samedi 20 août 2011

Equilibrium

Il y a des morceaux, quand on les écoute on voudrait s'arracher 5 mètres de tripes pour atténuer la douleur provoquée par les raclements de l'archet.

Je lis les Demeures de l'Esprit de Renaud Camus en me demandant comment ça sera quand je m'allongerai sur le plancher du bureau, la tête sur le bras gauche et un crayon dans la main droite. Est-ce que les mots seront là ? J'aime bien les planchers, ce n'est pas comme s'allonger à même l'herbe et essayer de sentir la terre tourner, mais, c'est tiède, un peu en vie, en restant dessus assez longtemps, ça.... rien. J'aime bien les planchers.

Les soixante-huitards vieillissants n'ont vraiment aucune éducation. Ma grand-mère octogénaire a son petit caractère, mais elle n'a pas l'indécence de croire que parce qu'elle a des rhumatismes, tout lui est dû. Quand on a monté des barricades dans Paris pour exiger de se débarrasser du joug de la démocratie nazie indignante, et du port du soutien-gorge, on va pas exiger, en brandissant d'un torse gonflé d'indignation des seins qui pendent jusqu'au nombril, de passer AVANT à la caisse. On ne l'exige pas, on le demande poliment éh, vieille peau. Et pour les soutiens-gorge, c'était symbolique tu sais, t'aurais dû penser à t'en racheter après.

Je subis chaque jour la misogynie ordinaire. Je sais que je suis une femme. J'aime être une femme. Je ne savais simplement pas que pour pouvoir prétendre à mon sexe, il fallait que je mette des bas. J'envisage le port de la cravate. Ou de la cravache. Je suis sûre que certains apprécieraient.

Je pense beaucoup. Aux élans du coeur. A ceux de l'esprit. Aux actions pragmatiques que l'on exécute parce qu'elles relèvent du bon sens. Au bon sens qui parfois, rarement, parfois seulement rejoint les élans du coeur. Je médite sur ces relations dont on ne fait jamais le tour, qui meuvent, se transforment, s'étiolent parfois, mais gardent leur racines, et sont indissolubles finalement. Quel que soit la quantité de fiel que l'on verse dessus par moment.

Je pense au nombre de fois où j'ai cru que c'était bon pour moi parce que ça semblait tellement bien aux autres, parce qu'à cet âge là on fait ça, sinon, sinon... on perd un statut social et on a plus le droit de se regarder dans un miroir. Je pense à ces situations où j'ai crié stop, à genoux, en larmes, et qu'on ne m'écoutait pas. Parce que c'est commencé, et on finit voilà, autant aller jusqu'au bout même si c'est une mauvaise idée. Et je pense et je vis aussi, cette fois, où l'on nous regarde de manière circonspecte, mais où la plénitude mêlée de curiosité que je ressens n'a rien à voir avec la joie résignée et superficielle qui me saisissait dans d'autres situations.

Un jour peut-être, ce texte existera. Et si ça ne se passe pas ainsi, alors autre chose sera fort bien.

Je cherche un canapé Chesterfield. Vert ou noir. C'est bien un Chersterfield, c'est beau, solide et confortable.