dimanche 14 novembre 2010

[Winslow Coughlin] Rester au lit

(Chers non-adeptes de la résine à forme humaine, je mets cette série ici. Juste parce que ces pudibonds d'américains du Groupe Ball-Jointed-Doll sur Flickr on refusé de mettre la dernière photo dans leur galerie. Na.)


J'aime pas le réveil. J'aime pas sa sonnerie, elle est plus désagréable qu'un regard torve lancé par un pervers au coin d'une rue sombre, elle se veut douce à l'oreille, elle a le son, à mes tympans, d'un glaviot qui s'écrase sur ma peau. Gluant, suave et répugnant.

      


J'aime pas le réveil, je voudrais lui dire fuck, lui fermer sa grande gueule d'un doigt autoritaire. Et il se tiendrait coi, jusqu'à la fin des temps. Conscient de son statut d'objet inutile.



Mais j'ai la flemme et mon bras retombe comme une masse. Tu parles d'un doigt... minable tentative de domination.










Pourquoi l'ai-je foutue si loin, cette engeance dissonnante ?



La couette pèse des tonnes, mon corps voudrait se fondre dans le matelas. C'est pas pour toi que je me lève, réveil, ne triomphe pas, c'est parce que j'ai envie de pisser.



Regarde engin de torture, j'ai la gaule du matin et je t'emmerde, c'est pas pour toi que je me lève. Avant j'avais pas besoin de toi, et la gaule c'est ma main sur sa peau qui me la donnait. Ou sa main sur la mienne, ou sa voix, bien plus belle que ta gueulante sans âme.







Tiens, je me couvre, si ton cadran est doué d'un regard, je voudrais pas que tu vois ça. C'est pour elle. Même si elle n'est plus là.


























Oh et puis merde.



Tu peux sonner, je refuse de t'écouter. Il n'y a rien, dehors, qui puisse me donner envie de me lever.

vendredi 20 août 2010

Oh Marlène

-"Je me demande à quoi elle pensait."
-"Qui ?"
-"Marlène."
-"Quand?"
-"Quand ils se consumaient, comme un clope entre ses doigts. Tu sais, tous ces soldats. Ceux d'au suivant, au suivant..."
- "Tu mélanges deux chansons."
- "Le sujet est le même, c'est une pute et des soldats qui lui passent dessus."
- "Toujours ce langage délicat. Marlène Dietrich n'était pas une putain de camp."
- "Alors nous dirons que j'allégorise. Donc... Elle pensait à quoi, Marlène ? Tu crois qu'elle les regardait ?  Elle se disait "Oh tous ces poils, oh qu'elle est moche celle-là, je ne la sucerai pas, pas pour un empire. Qu'il est gauche, il va tirer à blanc rien qu'à me toucher un sein le pauvret. " Des pensées comme ça, entre deux halètements, "Han haaa, oh oui chéri, mets-la moi." ?"
- "Que veux-tu que je réponde à ça ?"
- "Peut-être qu'elle pensait à celui qu'elle aimait. Tu sais, celui à qui elle faisait l'amour avant de partir, pas celui avec qui elle baisait. Celui qui même en la frôlant d'un regard un peu doux ne la remplissait pas de foutre mais de bonheur. Ça aurait pu être bien, regarder ailleurs et faire l'amour 5 fois, 10 fois, 30 fois à celui qu'on aime sans même qu'il soit là. Le sentir jouir tant de fois entre ses bras, même si c'est pas tout à fait vrai. Peut-être même que des fois il y en avait un qui lui ressemblait, en rien vraiment, pas un sosie, juste un geste, un regard, une intonation, et que celui là elle le laissait un instant la serrer contre lui, juste pour se souvenir, faire semblant. Elle aurait pu lui dire, en rentrant, si ils se retrouvaient "Mon amour, mon amant, je t'ai aimé tellement, je t'ai aimé des milliers de fois."
- "C'est douloureux non ?"
- "C'est mieux peut-être, c'est mieux que de se lever le matin et de se laver la chatte, et voilà, bien lustrée pour la patrie, d'enfiler des bites sans même y penser, et puis qu'un jour un soldat arrive qui n'a rien de différent, qui fera son affaire sans trop la regarder, et quand il se redressera, elle voudra tendre les bras pour qu'il reste, toujours. Et lui il partira. En disant "Merci." peut être, ou pire, "Bonne journée Madame !" "
- "Alors, Marlène, elle pensait à quoi ?"
- "J'en sais rien, c'est à toi que je demandais, mais tu réponds pas."
- "Peut-être qu'elle se demandait si elle allait mourir sous les bombes, là, ou juste un peu plus tard de la syphilis."
- "Tu es bien trop réaliste pour moi."

Serre-moi encore, étouffe-moi si tu peux
Toi qui sais où, après une subtile esquisse
On a enfoncé les vis...
Nous les écorchés vifs, on en a des sévices.
Oh mais non rien de grave
Y'a nos hématomes crochus qui nous sauvent
Et tous nos points communs dans les dents
Et nos lambeaux de peau qu'on retrouve ça et là
Dans tous les coins- Noir Désir

lundi 12 juillet 2010

Démantèle-moi



L'inconscient se venge la nuit.
(Louis Scutenaire)

J'aime à penser que je sais ce que je veux. J'aime à croire qu'il n'y a pas de non-dits derrière mes promesses et mes dénégations. Juste les mots, purs dans leurs sens et leurs intentions.

Mais la nuit je démantèle des poupées, furieuse, quand leurs regards de verre et leurs bouches peintes m'intiment de lâcher la bride d'un espoir que je sais vain.

L'esprit humain est fait pour bâtir.
Je refuse.
Voilà.
Je refuse de construire autre chose que des châteaux de cartes.
Ta gueule mes rêves, ferme-là.

Je veux jouer à faire semblant.
Je veux jouer à faire semblant.

jeudi 29 avril 2010

Divine Comédie

C'était une fin de siècle.
Je te voyais le jeudi.
Le soir, tu m'attendais à la sortie du lycée, j'avais anglais jusque 6 heures. Pas toi. Et on y allait.
On mangeait un truc, des fois pas, on boirait une bière après,de toute façon, et on était encore à l'âge où la bière, ça nourrit. Et j'aimais particulièrement le moment où on remontait les escaliers entre la place ducale et le théâtre, avec le bruit des lions qui crachaient leur eau sale, des fois on regardait si les gens mettaient encore des pièces dedans, comme quand on était petites. Mais non.
Et puis on arrivait.

J'aimais bien cette impression de presque interdit, de transgression, j'avais pas vraiment le droit d'être là, mais j'étais avec toi, alors ton prof disait ouais, pourquoi pas.

Tu respirais en secouant les bras, puis tu t'étirais. Je m'asseyais sur une marche du grand escalier, ton texte froissé que je connaissais par cœur entre les doigts et toi, entre deux paliers, accrochée à la rampe, tu faisais ton italienne. Et puis tu me regardais, c'est bon ? Je haussais les épaules, et tu respirais encore en faisant des moues, en levant les yeux aux ciel, en perdant ton regard dans un monde où je ne te suivais pas.
Ensuite, tu montais sur la scène, vacillante, tout au bord, avec ton petit couplet sur les hommes, l'amour et les baiser furtifs sur les quais.
Je ne sais plus le nom de la pièce, tu attendais au bord du quai prête à tomber sur les voies, dans mes bras en fait, j'étais assise au premier rang.

Je me souviens de ce que tu disais, un truc sur l'amour et les regards, un café, quelque chose sur les cendres froides. C'était pas du Feydeau, pas du Steinbeck, et je m'en fous de savoir. Ca n'avait d'intérêt que parce que ça sortait de toi.
Du haut de la scène.

Je me souviens plus des autres, à part celui qui chantait, "I just can't get enough".
Moi non plus je ne pouvais plus jamais en avoir assez de ces nuits. Celles quand on rentrait après la bière avec les autres, sauf qu'en fait, je prenais plutôt un diabolo menthe. On entrait sans bruit pour pas réveiller ta fratrie et tes parents et dans ta chambre ça sentait le lapin et ton parfum. On se mettait en pyjama et tu t'endormais au milieu d'une phrase. Tu avais les pieds froids.

Le matin on était toujours en retard. Je m'en foutais j'avais math. Je n'aime que les statistiques. Toi tu étais en retard tous les jours de toute façon. Tu sortais du lit, tu disais "pipi", mais avant tu fouillais dans les tas de choses entre les cages, les vêtements et les n'importe quoi qui constituaient ta chambre, et tu mettais le CD de Divine Comedy.

J'aimais pas, mais c'était toi.
Je restais dans le lit à bailler et tu t'installais devant ta coiffeuse encombrée, tu te tartinais ta peau pâle de poudre et de trucs en disant "Cette peau, cette peau..." avec ta voix toute piquante et je te trouvais belle à pleurer. Je sais pas si un jour j'ai pas versé une larme sur Generation Sex, pendant qu'en faisant la moue tu lissais tes cheveux corbeau.

Et quand on est parties en retard après un de ces déjeuners bizarres, où on regardait The Doors avec Val Kilmer, en buvant du lait froid, on est parties vite, je suis allée chercher mon sac et le CD tournait encore, ça devait être Commuter love, je sais plus, j'aime pas Divine Comedy, ça me rappelle juste toi. Et ces moments là.
Je crois que cette fois c'était la dernière.
Ensuite, sur scène, tu as attendu ton train pour la dernière fois.

"L'amour c'est comme une clope, un mégot, un café froid... "
Je suis plus sûre, tu disais vraiment ça ?

Et hier j'ai traduit le titre de cette chanson. "Commuter Love".

Ça m'a fait rire. Un peu.
Divine Comédie...

mercredi 28 avril 2010

Ton jour de chance, en enfer

Je me suis réveillée ce matin avec l'impression d'être au mauvais endroit. Ce qui d'une certaine manière était le cas puisque tu n'étais pas là.

Mais la dernière fois, j'ai ouvert les yeux au sortir d'un semblant de nuit, et j'étais dans ton lit, et toi aussi tu étais là, bien sûr, à portée de baisers. Cette fois là, elle ressemblait tellement à un mensonge que j'aurai pu déchirer le décor de ta chambre rien qu'en clignant deux fois des paupières.

Que tu sois là où pas, je me réveille avec l'âme plus froissée que les draps.

lundi 26 avril 2010

Lumières clignotantes et autres révélations

Un matin, j'oublierai ma tête sur ton épaule, ma main gauche restera serrée en poing dans ta main droite, et ma main droite à moi restera arrimée à ton avant-bras.

Tu monteras dans ton train, bicéphale, surnuméraire. Le reste de moi trébuchera jusqu'à l'autre quai, la tête ailleurs et les réminiscences de ta peau et du velours sous les doigts.

Un peu comme d'habitude.

jeudi 15 avril 2010

Les trois dernières pages du livre.

La fille en face de moi à 14 ans, 15 au plus. Elle a, dans un visage poupin, deux lèvres serrées et des yeux comme deux fentes qui fixent un point plus loin derrière moi. Elle a une tête d'enfant, des hanches de gamine, des seins de femme et une façon de se tenir qui prouve sans ambiguïté qu'il n'y a plus grand chose à lui apprendre. Rien de provoquant. Elle est juste assise là, avec son corps tel qu'il est. Je peux jurer qu'un type l'a déjà regardée nue, posé ses mains sur son ventre, ou son cou encore humide de ses baisers et lui a dit qu'elle était belle. Je ne sais pas si elle est belle. Elle s'en fout. Elle sait que quelqu'un la trouve bien comme ça. Et ça lui va. Ça se voit ces choses là.

Elle regarde loin. On dirait une louve qui guette. Une chienne à l 'affut, quelque chose comme une femelle prête à mordre.
Elle regarde les adultes derrière, elle pense sûrement les vieilles, ou les adultes, car c'est une adolescente. Moi je pense les vieilles scumbags, mesdames permanentes ratées et seins en gants de toilette.
Elle caquètent. elle braillent, elle couvrent de leur rire gras une ignorance qu'elles espèrent de bon aloi. Elles sont là, oh oui elles le sont, elles l'affirment de toute la force de leur gorge. Et le wagon entier écoute leur avis sur la question.
Et elle, l'ado en face de moi, je crois qu'elle voudrait bien lire. Sans avoir en fond sonore la vie très particulière du neveu de madame (il prend de la drogue. Du haschich... Du HASCHICH MA BONNE DAME !!)

Je ne vois pas le titre de son livre de poche aux coins cornés. Mais elle fixe les vieilles puis replonge sur les dernières pages, poignantes peut être, de celles que l'on aime vivre sans interruption, sans rien de l'autre monde, le vrai, le chiant. Ses yeux s'écarquillent sur les lettres, son nez plonge contre la feuille comme si elle voulait y entrer. Puis elle remonte immobile, le regard en sulfateuse, encore. Je crois qu'elle voudrait les tuer. Moi aussi, nos regards se croisent, j'ai 14 ans à nouveau. Mais moi, maintenant, je sais mieux qu'elle, elles ne disparaitront pas. Jamais.
Je monte le son de mon baladeur.
Ostensiblement.

Elle me contemple un instant.
Sourire de connivence.
Puis, irréductible lectrice, elle replonge dans son volume, se boucher les oreilles de ses mots de papier.

"Et puis de nos jours avec internet, les jeunes..."