Je monte par la porte arrière et un gars se pousse à regret pour que je puisse composter mon ticket.
C'est la dernière fois. Le bus pue la sueur et la vieille pisse. La pisse elle doit être séchée quelque part. La sueur c'est les aisselles des travailleurs pakistanais qui rentrent en ville de je ne sais où. Ou peut être qu'ils arrivent d'Athènes. Les plus chanceux n'ont pas de jeans crasseux et de chemises à gros carreaux, ils ont des costumes de chez NEXT, un blackberry dans la main gauche et il tripotent le touchpad du laptop posé sur leurs genoux de leur main droite. Ils ont des lunettes de designer, s'aspergent de Hugo Boss et mettent de la putty dans leurs cheveux. J'en ai baisé plein en Angleterre. Ou quelques uns au moins. Mais si j'avais été moins coincée des fesses je l'aurais sûrement fait. J'adore les geeks indiens. Sauf quand ils se marient en douce et me demandent après pourquoi leurs femmes les sucent pas aussi bien que moi. Qu'est ce que j'en sais franchement. Ils avaient qu'à pas épouser une vierge peut-être.
Mais aujourd'hui les indiens et les pakistanais, les sales, ou les trop propres, je m'en fous. Je finis de boire mon pack de jus multi-vitaminé et en le jettant je me rends compte que je serre encore dans ma paume une vieille gomme rose en forme de fleur qu'une de mes élèves m'a donnée avec une moue boudeuse après l'avoir repêchée sous le bureau. Un cadeau d'adieu. Symbolique, elle et sa sœur passaient la moitié de leurs cours à se latter pour cette putain de gomme. J'étais touchée.
Des gens descendent, je prends un siège et eux ils montent.
Eux, c'est des gypsies. Des sombres avec des airs asiatiques, des maintiens comme des vieux dessins d'espagnols et des fringues en vrac, sales comme des poux. Le père n'a qu'un bras, il se met sur un siège, ouvre son journal et écrase de son pouce unique la photo du visage d'un joueur de foot en le maudissant pour que ses couilles tombent et que sa belle-mère attrappe la chtouille. Je sais pas, j'invente, il l'insulte c'est tout. Son gamin le regarde faire placidement et frotte sa morve. La femme, des sœurs, des cousines ou juste des autres femmes sont montées avec, et trois gamines et Lui.
La gamine qui s'assoie près de moi à 11 ans, 12 peut-être et c'est la plus belle femme du monde. Ou si elle ne l'est pas encore, eh bien elle le sera. Elle a un top jaune poussin avec un trou à l'épaule, en dessous il y a un debarder synthétique rose et je crois que sa brassière est verte.
Elle a une jupe en jean toute courte avec une tache de suie sur la hanche gauche et des sandales en plastique rose. Elle a des jambes lisses, brunes et pleines de bleus et pas de culotte. Je le sais parce qu'elle a levé la jambe bien haut pour pouvoir monter près de moi, et maintenant elle est assise tout contre moi, les jambes ecartées avec l'innocence presque feinte de la gamine plus tout à fait gosse qu'elle est. Elle a des seins blancs, elle se penche et tout le bus la regarde et il y a un presque silence pour l'écouter parce qu'elle rit très fort. Et tous les pakistanais et même les femmes grecques avec leurs sacs de courses la regardent.
Elle a un chouchou fushia qui retient en une queue basse ses cheveux sombres striés de trois bandes rouges. Il y a ces mèches échappées qui glissent contre ses pommettes hautes et maculées de poudre rose et de saleté.
Elle montre bien à tout le bus ses dents blanches moins une molaire et si tout le monde la regarde, ses yeux bruns aux paupières effilées, eux, ne regardent qu'un seul : Lui.
Je ne sais pas qui est Lui, mais il est debout en face de nous dans toute sa simplicité. Il a vraiment l'air très simple et c'est sûrement son frère. Je me dis que ça doit être ça parce qu'il n'y a qu'un frère pour regarder une fille aussi belle de cette manière. Elle rit, alors il sourit et ses yeux s'accrochent aux épaules de sa soeur pour qu'elle ne glisse pas quand le bus cahote.
J'ai jamais eu de grand frère mais si j'en avais un je suis sûre qu'il pourrait sourire comme ça quand je ris. Je veux dire, si c'est un grand frère qui m'aime vraiment, et je le lâcherais pas des yeux non plus.
Lui il l'aime.
Tous le bus aime cette fille mais la somme au carré de tout l'amour du bus c'est même pas le quart de la racine de l'amour de ce type. Elle est entrée avec son aura, ses fringues moches et son rire et si elle disait " Je suis la reine du monde et vous êtes mes esclaves", on viendrait tous se coucher à ses pieds.
Je le ferais en tout cas.
Lui, c'est juste un grand gars tout simple. Il est beau aussi, mais il n'y a rien de profond, d'inexpliqué ou de compliqué en lui. C'est le genre de type qui marche, mange, dort, dit oui ou non et a une petite soeur. Coiffer ses longs cheveux bruns ou repasser sa chemisette bleue n'entre pas dans sa sphère de préoccupation.
Mais ça lui va très bien comme ça.
Et la fille près de moi avec son mini monde mouvant près à se jeter à ses pieds, elle regarde son frère farouchement. Et elle lui rit.
Ils sont beaux et le reste du bus vraiment on s'en fout.
Et moi je me dis que pour mes dernières heures à passer en Grèce, eh bien un peu de beauté, c'était justement tout ce que je demandais.
Et comme c'est mon arrêt, je descends du bus, et j'espère que le bus ne va jamais s'arrêter qu'il puissent continuer à se regarder.
As I was asking a friend what kind of story I could tell here, he answered he used to like the ones I was sometimes writing about people in public transportations. This one has been written on the spot, I mean, in the bus, while that unusual couple was litterally breathing each other smile. People alone are nothing, they are mostly defined by their relationships with others. You're always someone else's something. Not only the girl was special but those two were so engrossed in each other that they only seemed to be one. I really didn't want to start this serie with something ugly so I chose them. Ugliness after all is the most common aspect of public transportation, so I'll soon have a lot to tell about it.
samedi 29 août 2009
vendredi 28 août 2009
Assis dans la salle d'attente / Sitting in the waiting room
Dans :
Cohendy
- T'as envie de quoi ? je lui demande. J'ai déjà une assiette pleine de bourbon cream sur le bureau, et un verre d'amaretto à la main.
Elle a sonné chez moi, à l'improviste à une heure du matin. Alors qu'on avait fermé le bar une heure plus tôt et qu'on s'était dit au revoir à demain.
C'est mon proprio jamaïcain qui lui a ouvert. Elle me confie en montant l' escalier qu'elle le trouve trop beau, elle aime les mecs sombres et un peu enveloppés. Mais elle me dit qu'il devrait pas s'épiler le torse, elle les aime poilus aussi. Je lui réponds que je crois qu'en fait il a pas beaucoup de poils,et que je comprends pas pourquoi toutes les filles de l'est que je connais aiment les arabes poilus, et que si elle l'essaie un jour, mon proprio, faudra qu'elle me dise si Leia, la jolie nana qu'il baise des nuits entières juste au dessus de ma tête, elle simule ou si il est vraiment si fort que ça.
Jolana rigole et retire ses platform-shoes avant de s'affaler sur le bout du lit, je rattrape mon portable de justesse et je ferme la fenêtre gmail sur un e-mail que je n'enverrais pas de toute manière.
Jola se relève un instant pour me laisser passer à la tête du lit.
Ça m'éclate quand je remarque qu'on fait la même taille, mais je dis rien, elle veut tellement être grande. Alors je lui dis juste que son string dépasse. Elle dit qu'elle s'en fout.
Elle répond pas tout de suite à ma question du début. Elle frotte sa pommette, là où on voit encore même sous sa couche de maquillage et ses heures de tanning, que le mec qu'elle avait en Pologne n'était pas tendre avec elle.
- Alors ?
- Je voudrais bien une clope, un verre de vin et un café bien fort.
- J'ai pas de clopes mais on peut demander à Mo, il dort pas, il fume des joints en faisant sa muscu à cette heure-ci.
- Non, pas la peine. Je peux manger les bourbon cream ?
- Si tu veux, c'est là pour ça.Tu bois rien alors ?
- En fait pour boire, j'ai besoin d'acheter un test de grossesse et ça me fait chier de mettre 8 livres dans un verre de vin. Tu comprends ?
- Fait chier Genci, il a déjà trois gosses et il a même pas encore divorcé leur mère. Il pourrait mettre des condoms.
- Les albanais sont tellement chiants avec ça. Elle soupire pendant que je sors un test de ma trousse de toilette je lui dis qu'elle a intérêt à avoir envie de pisser et que les toilettes c'est au fond à droite, après la chambre de Liu.
Elle revient 5 minutes plus tard et me prend mon verre d'amaretto.
- C'est trop sucré. Comment tu bois ça ?
- Ça me garde éveillée quand j'écris.
- Tu les achètes où tes tests ?
- Au Poundland du Lower Precinct.
Elle rit encore, pas très fort, j'ai au moins trois colocs qui dorment la nuit quand ils ne bossent pas.
- Ils vendent que des trucs périmés.
- C'est qu'un test de grossesse, périmé ça fait quoi tu crois ?
- Ça te dit que t'étais enceinte il y a 10 mois ?
On rit trop fort cette fois et je sors un deuxième verre du tiroir de mon bureau.
Some friends remain friends even though they don't talk, don't meet, or don't communicate in any way. At least some friendships are that way. I haven't seen Jolana since I left the UK. We exchanged a few calls, she was getting married to a Indian guy I'd never met, and then I lost all my phone numbers, including hers, changed mine and she didn't own an e-mail. She was changing job and house every three months, and I wasn't doing much better. We just lost touch.
I don't miss her, we didn't really need each other like you sometimes need a particular friend, we just happened to share a similar life and our friendship was a natural development. I just hope she's fine, and happy. And I know, deep inside that if we ever meet again, we will be able to sit and talk as if we had only parted the day before.
Some bonds are easy and comfortable to handle.
Elle a sonné chez moi, à l'improviste à une heure du matin. Alors qu'on avait fermé le bar une heure plus tôt et qu'on s'était dit au revoir à demain.
C'est mon proprio jamaïcain qui lui a ouvert. Elle me confie en montant l' escalier qu'elle le trouve trop beau, elle aime les mecs sombres et un peu enveloppés. Mais elle me dit qu'il devrait pas s'épiler le torse, elle les aime poilus aussi. Je lui réponds que je crois qu'en fait il a pas beaucoup de poils,et que je comprends pas pourquoi toutes les filles de l'est que je connais aiment les arabes poilus, et que si elle l'essaie un jour, mon proprio, faudra qu'elle me dise si Leia, la jolie nana qu'il baise des nuits entières juste au dessus de ma tête, elle simule ou si il est vraiment si fort que ça.
Jolana rigole et retire ses platform-shoes avant de s'affaler sur le bout du lit, je rattrape mon portable de justesse et je ferme la fenêtre gmail sur un e-mail que je n'enverrais pas de toute manière.
Jola se relève un instant pour me laisser passer à la tête du lit.
Ça m'éclate quand je remarque qu'on fait la même taille, mais je dis rien, elle veut tellement être grande. Alors je lui dis juste que son string dépasse. Elle dit qu'elle s'en fout.
Elle répond pas tout de suite à ma question du début. Elle frotte sa pommette, là où on voit encore même sous sa couche de maquillage et ses heures de tanning, que le mec qu'elle avait en Pologne n'était pas tendre avec elle.
- Alors ?
- Je voudrais bien une clope, un verre de vin et un café bien fort.
- J'ai pas de clopes mais on peut demander à Mo, il dort pas, il fume des joints en faisant sa muscu à cette heure-ci.
- Non, pas la peine. Je peux manger les bourbon cream ?
- Si tu veux, c'est là pour ça.Tu bois rien alors ?
- En fait pour boire, j'ai besoin d'acheter un test de grossesse et ça me fait chier de mettre 8 livres dans un verre de vin. Tu comprends ?
- Fait chier Genci, il a déjà trois gosses et il a même pas encore divorcé leur mère. Il pourrait mettre des condoms.
- Les albanais sont tellement chiants avec ça. Elle soupire pendant que je sors un test de ma trousse de toilette je lui dis qu'elle a intérêt à avoir envie de pisser et que les toilettes c'est au fond à droite, après la chambre de Liu.
Elle revient 5 minutes plus tard et me prend mon verre d'amaretto.
- C'est trop sucré. Comment tu bois ça ?
- Ça me garde éveillée quand j'écris.
- Tu les achètes où tes tests ?
- Au Poundland du Lower Precinct.
Elle rit encore, pas très fort, j'ai au moins trois colocs qui dorment la nuit quand ils ne bossent pas.
- Ils vendent que des trucs périmés.
- C'est qu'un test de grossesse, périmé ça fait quoi tu crois ?
- Ça te dit que t'étais enceinte il y a 10 mois ?
On rit trop fort cette fois et je sors un deuxième verre du tiroir de mon bureau.
Some friends remain friends even though they don't talk, don't meet, or don't communicate in any way. At least some friendships are that way. I haven't seen Jolana since I left the UK. We exchanged a few calls, she was getting married to a Indian guy I'd never met, and then I lost all my phone numbers, including hers, changed mine and she didn't own an e-mail. She was changing job and house every three months, and I wasn't doing much better. We just lost touch.
I don't miss her, we didn't really need each other like you sometimes need a particular friend, we just happened to share a similar life and our friendship was a natural development. I just hope she's fine, and happy. And I know, deep inside that if we ever meet again, we will be able to sit and talk as if we had only parted the day before.
Some bonds are easy and comfortable to handle.
jeudi 27 août 2009
Retourner à l'école / Back to school
Dans :
Charlie
J'ai rêvé de mon lycée.
De mes potes, de leurs dread-locks à la bière et au miel. Du poteau au coin du mur, dont on avait peint le sommet en rouge. On avait écrit nos surnoms au blanco dessus. On était tout le temps en dessous.
J'ai rêvé de mes jeans déchirés aux deux fesses, de quand je pesais 52 kilos dont deux kilos de tresses marine et de mes pattes d'eph ramenés des US. De nous assis sous le préau, de nos mégots dans l'éternelle flaque d'eau, celle où des fois on trouvait même un couple de colverts. De Charles écrivant au gros marqueur noir A.D.I.D.A.S ( All Day I Dream About Sex) sur la cuisse de mes jeans, et Marshall Amplification sur ma trousse de cuir couleur bordeaux.
J'ai rêvé de Diego et de ses cheveux qui se touchaient pas, de Yon qu'était si petite que ses jambes étaient même pas accrochées à ses pieds. J'ai rêvé des 6 t-shirts de Jibé et des concerts de Goo, avec Bart qui me faisait pleurer quand il chantait tellement il était maigre et beau avec ses cheveux tout blonds trop courts et son drôle de rictus sur ses lèvres abimées.
J'ai rêvé des bangs, de celui qu'on appelait Bob, qui tirait trop mal parce qu'on c'était servi d'un aquarium rond et faut du souffle pour le vider en une taffe. Du prof de physique qui gueulait, mais pas trop, quand des tubes à essai disparaissaient des salles de TP.
J'ai rêvé d'Alexa, de ses yeux trop maquillés et de ses jupes trop courtes que je lui enviais. De quand on attendait les Arts-plastique pour pouvoir partager notre shit et que moi je guettais les Théâtre, pour voir Marion sortir avec son visage de porcelaine et sa dégaine de Juliette Gréco et lui demander si j'allais à son cours de théâtre avec elle le jeudi soir. J'adorais lui faire faire ses italiennes dans les coulisses, son lit trop confortable quand je dormais chez elle, dans sa chambre pleine de meubles et de lapins, sa façon de s'endormir au milieu d'une phrase et ses CDs de Divine Comedy qui tournaient le matin quand elle se poudrait.
Et je guettais Neige et Prune aussi, leurs visages pâles et olive, leur mètre 80 dans des manteaux cintrés, leur longs cheveux corbeau et leurs airs de putes vierges. Je les aimais, mais jamais, jamais, j'aurais eu envie de leur parler. Je voulais juste qu'elle soient là et qu'elle marchent, parce que c'était beau.
J'ai rêvé de tout ça, parce que Samedi je vais voir Deftones. Et je m'en fous s'ils sont nuls sur scène, s'ils ont vieilli, si Chino a grossi et si leur néo-métal ressemble à de la soupe commerciale depuis leur troisième album. Ils jouent dans la ville où je suis née. C'est comme un rêve. On me l'aurait dit y'a dix ans, Deftones, chez nous, j'aurais ri à en étouffer.
Et je me demande combien d'entre nous seront là. Et si on se regardera, Charles et moi (si il est là) et qu'on se souviendra des heures de trou dans nos emplois du temps passés chez lui à fumer des joints en jouant à Tekken, ou à jouer Deftones sur sa guitare vert pomme dessinée par Kurt Cobain.
Je me demande si Hoer sera là et si on va juste se regarder et foncer dans le tas quand ils joueront My own summer (Shove it) et si mes samedis soirs dans les bars vont ressurgir en vrai, pas comme sur du papier glacé à qui je laisse prendre la poussière dans un tiroir de mon bureau. Je me demande si j'aurais à nouveau 16 ans, et que pendant que nos cheveux humides s'emmêleront sur nos épaules, nos bras se toucheront avec tous ceux des autres. Peut -être qu'on ne fera plus qu'un avec notre adolescence et les barrières au premier rang et puis que je sortirais du pogo avec une épaule démise, un bleu à la mâchoire, la culotte toute mouillée et plus euphorique qu'après une nuit avec mon meilleur amant.
Ce serait bien.
I am often astonished at how a single song, even its mere first bar, can bring a full universe back from the cellars of your mind. Not a single event, such as "Hey darling we met on this song ! ", but the whole world as it was before, faces, voices, smells, the touch of a wall and how sex felt back then. How easily I can sink back in my highschool years, only by listening a band that we liked back then, that, is just wonderful.
Time-travelling on a bass line, that's music for you.
De mes potes, de leurs dread-locks à la bière et au miel. Du poteau au coin du mur, dont on avait peint le sommet en rouge. On avait écrit nos surnoms au blanco dessus. On était tout le temps en dessous.
J'ai rêvé de mes jeans déchirés aux deux fesses, de quand je pesais 52 kilos dont deux kilos de tresses marine et de mes pattes d'eph ramenés des US. De nous assis sous le préau, de nos mégots dans l'éternelle flaque d'eau, celle où des fois on trouvait même un couple de colverts. De Charles écrivant au gros marqueur noir A.D.I.D.A.S ( All Day I Dream About Sex) sur la cuisse de mes jeans, et Marshall Amplification sur ma trousse de cuir couleur bordeaux.
J'ai rêvé de Diego et de ses cheveux qui se touchaient pas, de Yon qu'était si petite que ses jambes étaient même pas accrochées à ses pieds. J'ai rêvé des 6 t-shirts de Jibé et des concerts de Goo, avec Bart qui me faisait pleurer quand il chantait tellement il était maigre et beau avec ses cheveux tout blonds trop courts et son drôle de rictus sur ses lèvres abimées.
J'ai rêvé des bangs, de celui qu'on appelait Bob, qui tirait trop mal parce qu'on c'était servi d'un aquarium rond et faut du souffle pour le vider en une taffe. Du prof de physique qui gueulait, mais pas trop, quand des tubes à essai disparaissaient des salles de TP.
J'ai rêvé d'Alexa, de ses yeux trop maquillés et de ses jupes trop courtes que je lui enviais. De quand on attendait les Arts-plastique pour pouvoir partager notre shit et que moi je guettais les Théâtre, pour voir Marion sortir avec son visage de porcelaine et sa dégaine de Juliette Gréco et lui demander si j'allais à son cours de théâtre avec elle le jeudi soir. J'adorais lui faire faire ses italiennes dans les coulisses, son lit trop confortable quand je dormais chez elle, dans sa chambre pleine de meubles et de lapins, sa façon de s'endormir au milieu d'une phrase et ses CDs de Divine Comedy qui tournaient le matin quand elle se poudrait.
Et je guettais Neige et Prune aussi, leurs visages pâles et olive, leur mètre 80 dans des manteaux cintrés, leur longs cheveux corbeau et leurs airs de putes vierges. Je les aimais, mais jamais, jamais, j'aurais eu envie de leur parler. Je voulais juste qu'elle soient là et qu'elle marchent, parce que c'était beau.
J'ai rêvé de tout ça, parce que Samedi je vais voir Deftones. Et je m'en fous s'ils sont nuls sur scène, s'ils ont vieilli, si Chino a grossi et si leur néo-métal ressemble à de la soupe commerciale depuis leur troisième album. Ils jouent dans la ville où je suis née. C'est comme un rêve. On me l'aurait dit y'a dix ans, Deftones, chez nous, j'aurais ri à en étouffer.
Et je me demande combien d'entre nous seront là. Et si on se regardera, Charles et moi (si il est là) et qu'on se souviendra des heures de trou dans nos emplois du temps passés chez lui à fumer des joints en jouant à Tekken, ou à jouer Deftones sur sa guitare vert pomme dessinée par Kurt Cobain.
Je me demande si Hoer sera là et si on va juste se regarder et foncer dans le tas quand ils joueront My own summer (Shove it) et si mes samedis soirs dans les bars vont ressurgir en vrai, pas comme sur du papier glacé à qui je laisse prendre la poussière dans un tiroir de mon bureau. Je me demande si j'aurais à nouveau 16 ans, et que pendant que nos cheveux humides s'emmêleront sur nos épaules, nos bras se toucheront avec tous ceux des autres. Peut -être qu'on ne fera plus qu'un avec notre adolescence et les barrières au premier rang et puis que je sortirais du pogo avec une épaule démise, un bleu à la mâchoire, la culotte toute mouillée et plus euphorique qu'après une nuit avec mon meilleur amant.
Ce serait bien.
I am often astonished at how a single song, even its mere first bar, can bring a full universe back from the cellars of your mind. Not a single event, such as "Hey darling we met on this song ! ", but the whole world as it was before, faces, voices, smells, the touch of a wall and how sex felt back then. How easily I can sink back in my highschool years, only by listening a band that we liked back then, that, is just wonderful.
Time-travelling on a bass line, that's music for you.
mercredi 26 août 2009
Complainte pour ma bite / Lament for my cock
Dans :
Cohendy
- Tu commences fort. Du sexe déjà.
- Non, j'ai pas envie de parler de sexe pour l'instant. Faut que ce soit aussi romantique qu'une balade au clair de lune.
La cafetière fait un bruit terrible. Enora remet une mèche brune derrière son oreille. Elle a des lobes que l'on pourrait mordre, avec un tout petit duvet soyeux en dessous. Elle sourit.
- Mais t'as même pas de bite.
- Mais justement ! La pauvre. Et puis ça ne te manque pas à toi ? J'adorerais savoir bander.
Enora a des seins ronds, deux lobes qui font deux bosses accueillantes sous son t-shirt pas assez décolleté. Quand elle rit, ils sautent un peu.
- Tu vois, coller ma bite contre tes seins, et frotter au travers du tissu. Ça je voudrais bien savoir comment ça fait.
- T'avais dit que tu ne parlerais pas de sexe. Pourquoi t'explique pas plutôt. Le titre, la démarche.
- Pour quoi faire ? Pour leur dire que j'ai pété un plomb, que j'avais plus envie d'être une pute, et puis que finalement j'ai réfléchi et qu'on s'en fout ce que je peux bien raconter, je peux qu'écrire, je sais faire que ça. Mais qu'il fallait trouver un compromis avec ma conscience. Beau discours. Dans 10 jours j'aurais changé d'avis. Je me refais pas, j'ai arrêté d'essayer. Je limite la casse c'est tout.
- Et le titre ?
- Tu veux que je leur dise ça aussi ? Que Jim Morrison, c'est mon Brautigan, mon Bukowski, mon rêve américain de pacotille à moi ? Que chaque matin, j'ouvre les yeux et avant d'aller pisser je secoue les rêves de mes cheveux. Que ses délires sous peyotl ont bercé mon adolescence au point que je m'en sers comme prière, parce que ça vaut aussi bien qu'un blabla en latin et puis je comprends mieux ce que ça dit. Tu sais ce type se prenait pour Alexandre Le Grand, il penchait la tête de côté, pareil. Et il n'était pas beaucoup plus grand que lui en fait. Je sais pas pourquoi sur les posters ils lui mettent une couronne d'épines. C'était pas un martyr, il portait des pantalons en cuir de poulain mort-né en l'honneur de Marlon Brando et il est mort dans son vomi.
- Je croyais qu'il avait fait une crise cardiaque dans sa baignoire.
- C'est la version officielle, elle en vaut une autre. L'autre c'est qu'il a fait un OD ou un coma dans les chiottes du café Alexandre à Paris. Et que c'est pas sa copine Paméla qui l'a trouvé, tout beau, tout mort, tout propre, un sourire angélique sur les lèvres dans l'eau glacée de l'antique baignoire à pieds d'un cossu meublé parisien.
Le café est prêt. La moitié prête à lécher sur le plan de travail, foutue cafetière qui verse mal.
La voix d'Enora rigolarde au salon :
- J'adorerais ouvrir la porte des gogues du Café de Flore et trouver Beigbeder les bras en croix sur le carrelage, avec encore un billet de 500 tout poudré carré dans sa narine gauche. Ca me ferait un super truc à raconter.
- Mais pour ça faudrait que t'ai une bite, pour rentrer dans les chiottes des mecs sans te faire alpaguer.
Maintenant il y a une tache sur le canapé. Même les tasses ici se boivent mal. Enora soupire, elle a un petit poil noir sur son menton si blanc et lisse. Un qui donne envie qu'on l'arrache pour poser ensuite un baiser sur la marque rouge qu'on a laissé.
- En fait tous les trucs biens se passent toujours dans les toilettes pour hommes des cafés.
- Ouais. Remarque, les filles vomissent aussi dans les toilettes des cafés.
- Mais elles le font exprès. Ça manque de charme.
Swearing things is useless. Kept promises have rarely been heard of. One keeps bending the truth, the rules and the reality in order to keep it about straight, but that's all there is to it. Even those ones sworn right in the face of the vacuum, the ones with nothing tied to it, they're never really fullfilled. So here goes the second round. No expectations please. One might just manage to keep it warm and palatable for a while before falling back to the old bad habits.
- Non, j'ai pas envie de parler de sexe pour l'instant. Faut que ce soit aussi romantique qu'une balade au clair de lune.
La cafetière fait un bruit terrible. Enora remet une mèche brune derrière son oreille. Elle a des lobes que l'on pourrait mordre, avec un tout petit duvet soyeux en dessous. Elle sourit.
- Mais t'as même pas de bite.
- Mais justement ! La pauvre. Et puis ça ne te manque pas à toi ? J'adorerais savoir bander.
Enora a des seins ronds, deux lobes qui font deux bosses accueillantes sous son t-shirt pas assez décolleté. Quand elle rit, ils sautent un peu.
- Tu vois, coller ma bite contre tes seins, et frotter au travers du tissu. Ça je voudrais bien savoir comment ça fait.
- T'avais dit que tu ne parlerais pas de sexe. Pourquoi t'explique pas plutôt. Le titre, la démarche.
- Pour quoi faire ? Pour leur dire que j'ai pété un plomb, que j'avais plus envie d'être une pute, et puis que finalement j'ai réfléchi et qu'on s'en fout ce que je peux bien raconter, je peux qu'écrire, je sais faire que ça. Mais qu'il fallait trouver un compromis avec ma conscience. Beau discours. Dans 10 jours j'aurais changé d'avis. Je me refais pas, j'ai arrêté d'essayer. Je limite la casse c'est tout.
- Et le titre ?
- Tu veux que je leur dise ça aussi ? Que Jim Morrison, c'est mon Brautigan, mon Bukowski, mon rêve américain de pacotille à moi ? Que chaque matin, j'ouvre les yeux et avant d'aller pisser je secoue les rêves de mes cheveux. Que ses délires sous peyotl ont bercé mon adolescence au point que je m'en sers comme prière, parce que ça vaut aussi bien qu'un blabla en latin et puis je comprends mieux ce que ça dit. Tu sais ce type se prenait pour Alexandre Le Grand, il penchait la tête de côté, pareil. Et il n'était pas beaucoup plus grand que lui en fait. Je sais pas pourquoi sur les posters ils lui mettent une couronne d'épines. C'était pas un martyr, il portait des pantalons en cuir de poulain mort-né en l'honneur de Marlon Brando et il est mort dans son vomi.
- Je croyais qu'il avait fait une crise cardiaque dans sa baignoire.
- C'est la version officielle, elle en vaut une autre. L'autre c'est qu'il a fait un OD ou un coma dans les chiottes du café Alexandre à Paris. Et que c'est pas sa copine Paméla qui l'a trouvé, tout beau, tout mort, tout propre, un sourire angélique sur les lèvres dans l'eau glacée de l'antique baignoire à pieds d'un cossu meublé parisien.
Le café est prêt. La moitié prête à lécher sur le plan de travail, foutue cafetière qui verse mal.
La voix d'Enora rigolarde au salon :
- J'adorerais ouvrir la porte des gogues du Café de Flore et trouver Beigbeder les bras en croix sur le carrelage, avec encore un billet de 500 tout poudré carré dans sa narine gauche. Ca me ferait un super truc à raconter.
- Mais pour ça faudrait que t'ai une bite, pour rentrer dans les chiottes des mecs sans te faire alpaguer.
Maintenant il y a une tache sur le canapé. Même les tasses ici se boivent mal. Enora soupire, elle a un petit poil noir sur son menton si blanc et lisse. Un qui donne envie qu'on l'arrache pour poser ensuite un baiser sur la marque rouge qu'on a laissé.
- En fait tous les trucs biens se passent toujours dans les toilettes pour hommes des cafés.
- Ouais. Remarque, les filles vomissent aussi dans les toilettes des cafés.
- Mais elles le font exprès. Ça manque de charme.
AwakeJim Morisson /Arden Lointain
Shake dreams from your hair
My pretty child, my sweet one.
Choose the day and choose the sign of your day
The day's divinity
First thing you see.
Come, for all the world lies hushed and fallen
Green ships dangle on the surface of the ocean
And skybirds glide smugly along the planes
Gaunt crippled houses strangle the cliffs
In the cities a hum of life starting,
Now come.
Swearing things is useless. Kept promises have rarely been heard of. One keeps bending the truth, the rules and the reality in order to keep it about straight, but that's all there is to it. Even those ones sworn right in the face of the vacuum, the ones with nothing tied to it, they're never really fullfilled. So here goes the second round. No expectations please. One might just manage to keep it warm and palatable for a while before falling back to the old bad habits.
mercredi 12 août 2009
Tu vas pas mourir de rire.
Dans :
Cohendy
Je marchais parmi les ombres.
T'as déjà vu des ombres ?
Elles sont sur le sol les ombres, bas, bas comme la terre. Je pouvais les piétiner.
Même ton caveau les surplombait.
Tu récoltes ce que tu sèmes.
J'espère que tu as aimé les fleurs de la discorde qu'ils ont déposées, une à une, sur ton cercueil.
Ils se battaient presque tu sais, pour être les premiers.
Quand j'ai fait le signe de croix par dessus ton corps, j'ai eu un pincement au cœur et mes yeux m'ont piqués.
Pas pour toi.
Pour des yeux bleus comme les miens que je voyais là en face d'où j'étais, qui eux, étaient pleins de larmes.
Sincères, les larmes.
Et des larmes dans ses yeux, à lui, ça me rend triste.
Les autres, pas lui, pas tous non plus, je suis pas chienne, je les mets pas tous dans le même sac. Mais les autres, les vieux, finalement ne pleuraient que pour eux-même.
J'ai piétiné leurs ombres au cimetière.
Elles se déchiraient sous le soleil, entre les pierres tombales.
Comme la famille que tu as laissé.
Qui sème la haine récolte des funérailles au goût de sang.
Ça pue la haine, tu sais. Ça s'insinue, et ça se colle sous tes vêtements.
Ça s'agglutine, les vieilles rancœurs, tu sais, ça moisit. Ça monte comme une levure trop vieille.
Inutilisable.
C'était pas tout de ta faute. Je sais.
Mais tu aimais tellement souffler sur les braises.
Heureusement, tu vois, c'est pas à moi qu'ils ont demandé d'écrire l'oraison.
Tu méritais quand même pas ça.
Ca y est. C'est bon. Je pleure.
Mais pas pour toi.
Non.
Pas pour toi.
Et pas de haine en moi.
T'as déjà vu des ombres ?
Elles sont sur le sol les ombres, bas, bas comme la terre. Je pouvais les piétiner.
Même ton caveau les surplombait.
Tu récoltes ce que tu sèmes.
J'espère que tu as aimé les fleurs de la discorde qu'ils ont déposées, une à une, sur ton cercueil.
Ils se battaient presque tu sais, pour être les premiers.
Quand j'ai fait le signe de croix par dessus ton corps, j'ai eu un pincement au cœur et mes yeux m'ont piqués.
Pas pour toi.
Pour des yeux bleus comme les miens que je voyais là en face d'où j'étais, qui eux, étaient pleins de larmes.
Sincères, les larmes.
Et des larmes dans ses yeux, à lui, ça me rend triste.
Les autres, pas lui, pas tous non plus, je suis pas chienne, je les mets pas tous dans le même sac. Mais les autres, les vieux, finalement ne pleuraient que pour eux-même.
J'ai piétiné leurs ombres au cimetière.
Elles se déchiraient sous le soleil, entre les pierres tombales.
Comme la famille que tu as laissé.
Qui sème la haine récolte des funérailles au goût de sang.
Ça pue la haine, tu sais. Ça s'insinue, et ça se colle sous tes vêtements.
Ça s'agglutine, les vieilles rancœurs, tu sais, ça moisit. Ça monte comme une levure trop vieille.
Inutilisable.
C'était pas tout de ta faute. Je sais.
Mais tu aimais tellement souffler sur les braises.
Heureusement, tu vois, c'est pas à moi qu'ils ont demandé d'écrire l'oraison.
Tu méritais quand même pas ça.
Ca y est. C'est bon. Je pleure.
Mais pas pour toi.
Non.
Pas pour toi.
Et pas de haine en moi.
Je lave la boue, c'est tout.
Ite, missa est.
vendredi 7 août 2009
Comme on est loin.
Dans :
Cohendy
J'ai téléphoné à ma mère.
J'ai dit :" C'est fini. Ta mère est morte."
Elle m'a dit : "Je sais, mon frère m'a appelé. "
On a un peu parlé. Des navets du jardin, ceux que j'ai ramassés ce matin et ceux qui restent. Et si j'avais déjà prévu d'aller manger avec les voisins. Non, j'ai pas eu vraiment le temps. Et elle m'a dit, tu restera près de untel pendant l'enterrement, il en aura besoin. J'ai dit oui. Je serais là. Je l'ai laissée sur son île. Là où est sa place. Elle a raccroché en me disant : "Bon courage. Je ne sais pas quoi te dire. "
J'ai dit :" Tu sais, c'est un peu pareil. C'est surtout pour les autres. "
Mes sœurs sont à Rome. Loin de tout ça. Je ne leur téléphonerais pas.
J'ai eu ma cousine en larme de l'hôpital. Elle a hoqueté "c'est fini". J'ai dit "d'accord. Je vais le dire."
J'ai réveillé ma tante, nos mains se sont serrées quand elle est partie les rejoindre.
J'ai serré mon autre cousine, la plus jeune, trop jeune pour y aller, dans mes bras, pis j'ai dit une connerie. Elle a pouffé. Ca allait mieux, elle allait renifler sur mon t-shirt.
Il sont là-bas. Tous.
Je suis là.
Au château, je fais rigoler ma cousine et ses copines, j'épuise ma réserve annuelle de conneries. Ca ne me demande pas grand effort.
Le soleil brille et j'ai à faire. Du linge à repassser, laver le sol, éplucher les navets.
Il y en a tant.
Je n'ai pas versé une larme.
Et je sais que je ne pleurerais pas.
Je suppose que lundi. Si c'est lundi. Je serais juste encore et toujours ça.
L'épaule.
Inébranlable.
Monstrueuse d'indifférence à leur yeux.
Au cimetière.
C'était déjà comme ça la dernière fois.
Un jour moi aussi je m'effondrerai. En larme. Terrassée de chagrin. Avec un cœur en lambeaux. Je le sais. Mes amours et mes aimés, ne sont pas immortels.
Mais dans longtemps.
S'il vous plaît.
J'ai dit :" C'est fini. Ta mère est morte."
Elle m'a dit : "Je sais, mon frère m'a appelé. "
On a un peu parlé. Des navets du jardin, ceux que j'ai ramassés ce matin et ceux qui restent. Et si j'avais déjà prévu d'aller manger avec les voisins. Non, j'ai pas eu vraiment le temps. Et elle m'a dit, tu restera près de untel pendant l'enterrement, il en aura besoin. J'ai dit oui. Je serais là. Je l'ai laissée sur son île. Là où est sa place. Elle a raccroché en me disant : "Bon courage. Je ne sais pas quoi te dire. "
J'ai dit :" Tu sais, c'est un peu pareil. C'est surtout pour les autres. "
Mes sœurs sont à Rome. Loin de tout ça. Je ne leur téléphonerais pas.
J'ai eu ma cousine en larme de l'hôpital. Elle a hoqueté "c'est fini". J'ai dit "d'accord. Je vais le dire."
J'ai réveillé ma tante, nos mains se sont serrées quand elle est partie les rejoindre.
J'ai serré mon autre cousine, la plus jeune, trop jeune pour y aller, dans mes bras, pis j'ai dit une connerie. Elle a pouffé. Ca allait mieux, elle allait renifler sur mon t-shirt.
Il sont là-bas. Tous.
Je suis là.
Au château, je fais rigoler ma cousine et ses copines, j'épuise ma réserve annuelle de conneries. Ca ne me demande pas grand effort.
Le soleil brille et j'ai à faire. Du linge à repassser, laver le sol, éplucher les navets.
Il y en a tant.
Je n'ai pas versé une larme.
Et je sais que je ne pleurerais pas.
Je suppose que lundi. Si c'est lundi. Je serais juste encore et toujours ça.
L'épaule.
Inébranlable.
Monstrueuse d'indifférence à leur yeux.
Au cimetière.
C'était déjà comme ça la dernière fois.
Un jour moi aussi je m'effondrerai. En larme. Terrassée de chagrin. Avec un cœur en lambeaux. Je le sais. Mes amours et mes aimés, ne sont pas immortels.
Mais dans longtemps.
S'il vous plaît.
jeudi 6 août 2009
Devoir d'amnésie.
Dans :
Cohendy
Ma grand-mère se meurt.
Au moment où j'écris, elle n'en a plus que pour quelques heures. Minutes peut-être.
Elle agonise depuis plusieurs semaines déjà, ce n'est donc en rien une surprise. La famille y est. Sa famille. Ma mère, mes sœurs, nous, n'y avons plus notre place depuis bien longtemps.
Je ne ressens aucune tristesse particulière à l'idée de la mort de cette femme qui depuis presque douze ans n'était déjà plus qu'un nom au détour d'une conversation.
Mes sœurs, plus jeunes l'appellent par son prénom et son nom de famille quand notre autre grand mère "la vraie", a juste un Mamie accolé à son prénom.
Ma dernière visite, de courtoisie, il y a 4 ans s'est soldée par un billet lapidaire de ma grand-mère à ma mère.
Tout ça pour ça. Pour s'entendre dire que nous n'existons pas.
J'ai jeté l'éponge.
Je pourrais dire bien fait. En fait. Par pure solidarité filiale.
Mais je n'ai ni haine ni rancune. Juste ce front d'indifférence totale que je présente aux gens qui n'ont rien d'autre à m'offrir que haine et le mépris.
Je ne m'embarrasse que rarement de ces sentiments, ils filent des ulcères.
Je ne suis pas triste donc.
Pas pour elle.
Par contre la voix serrée de ma cousine, le ton résigné de mon oncle au téléphone, eux qui avaient droit, dans une certaine mesure à son amour et le lui rendaient. Ca, ca m'a mis une boule au coeur.
Je ne sais pas pleurer mes morts mais je sais pleurer les vivants qui pleurent leurs morts.
J'espère que ça excuse le fait qu'à l'inverse de ma ribambelle de cousins oncles et tantes, je sois devant l'ordinateur au Château, et pas à l'hôpital pour lui rendre un dernier hommage de son vivant.
Ombre d'une ombre que je n'ai jamais vraiment connu.
C'aurait été vain.
Et hypocrite.
J'irais à l'enterrement.
Au moment où j'écris, elle n'en a plus que pour quelques heures. Minutes peut-être.
Elle agonise depuis plusieurs semaines déjà, ce n'est donc en rien une surprise. La famille y est. Sa famille. Ma mère, mes sœurs, nous, n'y avons plus notre place depuis bien longtemps.
Je ne ressens aucune tristesse particulière à l'idée de la mort de cette femme qui depuis presque douze ans n'était déjà plus qu'un nom au détour d'une conversation.
Mes sœurs, plus jeunes l'appellent par son prénom et son nom de famille quand notre autre grand mère "la vraie", a juste un Mamie accolé à son prénom.
Ma dernière visite, de courtoisie, il y a 4 ans s'est soldée par un billet lapidaire de ma grand-mère à ma mère.
Tout ça pour ça. Pour s'entendre dire que nous n'existons pas.
J'ai jeté l'éponge.
Je pourrais dire bien fait. En fait. Par pure solidarité filiale.
Mais je n'ai ni haine ni rancune. Juste ce front d'indifférence totale que je présente aux gens qui n'ont rien d'autre à m'offrir que haine et le mépris.
Je ne m'embarrasse que rarement de ces sentiments, ils filent des ulcères.
Je ne suis pas triste donc.
Pas pour elle.
Par contre la voix serrée de ma cousine, le ton résigné de mon oncle au téléphone, eux qui avaient droit, dans une certaine mesure à son amour et le lui rendaient. Ca, ca m'a mis une boule au coeur.
Je ne sais pas pleurer mes morts mais je sais pleurer les vivants qui pleurent leurs morts.
J'espère que ça excuse le fait qu'à l'inverse de ma ribambelle de cousins oncles et tantes, je sois devant l'ordinateur au Château, et pas à l'hôpital pour lui rendre un dernier hommage de son vivant.
Ombre d'une ombre que je n'ai jamais vraiment connu.
C'aurait été vain.
Et hypocrite.
J'irais à l'enterrement.
lundi 3 août 2009
.Florentin.
Dans :
Pygmallions
J'ai entouré ton prénom d'un cercle noir car il me semblait si beau.Je voulais lui donner un visage, le poser dans une histoire, plus tard.
Elle m'a regardé en souriant.
Quelle coïncidence ! J'en connais un qui s'appelle comme ça. Elle m'a montré ta photo.
Je me souviens de la date.
Le 21 janvier.
Sa table était couverte de rayures noires, et tu sortais de ta baignoire sur le Polaroïd collé dans son agenda.
Elle m'a dit que tu t'appelais comme ça, toi avec tes cheveux noirs sur la photo et une bouche sans sourire. Elle m'a écrit un texte sur l'anorexie, qui parlait de haricots ou de salade, je ne sais plus. Mais je l'ai encore.
Parce qu'il disait : "Je n'ai plus faim."
Ensuite, elle est allée se suicider dans les toilettes du bâtiment L.
Pendant la pause de midi.
A 13 heures, elle était revenue de l'infirmerie.
Le vieux prof de latin, attendrissant de maladresse, lui a dit : "Charl', si vous avez besoin de quoi que ce soit."
J'ai murmuré "Des bandages propres. Peut être." en regardant les poignets souillés de ma voisine.
Elle a rigolé bizarre, elle m'a dit : "T'es conne quand tu t'y mets, mais c'est sympa de me parler comme si c'était normal."
Elle a repris ses rayures noires.
J'ai écouté le cours. Ce jour là, devant le tableau, le vieux professeur de latin dansait sur ses hexamètres dactyliques.
A la fin de l'heure, les rayures de la table formaient ton visage et Charl' a ouvert son agenda, ton prénom y était barré de sang frais.
J'ai vu Charl' hier, tu sais. Elle ne m'a pas vu. Pas reconnue peut être. Ce n'est pas grave, je n'avais pas grand chose de commun avec elle.
Juste un amour perdu. Même pas exprès.
Elle avait l'air d'aller bien.
Comme moi finalement.
Tout va bien.
Je me demande seulement si comme moi à Chucker, elle te parle encore au présent.
Elle m'a regardé en souriant.
Quelle coïncidence ! J'en connais un qui s'appelle comme ça. Elle m'a montré ta photo.
Je me souviens de la date.
Le 21 janvier.
Sa table était couverte de rayures noires, et tu sortais de ta baignoire sur le Polaroïd collé dans son agenda.
Elle m'a dit que tu t'appelais comme ça, toi avec tes cheveux noirs sur la photo et une bouche sans sourire. Elle m'a écrit un texte sur l'anorexie, qui parlait de haricots ou de salade, je ne sais plus. Mais je l'ai encore.
Parce qu'il disait : "Je n'ai plus faim."
Ensuite, elle est allée se suicider dans les toilettes du bâtiment L.
Pendant la pause de midi.
A 13 heures, elle était revenue de l'infirmerie.
Le vieux prof de latin, attendrissant de maladresse, lui a dit : "Charl', si vous avez besoin de quoi que ce soit."
J'ai murmuré "Des bandages propres. Peut être." en regardant les poignets souillés de ma voisine.
Elle a rigolé bizarre, elle m'a dit : "T'es conne quand tu t'y mets, mais c'est sympa de me parler comme si c'était normal."
Elle a repris ses rayures noires.
J'ai écouté le cours. Ce jour là, devant le tableau, le vieux professeur de latin dansait sur ses hexamètres dactyliques.
A la fin de l'heure, les rayures de la table formaient ton visage et Charl' a ouvert son agenda, ton prénom y était barré de sang frais.
J'ai vu Charl' hier, tu sais. Elle ne m'a pas vu. Pas reconnue peut être. Ce n'est pas grave, je n'avais pas grand chose de commun avec elle.
Juste un amour perdu. Même pas exprès.
Elle avait l'air d'aller bien.
Comme moi finalement.
Tout va bien.
Je me demande seulement si comme moi à Chucker, elle te parle encore au présent.
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