Je vous tue dans mes rêves avec un couteau, souvent. Et beaucoup de sérieux. C'est tout un travail. A cause des côtes Je déteste lorsque la lame s'arrête sur un os. J'ai l'impression que mes dents vont en tomber comme quand un train freine devant moi, avec ces bruits métalliques qui poussent les racines de mes canines hors de mes gencives. Après je ne peux plus parler.
Pareil.
Mais peu importe, dans mes rêves je ne parle pas. Vous ne m'avez pas répondu après tout, je n'ai pas d'explication à vous fournir. Je vous écris, je suis polie, je dis bonjour, au revoir et merci. Et vous m'ignorez. Je n'existe pas. J'essaie de toute mes forces d'exister vous comprenez. Voir mon image se refléter dans les yeux de quelqu'un. Mais on ne voit pas son reflet dans une porte close. Alors je vous tue. Vous, Madame, Mademoiselle, Monsieur veuillez agréer l'expression de ma matérialité la plus affûtée.
Je ne demande même pas un emploi, enfin si, mais vous n'êtes même pas obligé de dire oui. Juste être poli.
Mais peu importe puisque je disparais. Il n'y a pas que pour vous que mon corps s'efface que mon esprit devient un poids inutile, que ma conversation n'a plus d'intérêt, que mon existence ne se réduit qu'à de vagues souvenirs, je dois me rendre à l'évidence, il n'y a pas que pour vous que je ne sers plus à rien.
Un jour, du fond de mon sommeil, lassée d'appeler au secours et de voir mes mots rebondir sur une porte close, lassé même d'ouvrir la bouche pour parler, je retournerai le couteau contre moi, parce que je n'aurai même plus pris la peine de me dire bonjour un matin.
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