lundi 2 mai 2011

Gajar

Ils reviennent. J'entends les cris de la foule, j'entends leurs hurlements de joie et je suis terrifiée. Je serre les mains de l'eunuque de toutes mes forces. Et s'il n'était pas là ? S'il n'en était pas revenu ? Je suis à la fenêtre tous les jours depuis six mois. Six longs mois de vide et d'angoisse, c'est insoutenable, j'ai l'impression d'avoir 100 ans tant la douleur de son absence me ronge l'âme. Je veux le voir rentrer au palais, plus beau et plus fort que jamais.

Ils approchent maintenant, sur la place leurs équipages épuisés se mélangent à la foule qui les acclame. Ils étaient partis beaux, fiers rutilants, les sabres comme des éclairs et les armures comme autant de petits soleils rouges et les voilà de retour, décimés, sales et abîmés. Victorieux aussi. Et c'est tout ce qui compte pour eux. Mais qu'ont-ils tous ces nobles à toujours vouloir se battre et à nous entrainer derrière eux ? Ne peuvent -ils pas rester chez eux ?

Un petit groupe se détache et arrive près du château. L'eunuque plisse les yeux près de moi. Il ne dit rien mais il est sûrement encore plus inquiet que moi. Il est beau et apprêté comme un Dieu d'ici, et il sent très bon.  Sa peau brille, ses cheveux noirs sont admirablement coiffés et il est plus maquillé qu'une femme. Je ne dis rien, j'ai fais la même chose. Peut-être qu'en rentrant il le remarquera. Mais à côté de l'eunuque, je suis si pâle, si insignifiante, ma peau blafarde ne fait que faire ressortir la couleur chaude de celle de l'egyptien, je n'ai aucune chance.  Mes yeux verts, même soulignés de noir n'ont ni l'éclat ni la profondeur des doux yeux bruns de Nefti.
- Il est là, murmure ce dernier. Et il file. Il n'a pas lâché ma main l'idiot, il me traîne dans son sillage odorant et je peine à suivre ses enjambées empressées.

Notre maître entre, seul,  au moment où nous posons le pied dans ses appartements, deux gardes referment la porte principale sur lui. Il est debout, c'est déjà ça, l'eunuque se précipite pour lui ôter ses vêtements de combat, sales, poissés de sang et raidis par la poussière. Je sens mon sang affleurer un peu plus sous ma peau à chaque guenille que l'eunuque arrache  de sur la peau brune de notre maître.
- Gajar, tu as grandi, remarque soudain Maître Sethi. Ce sont ses premiers mots.
Je baisse les yeux et acquiesce, consciente que ma peau est devenue plus rouge que mes cheveux.
C'est insoutenable, je rampe presque jusqu'à la salle d'eau et fini ce que j'avais commencé quand les cris de la foule au loin nous ont arrachés, Nefti et moi à nos préparatifs. Les ablutions du maître. Ma raison de vivre depuis plus de 10 ans.

.....

(Pour des raisons évidentes, il est parfaitement inutile de demander la suite)

dimanche 1 mai 2011

Le couple

Elle aimait s'asseoir dans un coin de la salle de bain, entre le panier à linge et l'étagère à serviettes.
Les jambes repliées entre les bras, le menton bien calé entre les genoux. Comme si elle n'était pas là, juste un meuble. Et lui se lavait en faisant parfaitement semblant de la confondre avec le mobilier.