jeudi 31 mars 2011

Google en mai 1896

La Famille - Mai 1896 (cliquez pour voir en plus grand.)

lundi 14 mars 2011

Rêves de comptoirs - Oh Ruby

K. Dunham & G;Mili
Ruby venait le dimanche.

Elle avait des jambes interminables, un ventre rond souvent découvert, et un cul à l'avenant, elle avait des breloques en plastique qui lui couvraient les bras et souvent elle-même était suspendue au biceps d'un laidron à casquette qui tirait de la poche de son baggy retenu par une ceinture à diamant une liasse de billet de £20 représentant mon salaire mensuel. Pour payer les £1.50 de mon vestiaire. Aucun des ses Sugar Daddies ne m'a jamais dit de garder la monnaie. alors je prenais juste le manteau de Ruby.

Elle n'avait pas de cerveau, elle passait du rire aux larmes entre chaque bouteille de pop drink, m'insultait un jour, m'aurait presque embrassée le suivant. De derrière mon comptoir, je regardais ses dents plus ou moins découvertes selon son humeur. Et quand Ruby avait assez bu, elle abandonnait Sugar Daddy avec son sac et passait sur le dancefloor. Ses jambes ployaient sous la musique, ses hanches ondulaient comme poussées par des vagues invisibles et les mouvements de ses muscles sous sa peau noire prenaient vite le rythme du morceau de merengué remis à la sauce rappeur lâché par les enceintes. Ruby, la chute d'une épaule, un pli dans la hanche, une jambes qui s'envolait ,semblait soudain réincarner une de ces danseuses en noir et blanc dans les vieilles vidéos de jazz des années 50. Avec par dessus ses airs de fin d'apartheid un parfum plus sulfureux. Un déhanchement un peu trop ample, une cambrure se dessinant en soubresauts qui prenaient des airs d'orgasme plutôt que de pas de danse et son visage, semblant constamment surpris de voir ce corps, là dessous, faire tous ces gestes.

Oh, Ruby, je soupirais en griffonnant sa hanche sur mon cahier. Oh Ruby, je geignais en regardant celui qui ornait son nombril disparaitre dans un pli de chair et revenir scintiller alors qu'elle se cambrait, le dessous rond de ses seins apparaissant sous son excuse de t-shirt. Et ce visage d'ingénue qui montrait ses fesses pendant qu'en fond sonore qu'un rappeur aux dents de 3 kilos et 24 carats prétendait vouloir lui faire lécher une sucette.

Je me retrouvais chaque dimanche partagée entre l'attendrissement et l'excitation pure. Un mélange malsain entre l'émotion innocente que l'on a en regardant un bébé danser pour amuser la galerie, et la violente poussée de désir lubrique que j'aurais pu avoir si M., mon manager de l'époque, était venu derrière moi, comme il en avait un jour eu l'habitude, pour m'embrasser dans le cou en se collant contre mes fesses pour bien me faire sentir à quel point je le faisais bander.

A un moment le sugar Daddy décidait que Ruby avait fini de se dandiner et il me la ramenait. Je rendais son manteau à Ruby, et elle en couvrait ses épaules, et ses gestes dégageaient une odeur sûre et sucrée de sueur et de parfum cheap. Je disais adieu en silence à son ventre, rêvais une seconde de l'aider à boutonner son manteau pour toucher sa poitrine, et je la laissais partir. Non sans haïr un peu Sugar Daddy. Parce que si j'avais eu l'argent pour lui payer les verres et la bite pour la satisfaire, moi aussi j'aurais pris Ruby et ses jambes trop longues avec moi.

Pour l'encadrer ou la baiser, je ne sais toujours pas.


(Pour les téméraires qui voudraient une bande son)

jeudi 10 mars 2011

Pouce en haut.

Jared observa pensif le jeune skateur se prendre une gamelle au sortir d'un eggplant foiré dans un skate park de fortune. L'adolescent avait à peine terminé d'exhiber son tibia amoché devant l'oeil numérique de l'iPhone de son pote hilare que Jared avait déjà cliqué sur l'option commentaire de la vidéo.

"WTF dude that must be the funniest shit ever ive ever seen lol wtg dude lol"

Pris d'un doute, Jared regarda le titre de la vidéo avant d'appuyer sur "envoyer"

'Kevin se vautre en skate tro lol'

Le mot "tro", le mit sur la piste. C'était du français.Avec l'expérience, même en ne parlant que son anglais de base (365 mots usuels, suffisants pour acheter une pizza, demander un crédit et draguer des filles saoules) il avait mémorisé quelques astuces pour reconnaitre l'origine d'une vidéo.

Rapidement il copia colla sa phrase de départ dans un traducteur et copia colla le résultat dans l'autre sens, avec un demi sourire satisfait.

"Dude WTF qui doit être le plus drôle jamais la merde que j'ai jamais vu lol lol dude wtg"

Il appuya sur envoyer, vérifia que son commentaire s'affichait correctement, et passa à la vidéo suivante, un chaton. Sans même la regarder il prit au hasard un commentaire type dans la catégorie "mignon" de son listing en se disant que commentateur de vidéo YouTube était sûrement le plus beau métier du monde. 

mardi 8 mars 2011

O Rage... O... euh non oubliez le désespoir c'est juste de la rage.

On me souffle dans la rétine avec force de guillemets aussi pédants qu'inutiles que mon roman est "glauque" et que ce n'est pas "drôle et léger".

Chérie voyons. Je le sais, je l'ai écrit.

Je vous l'avais promis, mon retour coïnciderait avec les courriers de retour des éditeurs à qui j'ai envoyé Mortimer.

J'en suis à la troisième.

Les deux premières étaient des lettres types m'informant que ma prose ne correspondait pas à leurs collections et attentes actuelles. Ils ont peut-être jeté le tapuscrit avec dégout dans la corbeille à papier dès la troisième page en soupirant "Quelle merde..." C'est possible. Mais ils ne l'ont pas dit, et mon égo n'est écorché que par la pensée que j'ai mal fait ma recherche d'éditeurs potentiels. Je me dis juste que je ciblerai mieux mes prochains envois et que j'en suis quitte pour quelques euros de reliure gâchés.

Dino Valls - Vera Icon
La troisième était différente. La lectrice s'est fendu d'un commentaire dans les marges et au dos de la lettre type annonçant "Votre texte ne nous a pas convaincu." Et là vous allez dire que je suis de mauvaise foi, que je pinaille, que je rejette mon dépit sur une pauvre innocente qui elle a pris la peine de m'expliquer pourquoi elle ne voulait pas de mon roman. Certes. Vous avez entièrement raison. Elle a trouvé ma prose mauvaise, me le fait savoir, et c'est bien aimable de sa part. Je grogne beaucoup, je renâcle souvent, mais je sais accepter une critique, si ce n'était pas le cas, le "toilettage" de Mortimer avant envoi aux éditeurs m'aurait été impossible. Justifiée, donc, la critique.

 Mais la dame entre deux adjectifs systématiquement ornés de guillemets dont j'ignore toujours à la 5e lecture s'ils sont censés mettre de l'emphase sur le mot ou lui faire dire autre chose que ce qu'ils veulent dire, me fait remarquer que la nécrophilie est un sujet "délicat". Que "titiller" les travers de l'humain est un exercice "complexe". Oh peu importe.

Ce qu'il en ressort c'est que j'ai, à la lire, pathétiquement failli à une tâche que je ne m'étais nullement assignée : faire de la nécrophilie un sujet drôle et léger, et de Mortimer mon héros un type pas du tout obsédé par sa grave déviance, qui distribuerait des sucettes mêmes pas empoisonnées aux enfants à la sortie de l'école et à qui le lecteur s'identifierait dans ses "gourmandises" nécrophiles (les guillemets c'est parce que je cite).

Quand j'étais en CM2 ma maîtresse m'a tapé sur la tête avec un dictionnaire parce que je soutenais mordicus qu'acacia s'écrivait acacia et pas accacia.

Je me sens un peu pareil là. L'impression de me faire punir pour de très mauvaises raisons par une maîtresse d'école un peu trop sûre de ce qu'elle sait.


Tous les mots en ac prennent deux C sauf académicien, acacia, acajou, acariâtre, acolyte, acrobate, acarien, ...

lundi 7 mars 2011

Capitaine Evidence

J'ai mes têtes.

Je n'aime pas les gens qui PARLENT FORT, mon voisin du dessus qui chante faux, les gens qui croient que "croient" se dit "croivent". Les gens qui trouve qu' "oupas" c'est drôle... ou pas. (ahahah), les gens qui prennent toute la place sur le trottoir devant et marchent juste un tout petit peu plus lentement que vous. Les gens vraiment gentils mais qui vous collent sans voir votre sourire crispé censé leur faire comprendre qu'on est pas amis au point d'avoir même envie de leur confier des détails sur notre vie, et sûrement pas au point qu'ils s'en mêlent et que ce serait bien qu'ils vous lâchent un peu la grappe là, que vous retourniez auprès des gens que vous aimez vraiment. Mais au dessus de tout ça, l'engeance bipède qui m'insupporte le plus, c'est le master of the obvious, le maître de l'évidence, le Captain Obvious.

Et c'est con, je les attire, ceux là.

Le Captain Obvious c'est celui qui me dit "Oh t'as un sandwhich, c'est pour manger ?" Le Captain Obvious est gentil, il fait attention à ce qui l'entoure, il est attentif à la vie des autres, c'est pas un mauvais bougre vraiment. C'est juste que quelque part, un détail lui échappe. Oh, l'image globale, il la tient. A la suite de cet article, il écrira. "Oh, c'est bien cet article, c'est sur les Captain Obvious non ?" Le déroulement des évènements aussi, il maîtrise, il ajoutera sans doute, pour plus de poids, et bien montrer qu'il était là, un superbe "J'aime bien comme tu dis que tu as tes tête set après tu énumères et ensuite tu parles surtout du captain obvious, c'est bien."

Le Captain Obvious est un être infiniment positif. Ça le rend d'autant plus dur à virer. Il est gentil.  (j'ai déjà dit que les gens gentils m'agaçaient? )

Dans ma prime jeunesse j'ai gardé des triplés de 3 ans et demi, 8 heures par jour pendant trois semaines. L'un d'eux dès le réveil pointait le plafond du doigt et demandait "C'est quoi ?" "Le plafond" "Et là?" "Le plafond ausi." "Pourquoi?" "Pour que les mouches puissent marcher." "Et là ?" "La lampe." "Et ça" "Ton pied." "Ca sert à quoi?" "A enfiler des chaussettes." "Et ça ?" ...

A la fin de la journée j'étais vaguement épuisée. Mais l'enfant est resté en vie (même si mes réponses ont sans doute un peu biaisé sa vision du monde, mais quelle idée aussi de me confier un gosse). Parce qu'à 3 ans c'est pas vraiment de sa faute et on peut espérer qu'il se calmera.

Le dernier Captain Obvious en date, hors réseaux sociaux parce que sinon on ne va plus s'en sortir (Internet semble décupler la capacité de nuisance du Captain Obvious), c'était il y a quelques heures à peine alors qu'une volumineuse enveloppe à la main j'attendais mon tour au comptoir du point poste de mon supermarché (oui, ça arrive à tout le monde). Se pointe une femme derrière moi qui me dit "Vous postez une lettre." Elle était fort affirmative, je n'ai pas pu contredire. J'ai acquiescé (je suis un homme de peu de mots) pensant qu'on s'en tiendrait là, et qu'elle voulait simplement s'assurer qu'elle n'attendrait pas 25 minutes derrière moi. Mais non, ah, naïve que je suis. "Vous faites la file alors." J'avoue que j'ai du vérifier. Oui effectivement, j'attendais mon tour, bien sagement derrière un monsieur qui remplissait ses grilles de lotto. J'ai à nouveau acquiescé. "C'est bientôt votre tour." A-t-elle fait remarqué d'un ton des plus aimables. Sans même la regarder je l'entendais sourire. Je me suis fendue d'un "Oui." Et j'ai serré les dents attendant la suite. Qui n'a plus tardé. "C'est à vous." a-t-elle clamé sans retenue aucune alors que la guichetière me faisait signe.  Et divinement intéressée par la formidable aventure que je vivais, elle ne s'est pas contenté de se coller à moi au guichet pour suivre le déroulement des opérations, elle m'a aussi offert le commentaire en direct de ce qui se passait entre moi et la guichetière. "Vous envoyez en France" "Ça coûte plus cher d'envoyer à l'étranger." "Ah, vous allez envoyer des lettres en Belgique aussi vous prenez des timbres." "Vous allez la mettre dans la boîte."

Ensuite j'ai fuit. J'espère qu'elle n'imaginait pas que j'allais lui rendre la politesse.

Ce qui m'ennuie voyez vous,avec les Captain Obvious, ce n'est pas tant que le développement de leur cerveau s'est apparemment arrêté au stade reptilien. C'est que je suis bien en peine de savoir quoi leur répondre pour qu'ils me fichent la paix sans avoir à les envoyer bouler avec rudesse.

Répondre par onomatopée ne fonctionne pas.
Si je suivais leur logique non seulement on ne s'en sortirait plus, mais en plus je serais contrainte de dévoiler des chsoes qui ne regardent que moi.



Mettons :
"Vous envoyez en France"
"Oui dans la région où j'envoie ils n'ont pas ce produit là."
"Ça coûte plus cher d'envoyer à l'étranger."
"Oui surtout le lubrifiant Dur*x à la cerise ça pèse lourd."
"Ah, vous allez envoyer des lettres en Belgique aussi vous prenez des timbres."
"Oui, j'ai quelques amis Bruxellois qui voudront qu'on leur raconte par écrit le détails des ébats."
"Vous allez la mettre dans la boîte."
"Oui en espérant qu'il n'y ai pas de fuite, sinon c'est le facteur qui en profitera."


Ma répartie naturelle me pousserait plutôt à dire ça :

"Vous envoyez en France"
"Non, en Biélorussie, sinon j'aurais demandé le tarif pour la Birmanie"
"Ça coûte plus cher d'envoyer à l'étranger."
"Oui d'ailleurs c'est mon dernier rein, et j'ai vendu mon foie pour un colis vers l'Argentine hier, ahahah."
"Ah, vous allez envoyer des lettres en Belgique aussi vous prenez des timbres."
"Non en fait, c'est pour cacher les trous de balle dans les murs, mon dernier rendez vous galant s'est mal terminé et mon prorio visite bientôt l'appartement."
"Vous allez la mettre dans la boîte."
"J'envisageais de vous la fourrer bien profond dans la bouche."

Mais depuis que ma mère m'a rappelé que j'avais une fois, avant de lui raccrocher au nez, fort poliment demandé à ma grand-mère de "plutôt vérifier dans la rubrique nécrologique du canard local si elle voyait le nom de ma petite sœur dedans au lieu de téléphoner une semaine après son hospitalisation en urgence pour prendre de ses nouvelles." j'essaie d'être un peu moins tranchante.

Je peux changer de trottoir, mettre des boules quiès, corriger gentiment la grammaire du béotien, garder un visage de glace face à la non drôlerie de l'oupaeur,  mais le Captain Obvious, je ne gère pas.

Ils me tapent sur le système au point que l'état d'énervement dans lequel ils me mettent perdure plusieurs heures, mais je ne sais me résoudre à les envoyer chier parce qu'ils ne pensent pas à mal, ils ne pensent pas du tout.


Pitié, lecteurs aidez moi...

samedi 5 mars 2011

A lire avant de n'être plus enfant

(et à relire plus tard)


Les contes des cataplasmes - Vercors

Les statues d'algues -Maurice Perisset

Une île, rue des oiseaux - Uri Orlev

Sans-Atout et le cheval Fantôme - Boileau-Narcejac

Le voleur d'éternité - Clive Barker

Les sorcières sont NRV - Yak Rivais



(Ne cherchez pas de sens à ce billet, c'est juste 6 livres qui sont restés gravés.)