le second a dans la boue de ton mépris. Je me disais bien que ça ne pouvait pas être vrai. L'acoustique de cette entrée est désastreuse. J'y vais. Passe une bonne soirée."

Elle va poser un baiser sur sa joue, il tend à peine le cou pour accueillir les lèvres maladroites et furieuses sur la porcelaine de sa peau et elle s'en va sans se retourner, elle ne veut pas voir ses yeux.

.Sors.  

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Et puis, c'était le matin.
Le matin du jour où t'es pas né.

Je me suis levée, j'avais mal au ventre.
Tu m'étonnes.

J'ai supposé que ça foutait les boules de tuer quelqu'un, même si le quelqu'un en question c'était qu'un embryon qu'avait même pas encore un cœur, une tête, des membres ou quoi que ce soit, même si c'était juste un amas de cellules. Enfin, je t'imaginais comme ça, tu vois,  juste un tout petit tas.

Après j'ai fait ce que je faisais tout les matins, je suis allée pisser.
Assise sur les chiottes je pensais à toi et à quel point ça allait me faire mal de te foutre dehors.
Physiquement.
Paraît que ça fait mal un avortement.
Pas moralement vraiment, t'aurais fait quoi sur terre ? T'étais le fils d'un con, vraiment, ça n'aurait servi à rien,  j'aurais eu honte de te sortir gamin, j'aurais même eu honte de t'avoir en moi. Et il se serait même pas occupé de toi. De toute façon la première chose qu'il a dit pour toi, c'est "J'en veux pas" Ça doit être la première fois que j'étais d'accord avec lui d'abord. Tu vois, je pense que comme ton père t'aurais sûrement été un pauvre con.
Sexy.
Mais con.
Et puis merde, je vais te le répéter combien de fois ? T'avais rien à faire là. Rien.
J'étais sur les chiottes.
Tu sauras tout.
Je pissais en me disant que si je manquais le rendez-vous, peut-être que tu naîtrais. Je vois pas pourquoi je l'aurais manqué, le centre était à dix minutes à pied de chez moi. J'avais pris ma journée. Tout était prêt. Mais j'y pensais quand même.
Et puis je me suis demandée si tu aurais ses yeux, ou les  miens.
Et je me suis dit, mais pauvre conne, arrête de penser à ton ventre qui va se gonfler, arrête de penser aux chaussons que t'as vu hier. Arrête de penser, arrête de penser à un bébé qui bouge, à un truc qui vit. A ses doigts, qui seront forcément petits et mignons. Arrête.

Et mon ventre me faisait tellement mal, ça se contorsionnait là-dedans.
Je me suis essuyée et j'ai jeté le papier dans les chiottes, je chialais tu vois, je sais pas si c'était la douleur ou la douleur, oui l'autre douleur, celle qui est dans la tête.
Mais quand je me suis relevée, je t'ai vu. Là, au fond des chiottes.
Enfin, je t'ai pas vraiment vu. Mais sûre t'étais là devant moi. Quelque part.
Y'avait juste du sang partout sur l'émail blanc, et de gros caillots noirs.
Je suis restée là, debout, longtemps. 
C'était crade. C'était triste. C'était toi.
J'ai tiré la chasse d'eau.
Deux fois.

Et puis j'ai séché mes larmes et j'ai fait ce que je faisais tout les matins : Je suis allée me préparer un café.

Alors voilà, tu voulais savoir pourquoi t'es pas né.
Parce que tu m'as pas vraiment laissé le choix.
Tu sais ? C'est bon ?
Fais moi plaisir, maintenant.
Casse-toi.

Vraiment.

.Inaudible Melodies.  

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Après, j'ais pris la pilule du lendemain. C'était un matin cafardeux, les rideaux de mon amant cachaient mal la pluie. Je l'ai laissé là, endormi, rassurant, et je suis allée à la pharmacie.
La nana elle m'a pris une demi-heure, elle m'a dit, en gros :" Faut pas baiser sans capote."
Je voulais lui répondre "Et ta mère salope ? On m'a violé." Mais c'était pas vraiment un viol. C'est juste que j'avais oublié de dire non. Que j'avais oublié de le mordre. Que j'avais oublié ma fierté quelque part dans ma valise même pas encore déballée.

Sauf que la pilule du lendemain, elle a pas marché.
Je m'en suis pas aperçue tout de suite. Juste deux mois plus tard, je me suis dit : "Merde, je saigne pas, ça fait un bail, je sais même plus quand. "

Alors j'ai fait un test, et un autre. Il me criaient oui, oh là, t'as vu ça, quel heureux évènement !
Et je suis allée dans un endroit où on m'en a fait un troisième. Ça disait toujours oui.
Allez, jamais trois sans quatre qu'ils ne disent pas, je suis allée au centre où ils tuent des embryons. On m'a regardé dedans, dehors, dans la pisse et dans le sang. On m'a dit :  "Ben oui, y'en a un. Alors ma vieille, t'en fais quoi ? "
Moi j'ai dit : "Foutez moi ça dehors. "
Et je suis sortie, avec ma petite fiche.

Tu voulais savoir pourquoi t'es pas né ?
Parce que je suis sortie avec ma petite fiche qui disait : Mardi 13h. Parce que j'ai téléphoné à ton jamais futur père, je lui ai dit : "Hé connard t'as du pot, c'est gratuit d'avorter à mon âge, je t'aurais fait payer la note sinon."
Il m'a dit :" Ok, tu viens boire, on est au bar, je te dois bien ça. "

J'ai mis la petite fiche avec la date de ta mort dans ma poche et je suis allée fumer des clopes et boire plein de double-vodkas avec ton pas papa.

Voilà pourquoi t'es pas né.