mardi 29 septembre 2009

Status quo.

- Tu mens !
Elle sourit étrange.
Ça ne dérange pas Duncan, il aime les gens qui sourient étrange. Même ceux qui sourient bizarre, ou amer. C'est toujours mieux qu'un sourire plat et faux.
- Je ne mens jamais.
- Alors tu ne mens pas quand... Duncan hésite.
- Quand ?
- Quand tu dis que tu me hais par exemple.
Elle rit. Avec des morceaux de dents qui brillent au milieu de ses éclats.
Duncan s'accroche à la commissure de ses lèvres et désespère.
- Non, je le pense sincèrement.
- Et donc... Tu ne mens pas non plus quand 10 secondes après tu t'accroches à mon cou en me disant que tu m'aimes.
Sasmira se tait, attrape la main de Duncan, il la laisse faire avec un haussement d'épaules, elle examine sa paume comme une relique précieuse et la délaisse aussi brutalement qu'elle l'a prise.
- Pourquoi je mentirais pour quelque chose d'aussi vrai ?
- Tu crois vraiment qu'on peut faire les deux à la fois ?
- Je te hais pour ce que tu n'as pas été pour moi. Je te hais parce que tu ne m'aimes pas et que tu ne me serres jamais dans tes bras.
- Et...
Elle prend le temps de mâchonner l'extrémité d'une boucle noire.
- On a les même cheveux, remarque-t-elle.
- Sassie.
- Tu es beau.
- Pardon ?
- Tu es beau. Dedans. Alors c'est pas très grave finalement... Tu peux juste aimer d'autres gens, ce sera bien. Pour eux.
Duncan attend. Sasmira semble avoir oublié qu'elle parlait.
Et puis :
- Je t'aime parce que je n'ai pas le choix. C'est écrit. Là.
Elle montre son cœur d'un geste frileux.
- Parce que je suis ton frère ?
Le visage de Sasmira n'est plus rien.
Elle regarde derrière lui maintenant.
- Duncan. Je ne sais pas quoi faire de toi.

Duncan imite très bien le sourire étrange de Sasmira.


And now that they've got their original names back, I just wonder how they're gonna end up. 

Don't mind me, I'm just thinking aloud about what's coming next.

vendredi 25 septembre 2009

Andrew F. si tu lis ceci.

Andrew ne s'asseyait jamais.
C'était le comptoir ou rien.
Des fois, il se mettait à quatre pattes, mais c'était pour raconter quelque chose.
Comme une histoire où un type rampait.

Je commence du début peut-être ?

Au début j'étais assise à l'unique ordinateur de l'école de langue et de soutien scolaire où je faisais mon stage de fin d'année de DUT en Gestion des entreprises et des administrations.
C'était à Reims.
J'en étais à mon deuxième jour et j'étais fortement occupée à essayer de trier les modèles de factures élaboré par les 17 générations de stagiaires plus ou moins doués qui m'avaient précédées. C'était une petite école et le directeur, pharmacien de son état et plus inspiré dans le diagnostic des problèmes d'écoutes et de captation des fréquences de la langue russe chez ses pat...pardon clients, avait depuis longtemps renoncé à engager un/e assistant/e de direction-secrétaire
administratif/ve- comptable- commercial/e- horairiste.

Endroit idéal pour se faire les dents si on a une once d'esprit d'initiative.
A la fin de mon stage, moi et la stagiaire que j'avais eu une semaine pour former et qui devait me remplacer pour 6 mois avions même eu le temps de ranger la salle des archives, retrouvant un certain nombres de lettres d'amour de femmes vraisemblablement très bourgeoises et encore plus désœuvrées, datant parfois des années septante et adressées à notre bien-aimé patron. On avait aussi refait le  design des prospectus, ils ressemblaient vraiment trop à des tracts pour des cours de catéchismes

Je m'égare.

Retournons à Andrew.

Je pestais tranquillement sur mon ordi en appuyant comme une furieuse sur "supprimer" quand je vis un mince truc noir et blanc apparaître du côté gauche de mon champs de vision (l'entrée du bureau donc).
- Ah ! encore une nouvelle. T'as intérêt à être moins neuneu que la dernière. Ce qu'elle était conne celle-là. Il est là l'autre ?
Je me tournais vers le grossier individu, avec mon air hébété habituel. Celui avec les  sourcils qui remontent et la bouche qui part sur la droite.
- Bonjour Monsieur. Quel autre ?
- Bon c'est pas gagné, a soupiré l'hurluberlu et il a tourné sèchement les talons sans rien ajouter de plus.

Je me suis remise à mes factures en me demandant si je devais lui courir après et puis je me suis dit que si il était entré sans sonner, ça devait être un habitué.
53 secondes plus tard il revenait.
- Tu parle anglais  ?
- Oui.
- Bon, parle pas, je te crois, je suis le prof d'anglais, j'ai un cours dans 10 minutes, débutant, ça me fait chier, j'aime pas les débutants. Prépare-le pour moi. 1 heure. Je suis dans la salle.
Il m'a posé la fiche de suivi de l'élève sur la photocopieuse et est reparti
- Ah.
C'est vrai j'avais que ça à foutre. En  même temps comme j'avais que 10 minutes avant l'arrivée de l'élève.

7 minutes plus tard je lui apportais texte et exercices nécessaires pour tenir une heure, enfin, j'espérais. Les cours d'habitude, je les prenais.
- Je m'appelle Andrew. Il faut que tu m'appelle au moins 15 minutes avant tous mes cours sinon j'oublie, m'a -t-il prévenu en guise de remerciement pour ma promptitude.
- OK.
- Tu peux sourire tu sais, il m'a dit.
J'avais pas super envie.

J'ai assez vite compris qu'il fallait l'appeler une bonne demi-heure avant, qu'il se réveille le matin, et qu'il finisse son verre l'après midi.

La deuxième fois que je l'ai vu il a été plus sympa. Et je me suis assez vite attachée à ce type, à son long corps efflanqué toujours en mouvement, à sa petite cinquantaine qui lui avait buriné la figure à coup de fines ridules, à ses yeux trop bleus sous sa manne de long cheveux gris, qui se mouillaient pour un oui, pour un non, surtout quand il parlait de films et j'aimais bien son grand pardessus noir.

Si on sortait du boulot en même temps je m'arrêtais avec lui à son bar favori et debout au comptoir, il me parlait de films qu'il avait vu, décrivait les scènes d'amour à grands mouvements de bras, il enlaçait avec emphase une héroïne imaginaire et toute soumise à son étreinte. Il me faisait sourire à n'en plus pouvoir.

Les tauliers du bistro l'appelaient l'anglais ce qui était faux puisqu'il était écossais, et lui jetaient parfois des regards désespérés, quand trop pris d'alcool et d'émotion il se mettait à genoux pour déclamer un truc.
J'adorais.
On parlait de sérial killers, je me souviens, presque avec émotion, de la fois où il m'a parlé de celui qui tuait des gens et les gardait bien vidés et bien morts chez lui. Dans sa maison au milieu du désert. Il les sortait le soir, tout séchés par la chaleur, et il les asseyait sur sa terrasse, lui au milieu dans son rockin' chair et il leur parlait, il leur disait à ses amis-momies, à quel point il les aimait.
Je ne sais plus pourquoi on en était venu à parler de lui, une nouvelle de Poe, ou Maupassant, ou un autre, je ne sais plus, l'histoire d'un type qui en tue un autre et le cache sous le plancher et chaque nuit il entend le coeur du mort qui bat , chaque fois un peu plus fort, jusqu'à ce qu'il devienne fou de remords. Persuadé que tout le monde peu aussi l'entendre.

Bref...

J'aimais passer du temps avec Andrew, et il avait l'air de bien vouloir de ma compagnie. Des fois après mon stage on se rencontrait dans la rue, ou je passais à ses heures habituelles devant le café. On se promenait, on buvait un truc et il me disait, à chaque fois, je veux écrire un truc tu sais, je sais écrire. Et il m'expliquait avec des geste plus doux, comme des caresses sur les courbes de l'air : ce sera quelque chose de beau , très beau, avec de l'amour et des phrases simples, un texte limpide, quelque chose de pur. Pas un mot de trop, tu vois ce que je veux dire ?
Je voyais parfaitement, il le dessinait avec chacun des ses doigts et l'avait gravé dans ses iris.
Je lui demandais, à chaque fois : "Et pourquoi tu le fais pas?".
Et il me répondait que quelque part ça lui faisait peur, de savoir que ça ne serait peut-être jamais édité, qu'on puisse lui dire que c'était mauvais, et qu'il préférait le garder en rêve.
Je trouvais que c'était dommage, parce que s'il écrivait aussi bien qu'il racontait, s'il arrivait à remettre dans ses mots les gestes de ses mains, les soubresauts de son corps, les intonations de sa voix un peu rocailleuse, et un peu de son ivresse, alors il ferait forcément quelque chose de somptueux.

Et puis je suis partie, en Angleterre, et lui est resté, bien sûr, il était là depuis trente ans, enraciné.

Je n'avais pas son adresse, j'ai jamais osé l'appeler, je n'étais qu'une stagiaire de plus. Peut-être un peu moins conne que les autres sur son échelle de notation des stagiaires, mais une stagiaire quand même.

Je l'ai croisé, à mon premier retour, dans la rue, on est presque tombé dans les bras l'un de l'autre, on avait pas le temps, on s'est promis un verre qu'on a jamais pu prendre.
Et je ne l'ai jamais revu.

Chaque fois que je vais à Reims je repasse devant ce bistro de la place Royale, j'espère le voir, debout au bar, en train de parler à la stagiaire, les yeux brillants et les mains qui s'envolent, j'ai jamais osé rentrer pour savoir ce qu'il est devenu, j'ai jamais osé téléphoner à l'école pour demander au patron ce qu'il en avait fait.

Un jour, j'aimerais bien le revoir, Andrew, ne serait-ce que pour savoir s'il a fini par l'écrire, son beau roman d'amour avec des phrases courtes et des mots qui coulent comme les larmes le faisaient parfois sur les rides de ses joues.

La mort dans l'âme, les doigts dans le nez.


Je suis parfaitement éveillée.

Il est 23h30.

C'est assez désespérant.

En me traînant jusqu'à mon lit il y a deux heures de cela, j'espérais ne pas quitter la cotonneuse torpeur entretenue à grand coups de tisane aux herbes et de doliprane toute la journée.

Que nenni, un violent état de lucidité parfaite est venu me frapper les tempes de plein fouet. Me forçant à me relever et à faire quelque chose, n'importe quoi euh, écrire tiens, pour changer...

Je devrais être heureuse, remarquez, ça signifie la fin de la gueule de bois somme toute disproportionnée en comparaison de la quantité d'alcool ingurgitée hier (oui oui, commencer par de la bière enchaîner sur un whisky fumé et terminer au vin de sureau c'était peut-être pas ce qu'il y avait de plus malin à faire, mais quand il faut, il faut, y'a pas à ergoter)

Cette même gueule de bois qui m'a tirée du lit avant 8 heures ce matin avec force de tiraillements d'estomac et de gongs tibétains résonnant dans l'oreille interne pour me traîner avec une célérité toute relative jusqu'à mes toilettes où j'ai joyeusement dégobillé. (je vous décris où vous vous faites une petite idée vous-même?  )
Ce qui ne m'était pas arrivé , ou peut être une fois, je sais plus, depuis mon départ de Grèce.(Vomir, pas la cuite, c'est au moins la troisième)

Désincarcérant ma tête de la cuvette des chiottes, étonnamment, sans requérir l'assistance des petites grues dont les ouvriers se servent actuellement pour démolir le toit du bâtiment faisant face du Taudis, je me suis traînée jusqu'au sofa dont je n'ai bougé mes fesses que pour prendre un bain (hygiénique certes, mais pas curatif)  manger un peu (exercice périlleux auquel j'ai assez vite renoncé) et aller faire pipi (je suis une fille, ça m'arrive plein de fois dans la journée). Mon mari s'occupant de l'intendance, de la confection des tisanes et s'abstenant avec délicatesse de m'interroger sur l'origine de mon état déliquescent.

Il sait  très bien que même en le lui expliquant patiemment et en anglais, langue que nous maîtrisons tous les deux, il n'aurait pas compris ce qui m'avait poussé hier à me démonter joyeusement la tête. Le gouffre culturel, la différence d'âge et sûrement une éducation différente font que des fois, j'ai l'impression de parler en Klingon à un Islandais élevé en Papouasie, alors que j'explique quelque chose qui coule de source pour moi. De la même manière qu'il lui paraît parfaitement acceptable de rajouter de la mayonnaise et des tomates crues coupées en quartier à une blanquette de veau. Crime culinaire qui à mes yeux, mérite au bas mot trois éternités au purgatoire, ou à défaut, la lecture de l'intégrale de Zola traduite en bas-flamand par un bot de babelfish translation.
Le tout étant de parvenir à hausser les épaules devant l'effroyable bizarrerie de l'autre et de parler d'autre chose.

Le reste du temps, j'ai choisi une occupation ne requérant pas trop de mouvements brusques :  j'ai traîné sur le web, cette fois pas au hasard, on ne m'y reprendra plus, mais en utilisant pour référence bloguesque la blogroll de mon oncle. Bon évidemment faut faire du tri, mais en cherchant bien, entre les liens qui vous mènent directement sur la secte jainiste des adorateurs communistes de Mein Kampf (les blogs politiques, je fais pas de distinction), et les blogs de gens qui utilisent plus de cinq mots de trois syllabes dans une même phrase, on peut tomber sur le blog de Manutara.

Un délice pour mes pensées qui finalement ne demandaient qu'à s'échapper à des milliers de kilomètres, au moins pour la journée.

Je voulais dire quoi au début moi ?

Ah oui, je suis parfaitement éveillée, il est désormais minuit et je sais que je vais désormais devoir passer la nuit à regarder les rideaux, dans le noir d'abord, puis dans une pénombre de mauvaise augure et enfin dans une clarté toute aubienne, avant de sombrer dans un sommeil agité dont je serais tirée trois heures plus tard par la vibration répétitive du téléphone portable du voisin du dessus.

Bon voyons le côté positif de la chose, je n'ai pas encore lu TOUS les billets du blog de Manutara.

Image : Joel-Peter Witkin

jeudi 24 septembre 2009

Pense-bête à lire absolument.

"Neffiiiiiiie"
"Croutiiiiine chevelue ? "
" T'aurais pas une idée de cadeau pour papa ? "
(Celle qui parle c'est ma petite sœur Garte en train de manger un pain au chocolat assise à ma table de salle à manger il y a deux semaines de cela)
"Nan"
"Roooh vas-y aide moi, je le vois en octobre moi, faut que je trouve un truc."
"Il a une cheminée dans sa nouvelle maison ? "
"Oui. Mais elle marche pas"
"Un tisonnier C'est bien un tisonnier?"
"Mais elle marche pas."
"Ben justement, ça le motivera. Un si beau tisonnier... Faut que ça serve, il la fera réparer"
"Mouais..."
"Bon. un râtelier à fusil alors, c'est bien aussi non ? "
"Mmmmph"

J'ignore ce que Roxane offrira à notre paternel à son retour, j'ignore également ce que je vais lui envoyer par la poste, mais c'est pas urgent vu que je ne suis pas absolument certaine d'avoir sa nouvelle adresse.

Mais, à défaut d'un cadeau à l'heure, j'ai programmé ce billet juste après le départ de Roxane, pour être sûre de le voir arriver à temps dans mes fils RSS et penser à lui téléphoner.

On a les pense-bête qu'on peut.

Bon anniversaire Padre.



Et fortuitement il se trouve que c'est aussi l'anniversaire de mon blog. En temps webesque, il est encore plus vieux que mon père et c'est pas peu dire.


6 ans, c'est pas rien quand même.

Tiens, je m'offre même une séquence revival ! Mon premier billet :

Il se trouve que j'ai un vague (de plus en plus vague) espoir d'aller un jour en Angleterre. Pourquoi là, c'est une bonne question, et je n'ai pas envie d'y répondre, il y des questions auquel il ne vaut mieux pas répondre, alors disons que ça me rappelle mes Ardennes natales, la pluie, le brouillard, tout ça... Bon, toujours est- il que je ne peux pas y aller comme ça, les mains dans mes poches trouées alors, j' ai du trouver un moyen pour que tout le monde trouve ça normal. Par chance il y a une chose nommée université et mon âge pas très avancé me permet d'y aller... Youpie... Mais comme je suis encore plus impatiente que ça, j'envisage sérieusement d'aller y faire un stage, et c'est aujourd'hui en ce mercredi 24 septembre 2003 que ma quête commence sérieusement... D'où la création de ce Blog... d'ailleurs, le jour où j'écrirais en anglais, c'est que je serais parvenue à mon but : me marier à dos d'éléphant (non, ça c'est pour plus tard...)


(Veni vidi vici !)

lundi 21 septembre 2009

Choix multiple.

Je ne lol pas. Ou peu. En privé.
Je MDR, mais encore plus rarement.
Ajouter "Ou pas" à la fin de chaque phrase ne constitue pas pour moi une forme d'humour.
Ajouter "J'aime." d'une façon pénétrée en commentaire d'un texte ou d'une remarque n'est pas en soi une critique constructive.
Catégoriser les évènements en rotfl/wtf/trash/hip, c'est se priver des douceurs du jugement nuancé.
Dans ton cul n'est ni une finalité ni une réponse universelle.
Dire "respect" ne signifie rien.
Lire les commentaires sous les vidéos est dangereux pour votre santé mentale, votre orthographe et la vision que vous aviez de l'humanité.
La liste est longue et je fatigue.

"Mdr ! j'aime ! tro DTC la fin ! ou pas ;) loool"


C'est décidé, j'arrête de surfer sur le net au hasard.

Je suis déjà intimement convaincue que la majorité des individus pourvus d'une connection internet sont des mononeuronés à l'humour interchangeable et à la personnalité aussi en relief qu'une limande passée sous un rouleau compresseur. 

Si je reste, je risque de leur ressembler.

Et vous, chanceux anglophobes, vous ne savez vraiment pas à quoi vous échappez. Outre-atlantique c'est encore plus limité.

dimanche 20 septembre 2009

Waiting for the Sun/ En attendant le Soleil (3)

Pour lire le début : 1~2



"Et alors ?"

La bouche de Gulliver se tordit sur la droite.  Il souffla sur une mèche de cheveux si grasse qu'elle ne se décolla pas de sur sa pommette. Il lâcha sa pelle un instant pour dégager son iris. Tobias soupira. Une trace brune lui barrait la joue maintenant.

-Alors tu vas venir avec moi.
-Non.
-Désolé.

Tobias saisit sa pioche et en asséna sans sommation la tranche sur la cheville de Gulliver.
L'autre le regarda un instant sans comprendre. Jusqu'à ce que la douleur remonte et lui vrille la moelle.

- Bâtard.
- Tu l'as dit, grogna Tobias en regardant sa victime tenter de faire un pas, avoir le souffle coupé,et se laisser tomber sur le sol, le regard plein de haine.
- T'avais qu'à m'écouter. 
- Et si il me terminent ?
- Pas ici, ils ont trop besoin de bras. Et si c'est le cas, t'étais pas à deux jours près.
- Tu ne me donnais plus que ça ?
Tobias ne répondit pas. Il tendit simplement la main.


- Faudra que je te remercie ? grogna Gulliver en s'accrochant à l'épaule de son compagnon.
Tobias glissa un bras contre le dos du gamin, la main sur son thorax décharné et attendit qu'ils aient fait quelques pas, improbables siamois, pour répondre :
- Non, je fais ça pour moi.
- Comment ?
-  Je viens de te le dire. Tu pues, Gulli, plus que ces morts qu'on enterre. A l'infirmerie, au moins, on te lavera.


----


" So what ?"


Gulliver's lips twisted to the right. He tried and blew a strand of hair off his eyes, but it was so greasy it wouldn't even move. Resigned, he let his spade go for a second and took the hair off his eyes with a brush of the hand. Tobias let out a sight, the kid now had a brown stain on the cheek.


- Then you're going to come with me.
- No.
-In that case... I'm sorry.


Without a warning Tobias wielded his pickaxe and gave a sharp thud[...]

Yeah i know, but i've had a hard busy day and I'm slightly braindead, so if you want it, ask for it, otherwise I don't think i'll bother.

vendredi 18 septembre 2009

Regarder ailleurs

  • Un morceau de  Les Enfant Tanner de Robert Walser.

«  J’ai toujours eu l’habitude, dit Hedwig à Simon plus tard dans la journée, de te traiter comme un inférieur. Peut-être y en a-t-il d’autres qui font la même chose avec toi. Tu ne donnes pas une grande impression d’intelligence, plutôt d’amour, et tu sais en quelle valeur on tient généralement ce sentiment. Je ne crois pas que tu connaisses jamais le succès dans ce que tu entreprendras parmi les hommes, mais tu ne t’en soucies pas le moins du monde, ça ne te ressemblerait pas en tout cas. Seuls ceux qui te connaissent te sauront capable de profondeur et d’audace dans tes pensées, mais pas les autres. C’est le point capital et la raison pour laquelle tu n’auras vraisemblablement aucun succès dans la vie : il faudra d’abord qu’on te connaisse avant de te croire et cela prend du temps. (la suite sur le tumblr de MatB)

  • Un recueil de nouvelles fantastiques nommé histoire de doubles, avec une prédilection pour W. S. de L. P. Hartley ou un auteur voit non sans effroi un de ses personnages prendre vie.

"Je me rapproche, annonçait la carte, me voici maintenant arrivé à Coventry. Avez-vous jamais été envoyé à Coventry ?* Moi oui, en fait c'est vous qui m'y avez envoyé. Ce n'est pas une expérience agréable, je peux vous le dire.  Peut-être arriverons-nous enfin à mettre la main l'un sur l'autre. Je vous avais recommandé de mettre la mai sur vos personnages, vous vous souvenez ? Vous ais-je donné de nouvelles idées ? Dans l'affirmative, vous devez me remercier, car c'est, j'en suis sûr, le genre d'idée que réclament les romanciers. J'ai relu vos romans, en y vivant, pourrais-je dire. Je vous serre la main. Comme toujours"

*To be send to Coventry. Formule anglaise signifiant "être ostracisé" Coventry ayant longtemps hébergé la prison la plus vaste du pays.


  • Pour les oreilles et les yeux. (parfaitement regardable et audible pour toute personne aimant le rock et la pop, les autres épargnez-vous)

Fuck Forever des Babyshambles ne serait-ce que pour les 30 premières et 10 dernières secondes du clip.
Mister Brightside, je la connaissais par cœur sans avoir jamais vu le clip. 
Oxford Comma de Vampire Weekends, sans savoir vraiment si c'est ma préféré.
Et Paolo Nutini mais là c'est comment dire... pure lust... Ca devrait être interdit une bouche pareille.




Et pour finir, je viens de pêcher sur le dessus de ma cheminée un volume racorni, relié de cuir rouge intitulé "La bouillie de la comtesse Berthe" et dont je serais bien en peine de vous dire d'où il vient. C'est signé Alexandre Dumas, je ne sais donc pas non plus qui l'a écrit, les nègres à cette époque là ne tenant pas de blogs. Et bizarrement son odeur de vieux papier me rappelle la sacro-sainte Heure de l'Histoire de quand j'étais petite. Celle où nos pauvres parents se relayaient à notre chevet pour nous lire des Pomme d'Api ou rabâcher pour la 117e fois les contes des Cataplasmes de Vercors et enfin parvenir à nous faire sombrer dans un semi coma avec les contes de la Bécasse (Maupassant, bande d'ignares).

Sur ce , je vais me faire un thé, voler les cookies de mon mari, me rouler en boule sur le canapé et me plonger dans ce vieux bout de papier.

jeudi 17 septembre 2009

Mélodie

Mon aimé,

J’effleure son prénom du pouce sur sa sonnette. Pour lisser une brèche dans la fraîcheur de l’étiquette.
Son prénom me promet des ennuis.
Sous mes pieds, la symphonie de ses doigts qui s’envolent sur le clavier, volutes instables de doubles croches, me donne envie de les baiser sans les avoir jamais vu.

Poser la joue contre une paume en clé de sol, y sentir l'odeur d'une anacrouse.
Deviner dans un ongle abîmé la douleur incisive d'un accord en septième.
Ecorché par une tonique trop vive, un petit bout de chair à vif.
Et déchiffrer une fugue, maladroite, dans sa ligne de vie.

Imagine, mon aimé, tout ce bruit presque bien ordonné qui s'ouvre entre ses doigts.

De retour au pays qui n’existait pas, j’ai découvert l’improbable.
La fumée musicale du pianiste d'en dessous de chez moi.

Je me confonds en trilles quadruples.
Mon armure tombe à grand fracas de béquares.
Et je prie.

Oh Charly, Charly, cesse donc de jouer du Satie, j'ai toujours préféré Scarlatti.

mercredi 16 septembre 2009

La fille paumée/You're lost little girl

Arracher les cols de ses robes, parce que ça gratte comme du barbelé.
Ne pouvoir/vouloir toucher qu'un nombre limité de personnes.
Refuser tout contact physique à certaines heures de la journée.
Etre incapable de sortir de la maison si on a pas pris une douche.
Ecrire tout.
Jouer toute seule.
Connaitre le nom de toutes les parties d'un navire négrier du 18e, jusqu'aux initiales sur le mouchoir de poche du capitaine.
Trouver ça absolument passionnant. 

Se cacher dans les placards pendant des heures avec son chat quand des invités sont là.
Avoir toujours besoin de quelqu'un au dessus, patient et qui pardonne pour montrer la voie et dire quand s'arrêter.

Avoir peur des balles parce qu'elles sont lancées par quelqu'un et que c'est monstrueux.
Ne pas parvenir à accepter la réalité d'une personne qu'on connait tant qu'on ne connaît pas son vrai nom, tant qu'on l'a pas vu écrit.
Etre bordélique mais avoir une tête rangée en case.
Ne pas supporter l'odeur du fer qui fait tomber les dents.
Se cacher sous la table quand les gens crient parce que ce bruit les tue.
Avoir peur des administrations car ils possèdent, quoi ?  J'sais pas, c'est tout c'est comme ça.
Avoir un jeu de Sims dans la tête pour pouvoir les faire bouger et parler pour pouvoir penser.
Faire une crise de larme en entrant dans une banque.
Apprendre à ne plus faire de crise de larme en entrant dans une banque quand on a compris que le guichetier ne nous tuera pas en nous jugeant.
Regarder un mot, une phrase, dix fois, cent fois, parce que c'est beau.

Ne pas vouloir, ne pas vouloir, ne pas vouloir et ne pas en démordre.
Ecrire tout parce que sinon ça n'existe pas.
Adorer les statistiques parce que c'est écrit et ça peut se mettre en image

Devoir comprendre, ne pas comprendre si on ne peut pas en faire une image qui bouge.
Trouver normal de disparaître au milieu de la journée pendant une ballade entre amis sans rien dire à personne.

Reconnaître les gens à leur démarche et leur voix plutôt qu'à leurs visages, Avoir besoin des visages pour pouvoir les faire bouger et faire exister.
Oublier les visages et ne se souvenir que des mouvements des lèvres ou d'une manière de sourire.
Sentir des odeurs que les autres ne sentent pas.
Aimer les portraits parce qu'on peut les faire bouger dans sa tête et retrouver les gens.
Ne pas pouvoir dire, ou le dire comme on croit qu'il faut mais en fait il faut pas et finalement ne rien dire.
Savoir qu'il faut le dire sans savoir comment faire, même si en fait on sait comment faire mais on ne peut pas.
Apprendre à sourire.
Se cacher les yeux devant les scènes de film pas logiques parce que c'est honteux.
Parler avec des mots bizarres. 

Regarder les gens dans les yeux parce que le reste on comprend pas,
Ne pas supporter qu'on réponde a peu près 4 heures quand il faut absolument répondre 15H54, c'est important.
Passer toujours par les mêmes chemins.
Aimer s'asseoir toujours à la même table au bar.
Ecrire tout même si c'est un peu faux parce que sinon on arrive pas à le ranger dans sa tête où savoir si c'est vrai.
Penser en vidéo.
Toujours remuer le pied gauche.
Admirer la beauté intrinsèque d'un code html.

Apprendre à mentir,
Mentir sans savoir qu'on a menti mais sachant qu'on l'a fait pour les autres.
Mentir en sachant qu'on ment mais les autres ne le savent pas parce qu'on leur dit leur vérité. Qui n'est pas la notre. 

Vouloir dire désolé pour toi, et rester silencieux.
Voir de simples données là où d'autres voient des différences.
S'en foutre.
Ne pas s'en foutre mais ne pas savoir le dire parce que c'est honteux ou que ça va tuer.
Avoir les neurones montés un petit peu à l'envers.
L'apprendre un peu trop tard pour pouvoir faire quelque chose.
Apprendre à en rire.
Se dire que ça va.
Se dire qu'il y a franchement pire dans la vie qu'une tête en vrac.

Savoir que c'est vrai.
Se dire qu'on peut peut-être devenir quelqu'un de bien.
Avoir mis un nom, un vrai.
Pouvoir construire dessus.



"C'est très difficile pour un autiste même de très haut niveau, de savoir exactement quand on peut dire quelque chose, quand on peut demander de l'aide, quand il faut se taire" (Source)


Apprendre à dire merci.

dimanche 13 septembre 2009

Doris Lessing

Je culpabilise affreusement.

Au point que je vous en parle.
C'est dire.

Autant que faire se peut j'évite de causer littérature sur mon blog, pour la bonne et simple raison que justement, je ne peux qu'en causer.

On peut aimer lire et être incapable de parler de façon constructive de ses lectures, de son ressenti par rapport aux personnages, de la manière dont on a reçu le message envoyé par l'auteur. N'est pas donnée à tout le monde la capacité d'expliquer, de détailler, d'analyser la structure et le fondement d'une œuvre et de l'exprimer de manière claire, voire éclairante.

Je suis de ces gens là, de ceux qu'il ne vaut mieux pas engager pour écrire la préface de votre bouquin, car quand bien même je l'aurais adoré, quand bien même il tiendrait lieu pour moi de bible tout ce que je pourrais en dire c'est :
" C'est magnifique." 

Ce qui n'avancerait guère le lecteur potentiel.

Voilà, j'estime également que ceux qui sont comme moi feraient mieux de fermer leurs gueules et d'écouter ceux qui savent parler plutôt que d'étaler leur insipides âneries à la face de leur auditeurs. Dieu merci, je n'en fréquente aucun (sauf quand je dois me retrouver face à mes propres pensées, évidemment, mais j'essaie de m'ignorer).
Quitte à passer pour une ignare illettrée et dépourvue de conversation, je préfère donc me taire.

Aujourd'hui fera exception.

Je laisse toujours une seconde chance aux auteurs qui m'ont déplu au premier abord. Parce que ma maman m'a toujours dit qu'il ne fallait pas être catégorique dans ses jugements. Si un livre m'a déplu, je le mets de côté en me disant que dans 5 ans peut-être, ou 10 ou 15, je le relirais, avec un point de vue et un vécu différent, et que là, il me sera peut-être possible de décrypter et comprendre ce que souhaitait communiquer l'auteur, ou tout simplement de mieux m'identifier aux personnages.  Ou alors, j'essaie un autre roman du même auteur.

Pour mes 26 ans ma mère m'a offert Le carnet d'or de Doris Lessing, qui m'est tombé des mains après 30 pages. Ça avait pourtant bien commencé, la préface de l'auteur traitant entre autre des rapports du lecteur au texte est instructive.
 Et là déjà on note une écriture dense mais fluide, suffisamment imagée pour ne pas devenir soporifique. De plus, ses développements sont didactiques, assez en tout cas pour que des décérébrées comme moi puissent les appréhender sans avoir recours à leur Littré et une boîte complète de paracétamol 500mg.

Le problème alors ?

Au bout de 10 pages j'avais envie d'euthanasier les personnages. Au bout de 30 je leur souhaitais une mort lente et douloureuse, ou au moins de finir dans un tableau de Jérôme Bosch.
Ses personnages m'agaçaient. Rien de plus, rien de moins.

Mais comme je le disais, je donne toujours une seconde chance aux auteurs. Doris Lessing, je l'ai fait de bon cœur, parce c'est une sacrée bonne femme comme on dit, et je suis sûre que je ne peux qu'opiner du chef à quantité de ses points de vue. Exemple trouvé dans Wikipédia et tiré d'un papier du Monde, car je n'ai que ça sous la main (et ça plaira à mon oncle) à propos des féministes ces « femmes devenues horribles avec les hommes »

« après avoir fait une révolution, beaucoup de femmes se sont fourvoyées, n'ont en fait rien compris. Par dogmatisme. Par absence d'analyse historique. Par renoncement à la pensée. Par manque dramatique d'humour. »

Hier donc, en refermant mon Marivaux, je me suis dit :

"Nef, cesse donc de te vautrer avec délectation dans ces belles lettres, ces épigrammes et ces joutes de mots sans conséquences qui ne sont que les réminiscences d'une époque à jamais enfuie que tu n'as d'ailleurs pas connu et c'est tant mieux car tu y aurais choppé une de ces syphilis, sa mère, tu t'en serais jamais remise. Allez, un peu de profondeur et de sérieux. "

Je me suis conséquemment attelée à la lecture de Les Enfants de la violence.

Ça n'a pas raté, à la page 30 j'avais envie de voir la mère de Martha et sa voisine écrasée par un troupeau d'éléphants en rut et d'accrocher Martha en petite culotte rose à un pilori, enduite de miel et de préférence à proximité d'une fourmilière.

Je ne renoncerai cependant pas. Les Enfants de la Violence m'est tombé des mains lui aussi (et ça m'a fait super mal au pied, il est lourd ce truc) et je suppose que bien que j'ai fort envie de le compter parmi mes classiques je vais devoir faire une croix sur la lecture du Cinquième Enfant, si je ne veux pas finir la bave aux lèvres en train de poignarder la reliure avec mon erzatz de Laguiole au bout de 15 pages.

Reste La Descente aux enfers, dernier bastion de mon espoir d'enrichissement culturel. Le type de personnage sort de son schéma habituel puisque ce livre est à peu près exempt de femmes libérées névrosées, d'adolescentes haineuses et de femmes au foyer horripilantes et inanes.

Mieux même, le héros est un homme, au moins je pourrais m'identifier.

Vous allez me dire que c'est pas la peine de culpabiliser, ce ne sont que des livres. Mais si.

Parce qu'en fait le problème, c'est pas Doris Lessing, c'est moi et l'image que me renvoient ses personnages des pires perversions de mon sexe. Je ne suis pas encore prête à faire face à cette réalité là.


Voilà, ça va mieux en le disant.

Photographie de Sally Mann.

vendredi 11 septembre 2009

Prostituée, russe et misogyne.

- Nef, tu fais quoi ?
- Je m'enchaîne.
Enora me fixe, un sourcil relevé.

- Je ne te savais pas maso.
- Oh ! oui ! Prends moi comme une sauvage, là, sur le carrelage glacé. Fesse-moi chérie, et n'oublie pas de laisser de jolies marques de doigts que je puisse les montrer à mon amant,il m'attachera au radiateur pour me punir d'avoir baisé avec toi.
-...
- Oui ? Tu me regarde bizarre. 
- Rien. Alors tu fais quoi ?
- J'ai été taguée par d'autre blogueurs, alors je réponds à leurs questions.
- Ca à l'air absolument passionnant.
- Baille pas comme ça, tu vas attraper une crampe à la mâchoire. Je me sentirai obligée de te lancer des cacahuètes et ça va finir aux urgences.
- Nef?
- Enora ?
- C'est mieux quand JE parle et quand toi tu écris.
- Ouais.

Enora regarde le mur un instant, j'attends patiemment en me rongeant un ongle.
- C'est quoi les questions ?
- Mmmh, d'abord il y a Mtislav qui me demande de m'enfiler des cierges et de compter mes lecteurs.
- Il a demandé ça comme ça ?
- Pas exactement mais comme on ne comprend pas toujours ce qu'il dit, j'interprète.
- Et alors tu réponds ?
- Non. Enfin... Si, la réponse c'est 42.
- Cierges ou lecteurs ?
- Mmmh, j'ai pas décidé, mais la bonne réponse c'est souvent 42. Ou bien :



- Ah, carrément. Le truc avec ixokarémoinzixemoinzunégalzéro ?
- Oui voilà, disons que je suis lue par un iota de citoyens lambda qui pour des raisons ixe ou y-grec s'intéressent à la psyché d'une nana plutôt qu'aux élucubrations d'un gros bêta de mâle alpha. Mais mon aversion pour le grec égalant ma nullité en mathématiques je ne m'étendrai pas sur la question.
 - Oui tu pourrais t'égarer en conversations péripatétiques.
- Enora.
- Nef ? Ah. Le regard noir. Je veux pas dire que t'es une pute en plein racolage hein.
- Je sais bien, je veux simplement te faire remarquer que nous sommes assises.
- Ah oui. Et il y a d'autre chaînes ?
- Oui, Gaël, l'écureuil qui se shoote au lave vitre me demande de citer 5 livres écrits par 5 femmes et qui m'ont marqués.
- Et alors ?
- Alors, j'ai regardé dans ma bibliothèque et je n'ai pas trouvé 5 femmes. Par contre j'ai trouvé plus que 5 auteurs slaves. Tu crois que Nabokov et Tourgueniev accepteraient de passer une robe le temps que je réponde à la question ?
- Tu peux bien faire un effort...
- Mmh, alors Amélie Nothomb, JK Rowling...
- Nef, tu manques cruellement de sérieux.

- D'accord alors soyons sérieux deux minutes, mais pas plus. D'abord il y a eu la comtesse de Ségur, je l'ai déjà dit mille fois. C'est plein d'enseignements ses bouquins, le fait qu'imbécile se dise dourak en russe n'étant pas le moindre. Le lecteur d'âge plus mûr y découvrira également nombres d'exemples de délicates tortures à infliger à son soumis.
- Mais t'as mangé quoi ce midi ?
- C'est rien, j'ai lu du Anne Archet tout à l'heure. Tiens, Anne Archet, je sais qu'elle n'a pas de livre, mais son blog c'est mon blog de chevet.
- Bon on va dire deux, plus que trois. Doris Lessing ?
- Non. Jane Austen. Ça risque d'en faire bondir une paire, mais il se trouve que c'est dans ses livres que j'ai découvert les délices et la richesse de l'anglais qui se cause comme la reine. Raison et Sentiments fera l'affaire.
- Mmmh. encore deux.
- Poppy. Z. Brite. Corps exquis, parce qu'elle m'inspire sur plus d'un plan et parce que ce bouquin je le cherchais tout à l'heure et je ne le retrouve plus donc si mes sœurs pouvaient vérifier dans leurs bibliothèques, j'aimerais bien le récupérer à l'occasion.
- Et voilà, plus qu'une.
- Bon et maintenant j'en ai deux qui me reviennent. Harper Lee, pour To Kill A Mocking Bird. Parce que je l'ai lu sur le canapé d'Ashwyn à Ilford, contrainte et forcée par le maître des lieux, que j'ai peiné dessus comme une dingue car mon anglais n'était ni fait ni à faire et qu'en me rendant compte que j'avais quand même compris, je me suis dit, là, c'est la victoire et on s'est bourré la gueule au champagne pour fêter ça.
- C'était pas pour son anniversaire plutôt ?
- Heu, si, en fait. Peu importe. La dernière, c'est Madame de Sévigné. Car je suis très académique en fait, je ne sais pas les faire mais j'aime les phrases bien faites. Et tout ce qui à un goût d'épistole, ça me ravit. 
- Bon eh bien, c'est fini. Je peux partir maintenant ? Me dématérialiser et retourner dans les brumes de ton cerveau malade, en haut de mon mât de misaine ?
- Non. Il faut que je refile le bébé. Au moins pour la dernière. L'autre je m'en fous, les blogs que je lis, je les aime et pour certains j'aimerais être la seule à dévorer leurs mots. Pour la seconde, je tague mon oncle, si il répond, ça m'instruira, Jerry qu'elle donne à manger à son parking et à mes rétines, et Gabriel Adoro te devote, latens Deitas, quie sub his figuris vere latitas...
- Nef ?
- ...tibi se cor meum totum subjicit, quia te contemplans totum...
- NEF ! 
- Mmm ? 
- Euh tes yeux se sont révulsés et tu t'es mise à dire la messe en latin.
- Ah, c'est rien, les effets secondaires de Sa Sainteté, ça m'arrive des fois... Merci, tu peux partir, c'était très gentil à toi de venir m'aider à écrire ce billet.
- De rien. Mais pas trop souvent hein.

jeudi 10 septembre 2009

Waiting for the sun / En attendant le soleil (2)

(Par ici pour le chapitre 1)

- Je vous ennuie ?

- Mais non voyons, grommela Sapphira sans même lever les yeux de la pile de dossiers qu'elle compulsait sans entrain.
- Je ne viens pas vous inviter à dîner aujourd'hui, déclara son interlocuteur importun en prenant une chaise pour s'installer face à elle.
- Et vous imaginez que le simple fait de n'être pas là pour me faire des avances vous autorise à vous asseoir sans que je ne vous y invite au préalable ?
Sapphira pu imaginer les épaules de l'homme s'affaisser, sans avoir besoin de se redresser pour vérifier, le lourd soupir qu'il exhala était suffisamment démonstratif. Elle retint un sourire victorieux. Un jour, il se lasserait.
Elle décida de l'ignorer, il finirait bien par partir. 

- Sappho...
- Ah non !
Sapphira releva la tête, et soupira. C'est lui qui souriait maintenant, à demi-moqueur, il avait gagné une fois de plus.

Une fois de trop.

- Eh bien, allez-y, grogna -t-elle en se renversant contre le dossier de sa chaise. Elle cala son stylo au coin de sa bouche, au cas où cet idiot prendrait son invitation à s'exprimer pour un passe-droit vers un baiser.
- Figurez-vous que j'ai obtenu une promotion et en conséquence, je suis muté.
- Grand bien vous fasse.
- Vous allez terriblement me manquer.
- Je suis certaine que vous vous en remettrez.
- J'en doute. Une journée sans vous et j'ai l'impression de ne plus savoir respirer, quand bien même je ne vous sais qu'à quelques centaines de mètres de moi. Mais je me suis renseigné, voyez vous, et il se trouve que vous pourriez peut-être rester à mes côtés.

Les yeux de miel de Sapphira s'agrandirent de surprise, et elle retint un éclat de rire avec tant de difficulté que son stylo en chût.
- Voyons, lieutenant, donnez moi une seule bonne raison pour quitter mon poste ici. Vous comprendrez aisément que rester à vos côtés pour vous aider à respirer convenablement n'est pas exactement une priorité.
- Mmmh. Disons que le lieu de ma nouvelle affectation vous intéressera peut-être.
-  Qu'est-ce donc ? Un lieu où l'on est plus en sûreté qu'au quartier général ? Ça me semble peu probable.
- Et vous avez raison. Je suis muté au camps B.

Sapphira, qui s'était baissée pour ramasser son stylo, remonta brutalement. Elle avait beau haïr cordialement le lieutenant, c'était dur.
- Et vous voudriez que je vous suive là-bas ? s'exclama-t-elle en soufflant sur les mèches brunes échappées de son chignon.
- Oui, Mademoiselle.
- J'imagine qu'être muté au camps B sans compagnon de tragédie est une épreuve douloureuse, hélas, je ne peux que vous présenter mes plus sincères condoléances et vous souhaiter d'y mourir en héros. Je reste. "

Le lieutenant sourit faiblement, Sapphira lui trouva l'air profondément triste cette fois et se retint de le trouver beau. Il sortit une enveloppe de la poche de sa veste et la tendit par dessus le bureau.
- Réfléchissez-y.
Elle ne prit pas l'enveloppe. Il la posa sur le bureau, se redressa, la salua d'une brève courbette et sortit.

La jeune femme laissa passer un délai raisonnable et lorsqu'elle fut sûre qu'il ne reviendrait pas, ouvrit l'enveloppe. Elle contenait un formulaire de transfert, une annonce interne pour un poste un échelon supérieur au sien, situé au camps B et une page apparemment tirée d'un listing. A en croire le pied de page, c'était une de ces listes auxquelles le personnel civil n'avait pas accès, celle-là recensait les travailleurs forcés détenus au camps B. Elle la parcourût sans bien comprendre jusqu'à ce que ses yeux butent sur un nom.

Sa poitrine se contracta si fort qu'elle en eut un sursaut de surprise.

Elle resta un instant à regarder le prénom bien rangé dans sa liste, comme si celui qui le portait allait se matérialiser devant elle puis retourna à l'annonce. Elle expirait le lendemain. Pas le temps de peser le pour et le contre. Le rictus désabusé qui vint étirer les lèvres sombres de Sapphira aurait sûrement eu un goût de victoire pour le lieutenant.

- Ilya Gavrilenko, lieutenant de malheur, vous m'aurez décidément tout fait... finit-elle par murmurer en ôtant le bouchon de son stylo.



La suite : 3

English readers, hang in there, it's coming, I'm just way too tired right now to translate it in proper english (or even improper, as it is. )

mercredi 9 septembre 2009

Narcolepsie

J'habite toujours le Taudis de Kenosha (Wisconsin Belge).
Il est fantastique, grand, et vide. Mais ce ne sont pas ses seules qualités :  Il a des effets narcotiques.

Venez insomniaques de tous poils faire des cures de sommeil chez moi !

Je ne sais pas si c'est l'air qu'on y respire qui apaise et relaxe (les fenêtres sont constamment ouvertes, donc ça m'étonnerait), la beauté éblouissante des sols fraîchement nettoyés et cirés qui force à fermer les yeux ou la décoration trop riche et colorée des murs (un cadre unique dans les tons sépia pour tous l'appartement peint en blanc) qui oblige à baisser le regard ému et aveuglé.
Le mystère reste entier.

Toujours est-il qu'il est midi passé, que mon cher et tendre mari est toujours sous la couette (sa rentrée, c'est le 22, il en profite le flemmard), et que ma soeur Garte, en visite surprise, est encore en train de se liquéfier sur le matelas du salon ( sa rentrée, c'est le 22 aussi). Elle a émergé un instant pour manger des tartines et elle a essayé de squatter mon canapé pour finir sa nuit, mais je l'ai virée parce que c'est MA place, alors elle a glissé jusqu'au matelas , c'était marrant, une masse molle et un peu visqueuse qui se meut sur le carrelage à la force de ses mèches de cheveux.

Depuis, c'est le calme.
Je m'ennuie et j'ai faim.

Si a une heure aucun des deux n'est sorti de sa torpeur, je chante.

[EDIT de 13h17] Finalement c'est mieux quand elle dort. Dès qu'elle se réveille elle mange  mon chocolat. [FIN de l' EDIT de 13h17]

[EDIT de 19h20] Non seulement elle me pique mon chocolat et lit mes Bédés, mais en plus lorsque je fais l'effort de cuisiner pour elle, elle ose dire qu'elle n'aime pas ! Mais mince qui N'aime PAS les noodles instantanées? C'est décidé, je la renie. [ FIN de l'EDIT de 19h20]

lundi 7 septembre 2009

La Bruine

Mon aimé,

Aujourd’hui il faisait gris sous le ciel brillant. Les yeux pleins de larmes et les joues rougies de soleil, j’ai ouvert un cahier.

C’est pour pouvoir t’écrire.

Il est blanc, rouge et noir. Comme toi.
J’espère, adoré, qu’il te plaira. Il y a des sanglots maintenant, qui se mêlent aux mouvements de mes mots. Ça fait des petites vagues.

La page fond. Est-ce le soleil ou le fiel qui sort de mes doigts ?

J’étais furieux ce matin, tu sais, ils ont essayé, glorieux, de me voler ce que je n’ai pas.
Peu importe mon aimé. J’ai tout cassé avant qu’ils n’emportent tout le rien loin de moi.

Peu importe, vraiment.

Viens près de moi, adoré, et ton ombre m’abritera du sommeil.

dimanche 6 septembre 2009

Flag(')

Il y avait ce truc avec les renards.

C'était surtout à cause du Fennec qui avait un ami qui s'appelait le Renard. En fait c'était eul'Fénnaic qu'avait un pote qui s'appelait leuR'narrr, parce que c'était dans la Vallée, (des Ardennes), (de France).  Donc il y avait des arbres et des grands promontoires en ardoise, et si vous n'êtes jamais tombé dans un bunker en allant cueillir des champignons, vous pouvez allez y faire un tour.

Le but du jeu c'était de "monter au drapeau", tout en haut (très exactement là où la photo qui illustre ce billet a été prise. ) C'était un parcours de santé sur un bout, on le faisait en gambadant (le Fennec gambadait fort bien. )

Ensuite on s'asseyait sur le banc, et on prenait des bangs (J'me dénonce maintenant, m'en fous, y'a prescription.) Enfin il fallait redescendre dépouillé dans le noir en faisant gaffe aux racines et aux renards.
Là forcément on gambadait moins. C'était toute une technique de glissé-tâté pour se déplacer sans tomber sur celui de devant qui tomberait sur celui de devant, qui tomberait sur celui de devant qui... bref, c'est jamais arrivé de toute façon.
Et se servir d'une lampe de poche ne nous aurait pas effleuré.
Les racines j'y arrivais super bien. Je maîtrisais sévère même. Par contre les renards moins. Une fois y'en a un qu'est passé près de moi, j'ai dit "Oh un renard!" et je me suis rétamée dans le fossé. Oui, les racines ça allait, mais le fossé d'un mètre cinquante de large et autant de profondeur que je sautais d'un pas léger 6 fois par weekend quand j'y étais, non ça, j'y arrivais pas.
Putain de renard.

Dans ma prochaine rubrique bucoliquo-toxico, je vous raconterai la fois où on a essayé d'arrêter un renard qu'avait l'air pas d'chez nous et qu'il a fait un délit de fuite.
C'est con un renard.

( Ce billet totalement dispensable vous a été infligé parce que c'est dimanche que je m'emmerde et qu'à défaut de mieux à faire j'ai décidé de regarder dans l'unique carton de déménagement qu'il me reste. Malheureusement pour vous j'y ai trouvé quantité de CDs gravés sans inscription autre que  : Compilation. Je vous raconte pas le flash-back musical.)

Bande-son : Peaches, The Presidents Of The USA

samedi 5 septembre 2009

Waiting for the sun / En attendant le soleil (1)

"Il fait chaud."
"Ta gueule."

Tobias s'écrasa, Gulliver avait décidé d'être de mauvaise humeur.  Il l'avait décidé trois semaines auparavant et sa volonté, depuis lors, n'avait  pas vacillé. Il s'appuya sur le manche de sa pelle et regarda les épaules scintillantes de son compagnon d'infortune. La sueur laissait des rigoles blanchâtres entre ses omoplates, stries de peau et de sel au milieu de la crasse. Il était famélique, ce gamin, et son pantalon de toile verte, trop large, glissait d'un côté, découvrant une aine creuse et une hanche saillante. Tobias se demanda si ce soir encore, de retour au camps B les brutes de la tente d'à côté viendraient lui prendre sa gamelle.

Il ne tiendrait plus longtemps à ce rythme.

Perdu dans ses pensées, Tobias ne vit pas arriver le contremaître - Un type sympa au demeurant - qui fit claquer sa badine sans le frapper, juste pour donner le change.
Tobias se remit au travail.

- Tobi, fit soudain Gulliver sans s'arrêter de creuser.
Tobias sursauta à la voix éraillée et fiévreuse. Gulliver ne savait ni rire ni pleurer mais lorsqu'il parlait on aurait pu croire qu'il faisait les deux à la fois.  A cause de ce drôle de frottement dans sa voix.
- Gulli ?
- Tu préfères quoi finalement ? Quand on creuse des tombes ou quand on creuse des latrines ?
- Les latrines, répondit Tobias sans même y réfléchir, au moins, une fois que c'est fait on a pas à transbahuter la merde, ça se remplit tout seul. Mais eux ...
Tobias soupira et son regard partit vers les 5 camions parqués plus loin, près des grandes roches et exhibant sur leurs remorques découvertes leur chargement macabre.
- Ouais, eux, ils viendront pas tous seuls s'installer dans leur trou,termina Gulliver avant d'étirer ses membres amaigris avec une grimace douloureuse.

( Chapitre 2)
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"It's so damn hot."
"Shut the fuck up."


Tobias gave up. Gulliver had decided to show his moody side. His decision to be an arse had been taken three weeks ago and since then the kid hadn't swayed from it. Not even a second.
Tobias let his forearms rest on the handle of his spade and gazed at his fellow inmate's shiny shoulders. Sweat was tracing white gutters of salty skin on the dirt gathered between his shoulder's blades. The lad was skinny and his green plain trousers were falling on one side, revealing an emaciated hip and a shallow groin.
Tobia wondered if tonight, once again, when they'd be back to B camps, the stout guys from the nearest tent would come and steal his meal from him. 


He wasn't gonna last long at this rate.


Lost in his thoughts, Tobias didn't see the supervisor coming up to them. The guy, a good chap as far as Tobias could say, snapped his stick next to him, without actually hitting him and walked away, job done. 
Tobias resumed his work.  


- Tobi, suddenly uttered Gulliver without interrupting his digging. 
Tobias jumped at the sound of the shrieky feverish voice . Gulliver didn't know how to laugh or cry, but, each time he was talking, one could have thought he was doing both at the same time.
Maybe because of that odd scratchy noise in his voice. 
- Gulli ? 
- What'd you rather dig finally ? Tombs or latrines?
Tobias didn't give it second thoughts : 
- Latrines. At least once it's done, we don't get to carry the shit. They just fill by themselves. But them... 
His gaze travelled to the five trucks parked away by the big rocks, showing off their creepy load on open carriages.
- Yep, those ones, they won't just come by their own will and nicely settle down in their graves, will they ? Sighed Gulliver before stretching his skimpy limbs, a painful smile scarring his face. 


( Chapter 2)

jeudi 3 septembre 2009

L'entonnoir

Mon aimé,
 
Je vrombissais dans l’air étouffant.
Non, c’était les mouches.
J’aime les compter, celles qui se posent sur mes avant-bras. Et je réfléchissais à ce que je devais faire de moi.

J’aimerais me ranger, me glisser dans une bouteille. Je suis huileux. Si je fonds assez, je coulerais sans problème.

Une bouteille, un bouchon de liège, et un entonnoir.

Je me mettrais à la cave et j’attendrais de mûrir, vieillir, parfaire mes saveurs, trouver un caractère, être bien structuré.
Et enfin, enfin, dans quelques années, je serais prêt à tenir en bouche.
Un jour voilà, je tiendrai en bouche.
Les gens auront des mots pour moi.

Un bruissement derrière m’a fait frémir.
Les mouches, lourdes d’affolement se sont éparpillées dans l’air qui s’évaporait.

J’ai coulé de terreur entre les brins d’herbe.

Une autre fois peut-être.

mardi 1 septembre 2009

Les Droits de l'homme/ The Human Rights

"Today, I got a report telling me how I had handled a mystery shopper at work. In this report I found out that instead of saying "Thank you" I had said "Have a nice day, take care." This kept me from getting my $150 bonus. FML"

"Aujourd'hui, j'ai reçu un rapport m'informant que j'étais tombé sur un "Client Mystère" au travail. Dans ce rapport, j'ai pu apprendre qu'au lieu de "Merci" j'avais dit : "Passez une bonne journée, prenez soin de vous." Ce qui m'a privé de mon bonus de 150 dollars. Vie de Merde."

Alors que je travaillais dans un bar comme superviseur en Angleterre, la brasserie qui le gérait fut rachetée par un groupe plus grand. Branle-bas de combat : achats de nouveaux uniformes, (et là j'étais heureuse de devoir porter une chemise achetée moi-même plutôt qu'un t-shirt parce que ceux là avaient un écusson The Big Pub sur le sein gauche, sans déconner....), changement de menu et surtout, surtout distribution des nouveaux Employee Handbooks et formation.
L'Employee Handbook, c'est l'épais volume distribué à tout employé de bar après son entretien de 2 minutes 57 avec un manager à bout de nerf. Entretien servant à vérifier qu'il parle suffisamment anglais pour répondre quand on lui demande comment il s'appelle et si il sait compter jusqu'à 10.
Pour tout le reste, il ne reste plus pour l'employée qu'à savoir lire l'anglais sinon il passera à côté de tous ces merveilleux conseils :

- Vous devez être propre.

- Lorsque vous vous coupez, vous devez mettre un pansement.

- Vous devez venir travailler.

- Voici le numéro pour dénoncer anonymement l'un de vos collègues : 080XXXXXXXX  (0.34p/min)

Une véritable épiphanie professionnelle que la lecture de cette Bible du travailleurs. Une fois appris par cœur, il fait un excellent tapis de souris grâce à sa couverture plastifiée.

Bon moi quand on m'a dit formation, j'ai fait : chouette. Je suis superviseur, il vont me laisser monter à l'office faire les caisses, et pis ça fait un mois que suis cellar man à la place du cellar man, ils vont bien me filer un certif' comme quoi en plus d'avoir des pectoraux et des biceps en béton armé ( ça pèse lourd un keg de Carling plein) je sais gérer correctement les stocks.

Non, en fait ils nous on appris à dire bonjour.
Démonstration :
Staiphainiiiiiiiiiiiiee (ben oui) comment dis-tu bonjour à un client régulier qui vient tous les jours ?
euh... "Yo old man, wasn't that you I almost stepped on yesterday, spilling your guts out in the gutter ? "
(Yo mon vieux, c'est pas toi que j'ai failli piétiner hier, pendant que tu vomissais tripes et boyaux dans le caniveau ?" )
"Voyons staiphainiiiiiiiie tu parle très bien anglais pour une polonaise mais ici on est poli. Il faut dire " Hello, Sir how can I make you day even better? ""

" Yeah right, so that he'll ask me to give him a head in the backroom instead of a Carling without a head."
" Ouais pour qu'il me demande que je le pompe plutôt qu'une Carling à la pompe." (la blague en anglais est pas vraiment traduisible en français)

"..."
"Mmmmphrrrr" (les autres employés, ils avaient l'habitude)

"Bon. Mais avec les client que tu connais pas, tu dois bien lire euh dire la phrase qu'on t'as appris. Déjà c'est plus simple parce que tu es étrangère, et si tu tombe sur un client mystère tu risques de faire mal voir la compagnie"

Bref, je vous passe les autres réjouissances de cette séances de formation , où l'on a entre autre appris à verser des bières, rendre la monnaie et euh... je vous le dit ? Apprendre qu'il ne fallait pas recommander un pinot grigio si le client commandait un rumsteak. Si, je vous assure.

Passons à une question primordiale.

Comment a-t-on fini par se dire qu'il fallait standardiser les interactions humaines de base ?  Pavloviser le service ?  Au delà de la simple politesse qui veut que l'on salue un client à son arrivée au comptoir, pourquoi intégrer un systématisme. Ça ne fait pas gagner de temps, le client ne sait pas qu'on vous a dit de dire ça et se branle certainement de se faire saluer par "bonjour monsieur", ou "mes hommages oh révéré consommateur prêt à débourser une semaine de salaire pour des bières pas fraîche et des repas sous vide ? ",  et pourquoi diable devrais-je saluer formellement un type à qui j'ai roulé des pelles à l'arrêt de bus la veille sous prétexte qu'il vient me demander une bière ?

C'est une question.

L'autre, plus dérangeante encore c'est : comment le client de base a-t-il réussi à se faire nettoyer les boyaux du crâne assez profond pour pouvoir me tenir le discours suivant :
- Bonjour Madame, c'est à vous.
- Qu'est ce que c'est que ce comportement ?
- Je vous demande pardon ?
- Vous entendez comment vous me parlez ? Si vous n'aimez pas votre métiez changez-en.
- Euh ... Nan mais sérieusement, je vous sers quoi ?
- Je veux voir votre superviseur.
- Ben c'est moi le superviseur.
- Ah ben quel exemple.
- Mais c'est quoi le problème à la fin.
- Je suis déjà venue, je sais ce que vous devez dire ! Vous devez dire "How can I make your day even better?" Je veux que vous me le disiez ! Je suis une cliente ! C'est mon droit ! Sinon je vous dénonce !

Voilà. Ton droit. Le droit d'avoir un salut standardisé plutôt que l'attention particulière d'un autre être humain.

Je ramasse les copie dans trois jours